L'odeur de la poudre 3/3
— Alors ? se fendit Philippe intrigué.
— Il semblerait que les choses bougent.
Després donna la lettre à Philippe qui la lut en diagonale.
Le document faisait part du mouvement des troupes adverses suite à l'avancée du troisième corps d’armée palariens. LaBoussière était enfin en marche, mais nullement pour lui porter son aide. Il se dirigeait bien vers Breddas et ses ennemis avaient tourné casaque face à ses troupes fraîches en plein élan victorieux.
Les fuyards avaient été aperçus par les dragons en reconnaissance, à deux jours de là. Le fort qui continuait de narguer les envahisseurs allait bientôt devenir entièrement et irrémédiablement isolé. Et Philippe a ses pieds, loin de la fête.
Le général tiqua un instant.
— Paul, tu penses que la garnison a eu vent de la fuite des troupes de l’est ?
— Je dirais plutôt que la nouvelle est chassée de leur esprit à coup de prières.
— Parfait.
Parfait.
Une idée se formait.
— Donne l’ordre aux hommes de renforcer le camp, et que ce soit visible depuis les créneaux de la citadelle. Je veux que ce soit un joyeux bordel depuis leurs murailles. Double les tirs de nos pièces d'artillerie. Ravive le moindre feu et que les soldats défilent autant de fois que nécessaire durant toutes la nuit.
— Pardon !? Tu as perdu la tête ?
Paul affichait toute la surprise possible sur son visage.
— On va leur faire croire qu’on renforce le siège alors que nous nous porterons à l’avant des troupes en plein repli. Si LaBousière n’est pas pressé de les vaincre et préfère aller vers la capitale, nous nous ferons une joie de nous en occuper à sa place.
— Et tu souhaites voir la garnison admirer notre armée redoublée d’ardeur. Croire que nous resterons tous piégés ici.
Paul plissait les yeux.
— Malin, mais s'ils flairent la moindre fausse note, on risque vraiment de se retrouver pris entre deux feux.
— Non, ils n’auront pas le temps de réagir. Ils admireront nos sapeurs dressés des tranchées pendant que nous taillerons en pièce leurs frères d’armes.
— Tout bonnement intéressant.
Paul tirait une bouffée généreuse sur son cigare.
— Et le reste de nos unités ?
— Camouflé avec nos artilleries dans les bois menant au nord. Il n’y a qu’une route pour faire circuler une armée dans la région. Tu te rappelles les champs entre les collines à deux jours de là ? Proche d’un village nommé… Ho je l’ai sur le bout de la langue. Ha, oui, Morton.
— Ho, oui, je m’en souviens. L'endroit sera parfait pour une embuscade. On va devoir opérer une gymnastique des plus audacieuse, mais ça pourrait en valoir le coup s’ils mordent à l'hameçon.
— En effet, une manœuvre unique et décisive pour balayer ces mois de misère. Pour ce qui est de l’hameçon, on va leur opposer en plein air un régiment, histoire de les fixer. Ils devront s’en occuper pour continuer leur retraite.
La chance sourit aux audacieux, comme le disait le vieux dicton. Non ?
— Ils vont peut-être croire à des troupes isolées en amont de nos forces. Peut-être même à des éclaireurs de LaBoussière trop entreprenants. Un cadeau de notre part, ce sera trop beau pour être vrai. Ils les attaqueront pour se venger de leur récent revers et libérer le passage. Et là, ils seront finis.
— Emballer comme il se doit de la merde reste de la merde mon ami. Encore faut-il être conscient de ce qu’il en est. Ils ne pourront laisser passer cette occasion et, une fois les dernières troupes de la région disparues, le fort n’aura d’autre choix que de se rendre ou tomber. Surtout si nos sapeurs finissent les tranchées menant à leurs murailles entre temps.
— J’espère quand même qu’ils ne tenteront pas une sortie. Autrement, nos sapeurs et artilleurs restés ici passeront un sale quart d’heure.
— Chaque pari comporte une dose de risque.
Philippe ricanait tel un gosse trop avide de voir sa nouvelle farce prendre vie.
Comme aux échecs, on devait donner un pion pour en prendre un. Le général Dassena n’en était plus à ça près. Cela allait coûter des vies, beaucoup. Mais la victoire, les victoires soit dit en passant, seraient à lui et la joie de moucher LaBoussière valait tous les risques.
Il allait montrer sa valeur au royaume, effacer l’ombre de sa famille et contrecarrer la situation impossible dans laquelle le maréchal d’Argence l'avait placé.
Enfin.

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