Le départ

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Le matin de mon départ arrive beaucoup trop vite.

J'ai passé une grande partie de la nuit à regarder le plafond du dortoir des domestiques sans parvenir à dormir.

Aujourd'hui, je quitte Edoras.

Peut-être pour quelques mois. Peut-être pour toujours.

Cette pensée me serre le coeur.

Loresque je sors du bastion, le soleil commence à peine à illuminer les toits dorés de la cité.

Les elfes sont déjà prêts.

Leurs chevaux attendent calmement dans la cour du palais.

Aeglos relève immédiatement la tête en me voyant arriver.

Je détourne les yeux.

Parce que je ne suis pas prête. Pas encore.

Je prends d'abord la direction des écuries royales. Une dernière fois.

L' odeur familière du foin, du cuir et des chevaux m'accueil aussitôt.

Mon coeur se serre davantage.

Hama m'attend près de l'entrée.

Lorsque qu'il me voit arriver, il esquisse un sourire qui ne parvient pas à masquer sa tristesse.

- Alors... tu pars vraiment.

Je baisse les yeux.

- Oui.

Un silence s'en suit.

Puis il m'attire brusquement contre lui dans une étreinte.

- Tu vas me manquer, Flore.

Les larmes me montent immédiatement aux yeux.

- Toi aussi.

Lorsque nous nous séparons, je vois que ses yeux brillent également.

Le chef des écuries arrive quelques instants plus tard.

Comme toujours, il garde son air sévère.

Mais lorsqu'il s'arrête devant moi, sa voix est différente. Plus douce.

- J'espère que tu vas pas faire mourir d'inquiètude les elfes comme tu nous as fait mourir d'inquiètude ici.

Un rire nerveux m'échappe.

Puis il pose une main maladroite sur mon épaule.

- Prends soin de toi.

Je ne trouve rien à répondre.

Alors je hoche simplement la tête. Et des larmes commencent à couler.

Je passe ensuite devant chaque box. Chaque cheval. Chaque compagnon.

Je leur offre une dernière caresse. Une dernière parole. Une dernière promesse.

Puis j'arrive devant Nivacrin.

Le cheval du roi relève doucement la tête. Comme s'il comprend mon départ.

Je pose mon front contre son encolure. Et cette fois je ne parviens plus à retenir mes larmes.

- Je vais te manquer aussi... hein?

Nivacrin souffle doucement contre mes cheveux.

Je l'entoure de mes bras. Comme si ça pouvait empêcher mon départ.

- Je ne veux pas partir...

Ma voix se brise.

Le grand étalon blanc reste immobile. Calme. Patient. Comme toujours.

Lorsque je sors enfin des écuries, mes yeux sont rouges. Et toute la cour m'attendait.

Le roi Théoden se tient devant les marche du palais.

Je m'incline aussitôt.

Mais avant même que je me mette à parler sa voix m'arrête.

- Approche.

J'obéis.

Le vieux roi me regarde quelques secondes. Puis son expression d'adoucit.

- Le Rohan sera toujours ton foyer.

Je relève lentement les yeux.

- Mon roi...

- Peu importe où les routes te mèneront. Peu importe ce que tu découvriras sur toi-même. Tu pourras toujours revenir ici.

Je sens de nouvelles larmes monter.

- Merci...

Il pose une main paternelle sur mon épaule.

- Va maintenant. Et découvre le monde.

Je ne peux qu'hocher la tête.

Quelques minutes plus tard, les portes d'Edoras s'ouvrent. Et on quitte la cité.

Je me retourne plusieurs fois. J'usqu'à ce qu'elle disparaisse derrière les colline.

Et quand je ne vois plus Edoras, je me mets à pleuré une bonne partie de la matinée.

Thalion, le capitaine elfique montant un grand cheval gris, vient à côté de moi.

- Première fois loin de chez toi?

Je hoche la tête.

- Cela se voit tant que ça?

- Un peu.

Je soupire.

- Je suis terrifiée.

A ma surprise, il a un léger sourire.

- C'est normal.

- Vous avez déjà eu peur, vous?

- Bien sûr.

Je le regarde avec incrédulité.

- Vous?

- Je sais. C'est difficile à croire.

Cette fois, je souris réellement. Pour la première fois depuis le départ.

Le regard de Thalion se fait plus chaleureux.

- Tu t'habituras.

Je regarde la route devant nous.

Puis une question me brûle les lèvres.

- C'est comment Elendil?

Cette fois, c'est une autre voix qui me répond.

Le prince.

Drannor s'est rapproché avec Aeglos de nous.

Son regard se tourne vers l'horizon.

- Imagine Minas Tirith.

Je cligne des yeux.

- Je ne suis jamais allée à Minas Tirith.

Thalion étouffe un rire.

Le prince semble réaliser son erreur.

- Alors imagine une cité blanche construite au couer des forêts.

Je l'écoute attentivement.

- Il y a des jardins partout.

Ajoute Thalion.

- Des fleurs toute l'année.

- Des arbes plus anciens que certains royaumes humains.

Poursuit Drannor.

- Des fontaines.

- Des ponts suspendu.

- Des serres.

- Des roseraies.

Je les regardes tour à tour.

- Cela semble irréel.

Le prince a un léger sourire.

- C'est ce que disent souvent les voyageurs.

Je regarde la route s'étendre devant nous.

Pour la première fois depuis mon départ...

L'inconnu me fait moins peur.

Et tandis que le Rohan disparait lentement derrière nous...

Je me surprends à me demander ce qui m'attends réellement au bout du voyage.

Le soleil disparait lentement derrière les collines lorsque la compagnie s'arrête pour la nuit.

Après une journée entière de voyage, mes jambes me font souffri et je commence à sentir la fatigue s'installer.

Les elfes descendent de cheval avec une efficacité impressionnante.

En quelques minutes seulement, un petit feu camp prend forme au bord d'un bosquet.

Je regarde tout cela avec curiosoté lorsqu'une voix calme s'élève derrière moi.

- Nous passerons la nuit ici.

Je me retourne.

Drannor vient de mettre pied à terre.

Aeglos se tient derrière lui. Immobile.

L'étalon blanc tourne aussitôt les oreille dans ma direction.

Le prince le remarque. Un léger sourire passe sur son visage.

- Flore.

- Oui?

Il pose une main sur l'encolure de son cheval.

- Pourrais-tu t'occuper d'Aeglos pendant que nous installons le camp?

Je reste figé une seconde. Puis je hoche rapidement la tête.

- Bien sûr.

A ma surprise, le prince ajoute d'une voix douce.

- Merci.

Je cligne des yeux.

Je ne sais pas pourquoi, mais ce simple mot me surprend davantage que tout le reste.

Quelques minutes plus tard, je brosse tranquillement Aeglos près d'un arbres.

L'étalon semble parfaitement détendu.

Je passe doucement la brosse sur son encolure lorsqu'une question me vient.

Depuis mon départ. Depuis même mon audience avec le roi.

Je lève les yeux vers Drannor qui vérifie une des selle non loin.

- Mon prince?

Il se tourne immédiatement vers moi.

- Oui?

J'hésite.

- Qu'est-ce que je vais faire exactement à Elendil?

Le silence dure quelques secondes.

Puis son regard s'adoucit.

Comme si comprend enfin ce qui m'inquiéte depuis le début.

- Principalement t'occuper d'Aeglos.

Je regarde l'étalon qui mâchouille paisiblement.

- C'est tout?

- C'est déjà beaucoup.

Un léger sourire apparaît sur ses lèvres.

- Même dans mon royaume, très peu de personnes peuvent l'approcher.

Je baisse les yeux vers le cheval.

Cette idéee me parait toujours étrange.

- Je ne comprends toujours pas pourquoi il m'accepte.

- Moi non plus.

Pour une fois, il m'a répondu avec une honnêteté désarmante.

Puis il reprend.

- En dehors de cela, tu seras libre.

- Libre?

- Libre d'aller où tu veux dans le royaume.

Je relève brusquement la tête.

- Vraiment?

- Oui.

Il marque une pause.

- Tu ne sauras pas enfermée dans les écuries.

Cette phrase me fait presque rire.

Parce qu'il vient de deviner exactement ce que je craignais.

- Et si j'ai besoin d'aide?

Cette fois un autre homme arrive derrière lui.

- Alors tu m'auras moi.

Thalion. Le capitaine affiche un petit sourire amusé.

- Malheureusement pour toi.

Je lève les yeux au ciel.

- Voilà qui est rassurant.

- Tu vois? Elle apprend déjà à plaisanter.

Drannor secoue lentement la tête.

- C'est inquiètant.

- Je suis offensée.

- Tu survivras.

Et pour la première fois depuis mon départ d'Edoras, je ris, vraiment.

Plus tard dans la soirée, les elfes sont réunis autour d'un feu discret.

Leurs voix sont basses. Calmes.

Très différentes des grandes tablées bruyantes du Rohan.

Je regarde les flammes danser lorsqu'une silouhette vient s'asseoir à côté de moi.

Thalion. Il me tend une tasse fumante.

- Tiens.

- Merci.

Je souffle doucement dessus.

Un silence confortable s'installe.

Puis il me demande.

- Alors... Flore.

Je tourne la tête.

- Oui?

- A part parler de chevaux, qu'est-ce que tu aimes faire?

Je reste interdite.

- Parler aux chevaux.

Thalion éclate de rire.

- Très bien. Reformulons la question.

Je souris malgré moi.

- J'aime regarder les plaines du Rohan depuis les remparts.

- C'est tout?

- J'aime lire et les fleurs.

- Les fleurs?

- Oui.

- Voilà une information capitale.

Je lui donne un léger coup d'épaule.

- Vous vous moquez de moi.

- Un peu.

Je secoue la tête en souriant. Et je reprends.

- Et vous?

- Moi?

- Oui.

- J'aime ennuyer mon prince.

- Ça ne m'étonne même pas.

Cette fois Thalion éclate franchement de rire. Un rire sincère. Chaleureux.

Et pendant quelques secondes...

J'ai l'impression étrange de le connaître depuis toujours.

Comme si quelque chose d'ancien cherche à refaire surface.

Quelque chose que ma mémoire refuse encore de me rendre.

Le feu crépite doucement dans la nuit.

Autour de nous, les autres elfes parlent à voix basse.

Pour une fois, je me sens un peu moins étrangère au milieu d'eux.

Thalion vienet de terminer une histoire particulièrement ridicule concernant une chute dans une rivière lorsqu'une ombre s'approche.

- Je vois que tout le monde est très occupé.

Je relève la tête.

Drannor vient d'arriver. Ses bras sont croisés. Son regard passe de Thalion à moi.

- Mon prince.

Thalion s'incline légèrement.

- Vous interrompez une conversation extrêmement importante.

- Vraiment?

- Nous parlions de fleurs.

Je manques de m'étouffer avec ma boisson.

Drannor lève un sourcil.

- Des fleurs.

- Un sujet passionnant.

- J'en doute.

Je baisse les yeux pour cacher mon sourire.

Thalion prend un air offensé.

- Votre manque de culture me blesse profondément.

- Tu survivras.

- Malheureusement.

Cette fois, même Drannor a un lèger sourire. Très bref. Mais réel.

Je crois que c'était la première fois que je le vois sourire autrement que par politesse.

Le prince regarde ensuite le feu quelques secondes avant de s'adresser à moi.

- Le voyage n'est pas trop difficile?

Je suis surprise par la question.

- Non.

Puis j'hésite.

- Enfin... un peu.

Un amusement discret traverse son regard.

- Une réponse très contradictoire.

- Je découvre que les elfes aiment beaucoup voyager.

- C'est vrai.

- Et que les selles elfiques sont beaucoup moins confortables que celles du Rohan.

Thalion éclate immédiatement de rire.

Drannor me fixe quelques secondes.

Comme s'il essayait de déterminer si je plaisante.

- C'est la première fois que quelqu'un critique nos selles.

- Elles sont jolies.

- Mais?

- Mes jambes ne sont pas du même avis.

Thalion rit toujours.

- Je l'aime bien.

- Personne ne t'a demandé ton avis.

- C'est blessant.

Je regarde leur échange avec surprise.

Je m'attendais à voir un prince froid et inaccessible.

Mais au lieu de cela...

J'ai surtout l'impression d'observer deux amis qui se chamaille depuis plusieurs siècles.

Un silence plus doux s'installe ensuite.

Le feu projete des reflets dorés sur les armures.

Le vent fait danser les flammes.

Puis Drannor parle de nouveau.

- Si quelque chose te met mal à l'aise à Elendil...

Je relève la tête.

Son regard est serieux.

- Tu pourras venir nous voir. Moi ou Thalion.

Je reste silencieuse.

Parce que cette phrase semble sincère. Complètement sincère.

Comme si cela allait de soi.

Comme si je fais déjà partie de leur groupe.

- Merci.

Le prince incline simplement la tête. Puis il se relève.

- Repose-toi. Nous repartons tôt demain.

Il s'éloigne vers les autres elfes.

Je le regarde partir quelques secondes.

Puis je me tourne vers Thalion.

- Il est toujours comme ça?

- Comme quoi?

- On dirait qu'il essaie d'être sérieux tout le temps.

Thalion éclate de rire.

- Tu n'as encore rien vu.

- Pourquoi ai-je l'impression que cette phrase m'inquète?

- Parce qu'elle devrait.

La conversation finit par s'éteindre doucement autour du feu.

Un à un, les elfes rejoingnent leurs couvertures.

Le camp retrouve peu à peu son calme.

Je regarde les flammes danser.

J'avais l'intention de rester éveillée encore un peu.

Juste quelques minutes.

Le temps d'observer les étoiles.

Mais la fatigue du voyage est plus forte.

Mes paupières deviennent lourdes.

Puis tout devient noir.

Plus tard dans la nuit.

Le feu n'est plus qu'un amas de braises rougeoyantes.

Le silence régne sur le camp.

Seuls quelques chevaux souffle paisiblement dans l'obscurité.

Drannor effectue son tour de garde. Comme il le fait souvent.

Son regard parcours les alentours avec vigilance.

Puis il apperçoit une silouhette endormie près du feu.

Flore.

Elle s'est visiblement endormie là où elle était assise.

Sa couverture repose toujours soigneusement pliée à côté d'elle.

Et elle tremble légèrement sous le froid nocture.

Drannor s'arrête. Un instant seulement.

Puis il pousse un léger soupir.

- Evidemment...

Murmure-t-il.

Il récupère la couverture.

S'agenouille près d'elle.

Et la dépose délicatement sur ses épaules.

Flore remue légèrement dans son sommeil.vMais le se réveille pas.

Pendant quelques secondes, Drannor reste immobile.

Observant son visage paisible éclairé par les braises.

Quelque chose dans cette image lui semble étrangement familière.

Une sensation fugace. Presque un souvenir.

Puis il secoue légèrement la tête. Et se relève.

- Tu deviens sentimental.

Fait soudain une voix derrière lui.

Drannor ferme les yeux. Lentement. Très lentement.

- Thalion.

- Moi-même.

Le capitaine elfique est adossé à un arbre quelques mètres plus loin. Visiblement réveillé depuis un moment.

Et surtout...

Visiblement amusé.

- Je surveillais le camp.

- Bien sûr.

- C'est mon devoir.

- Naturellement.

Darannor lui lance un regard glacial.

Ce que fait qu'aggraver la situation.

Thalion croise les bras.

- Donc.

- Non.

- Je n'ai encore rien demandé.

- Je connais ce regard.

- Quel regard?

- Celui qui annonce une remarque stupide.

Thalion prend un air profondément blessé.

- Vous me juger durement.

- Pas assez.

Le capitaine désigne discrètement Flore.

- Je constate simplement que notre prince couvre désormais les servantes endormies.

- Elle avait froid.

- Evidemment.

- Et elle s'est endormie près du feu.

- Quelle tragédie.

Drannor soupire.

Thalion a déjà ce sourire. Celui qui signifie qu'il ne va jamais le laisser tranquille avec cette histoire.

- Tu comptes me tourmenter longtemps avec ça?

- Plusieurs siècles probablement.

- Je regrette cette conversation.

- Moi pas.

Un silence passe.

Puis Thalion regarde à son tour la jeune femme endormie.

Son sourire s'attenue légèrement.

- Elle semble enfin détendue.

Drannor suit son regard.

Flore dort profondément.

Comme si elle se sent en sécurité.

- Oui.

Répondit-il simplement.

Puis il reprend sa ronde.

Tandis que derrière lui, Thalion affiche unn sourire beaucoup trop sastisfait.

Parce que pour la première fois depuis leur départ...

Le prince semble se préoccuper de quelqu'un d'autre que de ses responsabilités.

Et cela, même s'il ne d'admettra jamais.

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