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Qui prononce le nom de la mère ville trois fois de suite m’appelle dans sa nuit, dans son rêve j’apparais puisqu’à moi je l’attire un peu malgré tout la douleur, la peur, l’imagination fertile qui oppresse, oppresse, agresse

Je dessine mon sourire de mes dents et donne de mon regard d’épouvante, noir du charbon de la mort, et des stries de sang, dans le jaune de mes yeux oui et je regarde comme ça, je poursuis celui, celle qui m’appelle sans le savoir et m’implante un peu en frisson dans le mou de sa chair

Ce mou qui me donne de l’élan, l’envie d’y insérer ma morsure baiser, d’en déchirer les sucs viciées et de me gorger comme d’un vin

Comme ça depuis toujours je suis, je poursuis dans la boucle de réflexion de mes actes, mes actes et ma bouche nourrie du sang des autres, de ceux qui viennent à moi, parce qu’ils appellent à un moment du rire ou de l’incrédulité la ville mère qui s’est vue revêtir l’écorce d’un autre monde au siècle dernier et donne de la voix désormais, de la voix qui ricoche en moi des ordres, des ordres qui sont devenus miens, broyés aux chaînes de l’habitude

Car à chaque jour son rite créée sa musique et les musiques sont faites pour être répétées et qu’on les siffle au vent de notre haleine aux chairs béantes pour donner du silence aux choses, une couleur d’angoisse

La ville mère ordonne sur moi sa volonté puissante depuis l’avènement de la mort vérité, qui coule dans mes veines toujours oui c’est mon sang qui me parle, mon sang qui vous parle, et le vôtre, de sang, qui me donne à parler, dessine au khôl le contour de mes yeux

Mon sang,

Mon sang qui coule toujours en rivière pourpre là-dessous que ça boue toujours et j’en perçois chaque fibre dans la lente procession des fluides et je les vois sous ma peau ramifiée si blanche qu’elle n’a plus rien d’humain, si fine qu’elle n’est qu’une pellicule entre le dedans et le dehors et qu’elle me sépare de la ville mère qui refuse de me faire mourir et me maintient aux affres temps selon ses partitions, sa volition

Ce jour elle chante ils arrivent, ceux d’un jour, d’un pays lointain, lui, effrayé, elle bien trop curieuse et que je dois m’en méfier un peu et la ville mère dit aussi que d’autres viendront peut-être ce jour qu’elle le sent, mais elle n’a pas mes yeux, mes yeux qui voient et se déplacent dès son nom dit trois fois : un chien pleure au-delà des mondes possibles et j’apparais là, au-dessus de la couche et les pénètre en pensée

Là, d’autres gens qui n’ont rien dit, jamais, ou moins de trois fois, ils passent par hasard au bonheur de nous, au détour d’une conversation sur le mystère de la ville mère ou d’un autre voyage, passent et trépassent et j’ai faim de les dévorer tous, faim de ce sang faim faim faim


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