Elendil
Lorsque j'ouvre les yeux, le soleil est déjà levé.
Pendant quelques secondes, je reste immobile sous la chaleur agréable qui m'entoure. Puis quelque chose me semble étrange.
Je baisse les yeux.
Deux couvertures reposent sur moi.
Je fronce les sourcils.
Je suis pourtant certaine de m'être endormie une seule.
Je me redresse légèrement et regarde autour de moi.
Le camp est déjà réveillé.
Quelques elfes rangent leurs affaires tandis que d'autres préparent les chevaux pour le départ.
Un peu plus loin, Thalion discute avec deux membres de l'escorte.
Quant à Drannor, il vérifie les sangles d'Aeglos.
Je regarde de nouveau la couverture. Puis eux. Puis la couverture.
Une idéee commence à germer.
Je me lève et m'approche du feu où Thalion vient de s'installer pour manger.
- Thalion?
- Bonjour Flore.
- Qui m'a couverte cette nuit?
Le capitaine elfique manque de s'étouffer avec sa bouchée.
Je cligne des yeux.
- Tu vas bien?
- Parfaitement.
Il toussote avant de boire une gorgée d'eau.
- Pourquoi cette question?
- Parce que je ne me suis pas endormie avec deux couvertures.
- Quelle étrange affaire.
- Thalion.
- Oui?
- Qui m'a couverte?
Son regard glisse aussitôt vers Drannor.
Seulement une seconde.
Mais je le remarque.
Un sourire commence à apparaître sur mes lèvres.
- Ah...
- Ah quoi?
- Je crois avoir compris.
- Compris quoi?
Je tourne lentement la tête vers le prince.
Drannor semble soudain très concentré sur Aeglos. Beaucoup trop concentré.
- Rien.
Le sourire de Thalion s'élargit.
- Sage décision.
Quelques heures plus tards, nous avons repris la route.
Les paysages changent progressivement.
Les grandes plaines du Rohan ont laissé place à des collines boisées.
Puis viennent les forêts. Des forêts immenses. Plus anciennes que tout ce que j'ai vu auparavant.
Les arbres semblent toucher le ciel. Leurs troncs sont si larges qu'il faut plusiers hommes pour en faire le tour.
Même l'air semble différent. Plus pur. Plus vivant.
Je chevauche aux côtés de Thalion tandis qu'il me raconte diverses histoires sur Elendil.
- Et donc tu as vraiment essayé de dresser un sanglier quand tu étais enfant?
Demandai-je.
- Une seule fois.
- Une seule fois?
- Oui. Le sanglier n'était d'accord avec mon projet.
Je ne peux plus retenir un rire.
- Je comprends pourquoi.
- Il avait mauvais caractère.
- Le sanglier ou toi?
- Les deux.
Drannor lève les yeux devant nous.
- Ne l'écoute pas trop.
- Pourquoi?
Demandai-je.
- Parce qu'il modifie toujours les histoires.
- C'est faux.
Répond immédiatement Thalion.
- Tu as transformé trois loups en vingt.
- Ils étaient impressionnants.
- Il y en avait trois.
- Trois très impressionnants loups.
Je souce la tête en riant.
En début d'après-midi, nous traversons une vaste clairière.
Je ralentis immédiatement mon cheval.
Des centaines de fleurs argentés recouvrent le sol.
Le vent fait onduler leurs pétales comme une mer lumineus.
Mon coeur manque un battement.
Je murmure pour moi-même.
- Des fleurs de lune....
Le silence tombe aussitôt.
Drannor et Thalion me regardent.
- Quoi?
Demandai-je.
Drannor me demande.
- Tu connais leur nom?
Je fronce les sourcils.
- Oui...
Puis j'hesite.
- Enfin... je crois.
Mon regard revient sur les fleurs
Quelque chose me semble familier. Beaucoup trop familier.
Comme un souvenir que je n'arrive pas à atteindre.
Je secoue doucement la tête.
- C'est étrange...
Drannor et Thalion échangent un regard silencieux.
Un regard que je ne comprends pas.
Le chemin quitte peu à peu la forêt.
A mesure qu'ils gravissaient la dernière colline, les arbres s'écartent pour laisser place à une vue dégagée sur la vallée.
J'apperçois soudain quelque chose au loin.
Une forme blanche entre les arbres.
Je murmure.
- Attendez...
Avant que quiconque puisse répondre, je me redresse sur ma selle.
- Flore?
Fit Thalion.
Mais déjà, je pose un pied sur l'arçon. Puis l'autre.
Et l'instant d'après, je suis debout sur le dos de mon cheval.
Le vent soulève mes cheveux.
Drannor lève immédiatement les yeux vers moi.
- Qu'est-ce qu'elle fait?
- Aucune idée.
Répond Thalion avecc le plus grand calme.
- Elle va tomber.
- Non.
- Tu en es certain?
- Non
Je ne les entends déjà plus.
Mon regard est fixé droit devant moi.
Et alors je la voit.
Au milieu de la vallée s'élévent un cité immense de pierre blance.
De hautes tours élancées perçent le ciel azur, reliées entre elles par d'élégants ponts suspendus. Des cascades scintillent le long des remparts tandis que les rayons du soleil fait briller les toits argentés.
On dirait une ville sortie d'un conte.
Une ville qu'aucun humain ne peux bâtir.
Je murmure en retenant mon souffle.
- Par les Valar...
Thalion esquisse un sourire amusé.
- Impressionnant n'est-ce pas?
- Impressionnant?
Je me retourne vers lui un regard incrédule.
- C'est magnifique.
Le capitaine redresse légèrement les épaules.
- Je sais.
A côté de lui, Drannor lève immédiatement les yeux au ciel.
Je ne pus retenir un rire.
- Tu agis comme si tu l'avais contruite.
- Je ne dis pas que c'est pas le cas.
Répond Thalion avec le plus grand sérieux.
- Tu le sous-entends pourtant.
Remarque Drannor.
- Je participe au charme général d'Elendil.
- Malheureusement.
Répond le prince sans même le regarder.
J'éclate de rire.
Et ce fut une erreur.
Parce qu'au même instant, mon cheval fait un léger pas de côté. Trés léger. Mais suffisant.
- Oh...
Le sourire de Drannor disparaît aussitôt.
- Flore?
- Je crois que...
Je bat légèrement des bras.
- .... j'ai un problème.
Et je glisse de la selle.
- FLORE!
Avant même que je ne touche le sol, Drannor saute de cheval.
La seconde suivante, je me retrouve dans ses bras.
Le choc nous fait vaciller tous les deux. Mais aucun ne tombe.
Et pendant une fraction de secconde...
Une autre image travers l'esprit de Drannor.
Une petite silouhette perchée sur un vieux muret de pierre. Les cheveux balayés par le vent. Un rire cristallin.
Puis une voix enfantine.
- Attrape-moi!
La silouhette sauta. Et il la rattrapa. Comme toujours.
Le souvenir disparaît aussitôt.
Comme un rêve qu'on oublie au réveil.
Drannor cligne des yeux.
Le présent revient brutalement.
Je suis dans ses bras. Bien réelle. Bien vivante.
Et je le regarde avec de grands yeux surpris.
- Je peux expliquer.
Drannor me fixe.
- Je suis curieux.
- La gravité.
Un bruit étouffé retentit derrière nous.
Thalion vient de perdre son combat contre le fou rire.
- Voilà!
S'exclame-t-il.
- Nous ne sommes même pas encore arrivés à Elendil qu'elle tombe déjà d'un cheval.
- Je ne suis pas tombée.
- Tu étais littéralement en train de tomber.
- Détail.
Cette fois même Drannor doit retenir un sourire.
Puis il réalise soudain qu'il me tient toujours dans ses bras.
Et il me repose immédiatement au sol. Beaucoup trop vite.
Ce qui fait sourire Thalion davantage.
- Intéressant.
- Pas un mot.
Répond Drannor.
- Je n'ai rien dit.
- Thalion.
- Toujours rien dit.
Je les regarde l'un et l'autre.
Et malgré la chaleur qui me monte aux joues, j'éclate de rire.
Pour la première fois depuis mon départ d'Edoras...
L'inconnu me fait un peu moins peur.
Les grandes portes blanches d'Elendil s'ouvrent lentement devant nous.
A peine avons-nous franchi l'entrée que je comprends que toute la ville sait que le prince est de retout.
Les rues sont animées.
Des elfes sont rassemblés le long des avenues.
Des enfants courent entre les adultes.
Les artisans sortent de leurs échoppes.
Partout, des sourires apparaissent à la vue de Drannor et Thalion.
- Le prince est renté!
- Capitaine Thalion!
- Bienvenue à Elendil!
Je regarde tout autour de moi avec émerveillement.
Le bâtiments semblent sculptés dans la pierre blanche et le bois vivant.
Des fleurs grimpent sur les façades.
Des ponts suspendus relient certains quartiers.
Et partout, l'eau chante. Des fontaines. Des ruisseaux. Des casccades.
C'est magnifique.
Complètement différent du Rohan. Plus calme. Plus ancien. Plus... magique.
Je sens cependant les regards se poser sur moi.
De nombreux regards. Curieux. Interrigateurs. Certains bienveillants. D'autres beaucoup moins.
Je baisse légèrement les yeux.
Immédiatement, Thalion rapproche son cheval du mien.
- Ne fais pas attention.
- Ils me regardent tous.
- Bienvenue dans la vie aux côtés du prince.
- C'est toujours comme ça?
- Malheureusement.
Je remarque son regard se diriger vers Drannor.
Pendant une seconde, une ombre passe dans ses yeux. Comme une tristesse familière. Puis elle disparait.
Le palais domine toute la cité. Immense. Majestueux. Construit sur plusieurs niveaux.
Des jardins suspendus entourent les bâtiments principaux.
Lorsque nous atteignons la grande cour royale, plusieurs gardes viennent immédiatement acceuillir le prince.
Je mets pied à terre tandis que des palefreniers prennent les chevaux.
Aeglos, lui, reste parfaitement immobile, jusqu'à ce que je vienne prendre ses rênes.
Les regards se tournent aussitôt vers moi.
Encore.
Je commence à m'y habituer. Presque.
Puis les grandes portes du palais s'ouvrent.
Le silence tombe.
Deux silouhettes apparurent.
Le roi et la reine d'Elendil.
Le roi est grand. Impressionnant. Ses cheveux blancs comme ceux de Drannor tombent jusqu'à ses épaules.
A ses côtés, la reine posséde une beauté froide qui impose immédiatement le respect.
Drannor s'incline légèrement.
Thalion fait de même.
Je les imites aussitôt.
- Père. Mère.
Le roi acquiesce.
- Nous sommes heureux de te voir rentrer sain et sauf.
Sa voix est calme. Mesurée. Presque distante.
Je vois le sourire de Drannor disparaître légèrement.
Comme si cette réponse est exactement celle qu'il attendait.
La reine pose ensuite son regard sur moi.
Et immédiatement...
L'atmosphère change.
- Qui est cette jeune femme?
Le silence retombe dans la cour.
Drannor répond sans hésiter.
- Elle se nomme Flore.
- Une humaine?
Demande la reine.
Le ton n'as rien d'aimable.
Je sens mon ventre se nouer.
- Elle travaillait aux écuries royales du Rohan.
Ajoute Drannor.
La reine fronce légèrement les sourcils.
- Donc tu as amené une étrangère à Elendil.
Ce n'était pas une question.
Le roi observe lui aussi. Longuement.
Comme s'il évaluait quelque chose. Ou quelqu'un.
Je baisse instinctivement les yeux. Mal à l'aise. Très mal à l'aise.
- Aeglos ne laissen approcher personne excepté elle.
Répond simplement Drannor.
La reine semble peu convaincue.
- Cela n'explique pas pourquoi elle se trouve ici.
Le silence devient lourd. Très lourd.
Je peux sentir la tension dans toute la cour.
Puis la voix de Drannor retentit. Calme. Mais ferme.
- Parce que je l'ai invitée.
Le roi leva légèrement un sourcil.
La reine, elle, ne semble pas apprécier la réponse.
Pas du tout.
- Nous reparlerons de cela plus tard.
Déclare-t-elle finalement.
Puis elle tourne les talons.
Le roi suit quelques secondes plus tard.
La cour reprend vie progressivement.
Mais le malaise reste.
Quelques minutes plus tard, je me retrouve seule dans un couloir du palais.
Je regarde les jardins à travers une grande fenêtre.
Mon coeur est encore lourd.
Je n'avais jamais été aussi mal à l'aise de toute ma vie.
- Je t'avais prévenue.
Je sursaute.
Thalion vient d'apparaître derrière moi.
Je demande.
- C'était si évident que ça?
- Quoi?
- Que je n'étais pas la bienvenue.
Son sourire se dissipe légèrement.
Puis il s'appuie contre la pierre
- Ce n'est pas toi.
- Pourtant...
- Non.
Sa voix est sérieuse cette fois.
- Tu n'es pas le problème.
Je le regarde sans comprendre.
Thalion reste silencieux quelques secondes.
Puis il soupire.
- Disons simplement que les relations entre Drannor et ses parents sont compliquées.
Je baisse les yeux.
J'ai remarqué cela. Même au Rohan.
Mais je voir de mes propres yeux s'est différent. Bien plus douloureux.
- Ils lui parlent toujours comme ça?
Le regard de Thalion se perd vers les jardins.
- Depuis très longtemps.
Je ne réponds rien.
Pour la première fois...
Je comprends un peu mieux la solitude que portait le prince.
Et cela me serre le coeur.
En fin de journée, Drannor vient finalement me retrouver.
Il tient un petite clé dans sa main.
- Suis moi.
- Où allons-nous?
- Chez toi.
Je cligne des yeux.
- Chez moi?
Un léger sourire apparaît sur ses lèvres.
- Oui.
Nous traversons plusieurs rues avant d'arriver près des jardins royaux.
Le soleil s'éclipse lentement derrière les tours blanches d'Elendil lorsque Drannor s'arrête devant une petite maison nichée à l'écart des grandes avenues.
Des fleurs poussent le lond des murs de pierre claire.
Un petit jardin entoure la demeure.
Et derrière celle-ci, on aperçoit les jardins royaux.
Je reste immobile quelques secondes.
- C'est ici?
Je demande doucement.
- Oui.
Répond Drannor
Il sort une clé de sa poche avant de me la tendre.
- Cette maison sera la tienne.
Je prends la clé avec hésitation.
Comme si j'avais peur qu'elle disparaisse.
Puis j'ouvre la porte.
L'intérieur est chaleureux. Simple.
Une cheminée occupe le centre de la pièce principale.
Une bibliothèque est adossée à un mur.
Les fenêtres donnent sur les jardins.
A l'étage se trouve une petite chambre sous les toits.
Je fais lentement le tour de la maison.
Incapable de cacher mon émerveillement.
- C'est magnifique...
Un léger sourire apparaît sur les lèvres du prince.
- Je suis heureux qu'elle te plaise.
Je m'arrête près d'une fenêtre.
De là, je peux apercevoir les lumières du palais.
Puis mon sourire s'efface légèrement.
Sans le vouloir, je repense à ce qui s'est passé plus tôt.
A la cour. A la reine. Au roi. A la froideur de leur acceuil.
Je baisse les yeux.
- Drannor?
- Oui?
J'hésite quelques secondes.
- Est-ce que ça va?
Le prince semble surpris. Vraiment surpris.
Comme si personne ne lui avait posé cette question depuis longtemps.
- Bien sûr.
Je croise les bras.
- Vous mentez.
Un sourcil se lève.
- Ah bon?
- Oui.
Cette fois un léger sourire amusé passe sur son visage.
- Voilà qui est nouveau.
- Pas vraiment.
Le silence retombe doucement.
Je regarde les jardins à travers la fenêtre.
- Je suis désolée pour ce qui s'est passé.
Son regard se pose sur moi.
- Tu n'as rien à te reprocher.
- Je sais.
Je marque une pause.
- Mais je n'ai pas aimé la façon dont ils vous ont parlé.
Le silence devient plus lourd. Plus sincère.
Drannor détourne légèrement le regard.
Comme si le sujet le met mal à l'aise.
- Ce n'est pas important.
- Si.
Je réponds aussitôt.
Le prince relève les yeux vers moi.
Je continue plus doucement.
- Peut-être que je ne connais pas votre histoire. Peut-être qu'il y a des choses que j'ignore. Mais...
J'hésite.
Puis termine quand même.
- Vous aviez l'air triste.
Pendant quelques secondes, aucun de nous ne parle.
Le vent fait doucement bouger les fleurs du jardin derrière la fenêtre.
Puis Drannor laisse échapper un léger souffle.
- Les relations avec mes parents ont toujours été compliquées.
- Depuis longtemps?
Un sourire sans joie perce sur ses lèvres.
- Depuis très longtemps.
Mon coeur se serre légèrement.
Je ne sais pas exactement pourquoi.
Peut-être parce que malgré tout ce que représente Drannor... Le prince. L'héritier. Le guerrier.
A cet instant, il avait simplement l'air seul. Très seul.
Je m'approche de quelques pas.
- Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous. Et je ne vous demanderai pas si vous n'avez pas envie d'en parler.
Le regard du prince revient vers moi.
Je lui adresse un petit sourire.
- Mais si un jour vous avez besoin de parler... Ou simplement quelqu'un qui écoute... Je suis là.
Le silence qui suis est différent. Plus doux. Plus fragile.
Comme si quelque chose vient de changer.
Drannor reste quelques secondes sans répondre.
Puis un lèger sourire s'affiche. Petit. Sincère. Rare.
- Merci, Flore.
Je hausse simplement les épaules.
- C'est normal.
Pendant une seconde, il sembe vouloir ajouter quelque chose.
Puis il secoue légèrement la tête.
- Tu devrais t'installer.
- Probablement.
- Et découvrir ta maison.
Je souris.
- Je crois que je vais commencer par la bibliothèque?
- Evidemment.
- Quoi?
- Rien.
Répond-il avec amusement.
Je le vois finalement se diriger vers la porte. Puis s'arrêter.
- Flore?
- Oui?
- Bienvenue à Elendil.
Je regarde autour de moi. La maison. Les fleurs. Les jardin.
Puis je reporte mon attention sur lui.
Et pour une raison que je ne comprends pas encore...
Je me sens un peu moins perdue.
Je m'avance vers lui.
Et sans vraiment réfléchir, je pose doucement ma main sur la sienne.
- Merci, Drannor. Pour tout... Et n'hésite pas...
Je le vois me faire un léger sourire.
- Merci, Flore.
Je relâche sa main.
Et il sort de la maison.

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