Chapitre 11

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À l'aube, accompagné de Carson et de quelques jaffas, Ba'al avait amené deux caisses de naquadah au domicile du perdant.

Celui-ci avait été plus que surpris, pour trois raisons au moins. La première : il ne s'attendait pas à être réveillé aux aurores alors que la partie s'était terminée tard dans la nuit, ou tôt le matin, selon le point de vue. En outre, il avait dû régler une autre affaire.

La deuxième : il n'avait jamais donné son adresse à Ba'al.

La troisième : il ne pensait pas que l'ancien Grand Maître goa'uld tiendrait sa parole en lui rapportant le naquadah. Les Goa’ulds n'étaient pas connus pour respecter leurs engagements. Par contre, il pensait que Ba'al viendrait chercher la porte, et il avait réglé cette autre affaire. Il lui avait ainsi prévu un accueil spécial, mais il y avait eu comme… un problème de timing. Et quand on a encore la tête dans le brouillard, il y a des tas de choses auxquelles on ne pense pas forcément.

Des choses telles que prévenir de nouveaux acolytes prêts à payer une grosse somme pour la tête d'un parasite.

L'ancien dieu, ses jaffas, et un Carson encore étonné d’avoir été le témoin de cet échange a priori parfaitement honnête, étaient donc repartis avec la petite porte.

Ba'al n'aimait pas qu'on lui tienne tête ou qu'on lui force la main.

Ils avaient à peine quitté la ville qu'une gigantesque explosion avait fait trembler ses fondations.

Là où se trouvaient un entrepôt clandestin, et un repaire de crapules, ainsi qu’un bon quart de la ville, il ne restait désormais qu'un cratère béant.

Sur le ha’tak, s'en était suivie une altercation entre Carson et Ba'al.

Le médecin était prêt à retourner sur la planète pour soigner les éventuels blessés.

Ba'al le lui avait formellement défendu et avait ordonné à son prima de l'enfermer dans ses quartiers et de veiller personnellement à ce qu’il n’en sorte pas avant d'en recevoir l'autorisation.

Pour faire bonne mesure, il avait interdit à quiconque de quitter le vaisseau.

Alixe n'appréciait pas les méthodes de Ba'al en matière de négociation et, encore moins son non-respect des pactes. Toutefois, elle ne pouvait lui donner tort quant à son refus de laisser Carson repartir sur la planète.

Si quelqu'un le reconnaissait, il risquait d'être accusé, au mieux de complicité d’assassinat, et au pire d’assassinat à la place du vrai coupable. Ce serait la mort qui l’attendrait. Qu'il ait sauvé des vies en soignant des blessés importerait peu sur une planète dont la seule loi en pratique était celle du plus fort.

Elle en avait longuement discuté avec le scientifique qui avait fini par l'admettre.

Deux jours plus tard, les ordres de Ba'al étaient toujours appliqués à la lettre par son personnel de bord.

La planète n'était plus en vue depuis longtemps.

Carson tournait en rond dans ses quartiers comme un poisson dans son bocal.

Alixe était allée demander sa libération à l'ancien dieu. Elle l’avait trouvé sur la passerelle de commandement, où il passait le plus clair de son temps depuis leur départ de la "Planète des marchands d’esclaves".

En la voyant arriver, décidée à en découdre avec le maître des lieux, les deux Jaffas qui se tenaient à ses côtés, sur la passerelle, s’étaient regardés, sceptiques, avant de se décider à prendre le large comme si de rien n’était.

Le Prima qui se trouvait à la console de pilotage avec les navigateurs sentit que quelque chose se tramait dans son dos. Il se retourna et roula tellement des yeux qu’ils auraient pu quitter leurs orbites. Pour lui, elle était avant tout une femme qui venait de pénétrer dans un lieu uniquement autorisé aux hommes. Qui plus était, aux hommes compétents comme son maître et lui, et quelques autres officiers de navigation qui se relayaient par quart.

Elle avait foncé droit sur Ba’al et l’avait abordé sans s’occuper du protocole.

Il ne le lui fit cependant pas remarquer et, imperturbable, il écouta ses arguments.

Elle s'aperçut trop tard qu'il n'avait toujours pas décoléré contre elle et que, loin d’arranger les choses, elle les avait aggravées. Elle comprit qu’il ne manquerait pas de lui faire payer son impertinence.

Il ne la fit pas attendre longtemps.

Très calme, il lui répondit dans ce qui aurait pu passer pour un sourire si ses yeux ne reflétaient pas tout le contraire.

« En général, je n'accepte les femmes sur mon vaisseau que pour deux raisons : les taches ménagères qu'il serait inconcevable de demander à mes hommes d'accomplir, et les distractions qu'elles peuvent m'apporter. Soyez heureuse d'avoir été exemptée de la première. Quant à la seconde... À moins que vous ne me prouviez le contraire dans les heures à venir, je doute que vous puissiez m'offrir le genre de "distraction" que je recherche habituellement. »

Elle avait piqué un fard et serré les poings.

Il fit une pause, la laissant croire un trop instant qu’il en avait terminé, avant de poursuivre :

« Et soyez encore assurée d’une dernière chose : je n'accepterai ni de vous, une Tau'rie, ni d’aucune autre femelle de quelque espèce que ce soit, que l’on me dicte ma conduite. »

Il avait parlé d’une voix aussi dénuée d’émotion et aussi tranchante que la lame avec laquelle il avait coupé la tête de Susanoo.

Elle avait alors craint pour sa vie et considéré que le mieux était de se retirer pendant qu’il en était encore temps. N’étant pas au fait des us et coutumes locales, elle ne tenait pas à ce qu’il prenne l’un de ses prochains gestes pour une nouvelle provocation.

Elle amorça son retrait.

Il l’avait rappelée à l’ordre d’un claquement de langue.

Apparemment, on ne se retirait pas sans son aval, et elle n’appréciait pas du tout d’être traitée de la sorte. Il n'avait sûrement jamais entendu parler des mouvements "Jette ton Prince Charmant" ou "Balance ton phallo"*.

*Le premier entendait tout prendre en main, y compris le contrôle du corps de la femme, et contribuer à la hausse de la natalité (Ils eurent beaucoup d'enfants). Le second considérait que la femme était inférieure à l'homme. Elle comprenait qu'une femme puisse s'épanouir dans la maternité. Avoir une grande famille pouvait être quelque chose de merveilleux. Quoi qu'il en soit, une femme devait rester libre de choisir son destin, et non se le voir imposer.

Encore moins être rabaissée à un rang inférieur.

Ba'al et elle s’étaient affrontés du regard.

Elle fulminait intérieurement, tout en essayant d'occuper son esprit pour l'empêcher d'y pénétrer*.

*Il y avait toujours une mention à corriger dans la Déclaration des Droits de l'Homme... et de la femme : Les hommes et les femmes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Le spectre de l'identité de genre était plus large que cela, mais ce serait déjà un premier pas. D'autant que L'Humanité n'étant plus seule dans l'univers, il faudrait faire front commun. Désormais, il y aurait peut-être plus d'une mention à corriger.

Elle avait fini par baisser les yeux la première, inévitablement. Elle le devinait adroit à ce genre de jeu. Il aurait pu la garder des heures face à lui jusqu’à ce qu’elle finisse par céder, ou qu’il décide de lui couper la tête. Ce genre de tour ne l’amusait pas autant que lui. Autant en finir rapidement et s’amender honorablement en abandonnant la première.

Il n’avait pas été dupe, mais il l’avait autorisée à se retirer.

Lorsqu’elle passa à côté de lui, il lui attrapa le bras, sans précipitation, ni violence, et le serra fermement en l'obligeant à se rapprocher de lui bien plus qu’elle ne l’aurait souhaité.

« Ceux qui ont essayé ne s’en sont jamais remis », lui murmura-t-il à l’oreille d’une voix étonnamment douce.

Elle l’avait sondé malgré elle.

Des mois plus tard, elle se souvenait encore de son expression cruellement souriante, et de ses yeux sombres à l’intérieur desquels brillait cette farouche volonté propre aux hommes de pouvoirs qui n’admettaient pas que l’on remette leurs actes en cause, surtout devant leurs subordonnés. Elle aurait dû le savoir

Le lendemain, Carson fut autorisé à quitter ses appartements et à aller où il le souhaitait dans le ha’tak, à condition qu'il n'approche ni les pistes de décollage et les aires de stationnement des chasseurs et des tel’taks, ni la salle des anneaux de transfert.

Ba’al ne leur avait pas adressé la parole durant les quatre jours qui suivirent. Déjà qu’il se montrait peu bavard en leur présence, même lors des repas en tête à tête…

À chaque fois qu’ils le croisaient dans un couloir, il paraissait toujours pressé, occupé et inquiet.

Les jaffas montraient aussi des signes d’agitation et donnaient l'impression de se préparer à une attaque imminente.

Carson avait essayé de se renseigner auprès de jaffas plus "sociables" que d’autres, mais ces derniers avaient prétendu ne rien savoir, excepté que leur dieu et maître avait demandé que son vaisseau personnel soit affrété pour un voyage de quelques jours. Il leur avait donné des ordres.

Carson comprit que ce n’étaient pas de rester seuls sans leur maître, sur un vaisseau de guerre, qui les inquiétait, mais de le savoir sans protection durant son voyage. Il fut donc le seul à protester lorsque Ba'al lui ordonna formellement de rester dans le ha’tak quoi qu'il arrive.

Elle, elle protesta vaguement lorsqu’il lui annonça qu’elle l’accompagnerait durant son voyage. Elle avait deviné qu’il ne l’emmenait avec lui que pour empêcher Carson de s’enfuir. Jamais le médecin n’oserait partir sans elle. Mais elle hurla lorsqu’elle découvrit la garde-robe qu’il lui avait fait préparer pour son voyage.

Les goûts des Goa’ulds en matière de vêtements valaient exactement ceux qu'ils avaient en musique. Inexistants, ou alors beaucoup trop existants.

En fait de musique, elle lui en avait fait entendre une autre : celle de la fanfare.

Elle avait tempêté, grondé, sifflé, tambouriné, martelé sa porte jusqu'à ce qu'il finisse par l’ouvrir. Elle lui avait alors calmement expliqué qu’elle ne mettrait jamais un vêtement qui ne recouvrait que dix centimètres carré, peut-être quinze, mais guère plus, de sa peau. Même les femmes des antiques harem, sur la Terre, auraient eu l’air plus habillées qu’elle. Sans parler des concubines de l’empereur de Chine.

Elle lui donna quelques bons arguments destinés à flatter son égo. Du sur-mesure qui n’avaient pas été si facile à trouver.

Bizarrement, il n’avait pas cherché à discuter avec elle. Il lui avait concédé le droit de choisir ses propres tenues avec l’aide d’une lo’taria qu’il avait mise à sa disposition.

Évidemment, celle-ci avait reçu ses propres consignes. Néanmoins, elles parvinrent à un consensus.

Alixe eut le droit d’opter pour des tenues beaucoup plus sobres, moins légères et transparentes que celles proposées initialement.

Il s’était, lui aussi, senti obligé de changer de tenue. Ce qui n'était pas un mal dans la mesure où elle aurait eu l’impression de voyager avec un lampadaire oriental sur pattes.

Elle se demandait comment une civilisation si orgueilleuse, si tapageuse, et si immature avait pu survivre autant de temps. Leur chute avait dû être douloureuse.

Après avoir obtenu gain de cause, elle s'était abstenue de pérorer sur sa victoire et était restée en retrait comme il le lui avait recommandé. Tellement en retrait qu'elle avait dû se mettre en pilotage automatique, comme disait Carson, au point de ne plus se souvenir de ce qui s’était passé entre le franchissement d’une première Porte, lors de l’allée, et celui d’une deuxième, lors du retour. Elle ne se souvenait pas avoir bu ou mangé quoi que ce soit dans le vaisseau, et l’air semblait tout à fait normal.

Pourtant, juste avant leur départ, Ba'al lui avait expliqué qu'il devait participer à plusieurs entrevues réunissant des seigneurs goa'ulds importants, et peut-être à un Conseil de Grands Maîtres. Il ne lui cacha pas son étonnement d'y avoir été invité alors qu'il n'était plus un Grand Maître depuis dix années terrestres. Il parlait peu, mais lorsqu’il s’y mettait, il était un vrai moulin à parole. Enfin, jusqu’à une certaine limite.

Elle fut très surprise de la facilité avec laquelle il lui avoua sa non-reconduction au Conseil. Cela ne semblait pas revêtir une grande importance pour lui. Ce qui l’étonna davantage.

Ou alors, il jouait fort bien la comédie.

Il ne lui donna pas plus d'information à ce sujet que nécessaire.

Elle aurait pourtant aimé savoir pourquoi il n'était plus un Grand Maître.

Était-ce parce qu'on ne pouvait l'être qu'un certain temps ? Était-ce parce qu’on l'avait destitué de ce rang ? Si tel était le cas, pour quelle raison ?

Elle ne se faisait pas une joie particulière d'assister à ce genre d'évènement car, à en croire Ba'al, cela en était un, et surtout, cela s’avérait d’un profond ennui. Si elle devait s'ennuyer durant ces quatre jours, au moins aurait-elle la possibilité de lui parler en tête à tête de L’Occulteur de Monde.

Elle avait aussi d’autres questions à lui poser.

Notamment, pourquoi l'ancien Grand Maître et ses jaffas cachaient tant bien que mal leur inquiétude depuis que Carson et elle étaient à bord du vaisseau ? Pourquoi le faux dieu tenait tellement à les garder près de lui ?

Pour Carson, elle supposait que cela avait un rapport soit avec les cartes qu'il avait découvertes, soit avec ses origines génétiques et avec celui qui était, d'une certaine manière, l'auteur de ses jours, Michael. Peut-être était-ce pour ces deux raisons.

Pour elle, cela pouvait avoir un rapport avec la manière dont elle était arrivée sur la Planète aux Esclaves. Elle avait appris que cette planète se nommait Féloniacoupia. Elle avait trouvé que c'était un drôle de nom pour une planète qui ne l’était pas. Sauf si, ceux qui l'avaient baptisée ainsi, avaient un sens de l’humour "cosmique", et que leur rencontre à tous les trois en soit la conséquence.

Cette réflexion était la dernière dont elle se souvenait.

Entre le moment où le tel’tak de Ba’al avait passé la Porte des étoiles pour se rendre dans l’univers où se trouvait Tur’in, la planète servant de lieu de rendez-vous aux Goa’ulds qui devaient participer aux rencontres, et celui où il avait repassé la porte pour revenir à son vaisseau-mère, elle ne se souvenait de rien. Le noir complet.

C’était, avec la période qui avait précédé le "saut" qui l’avait conduite sur Féloniacoupia, la seconde fois qu’elle avait une pareille absence. Sa seule consolation était que, cette fois, elle pouvait dire combien de temps avait duré cette absence : à peine vingt-quatre heures.

Curieusement, elle se souvenait, dans le détail, comme s’ils avaient été réels, des trois rêves qu’elle avait fait durant son séjour. Ils n’avaient aucun rapport entre eux, excepté une chose : dans l’un comme l’autre, elle n’avait pas forme humaine, ni la moindre tangibilité.

Pourtant, elle s’était sentie entière, vivante et libre, comme elle ne l’avait plus été depuis très longtemps.

NDLA / petit rappel : * = Ajout à la version originale ; Lorsqu'il est situé en début de paragraphe, c'est tout le paragraphe qui a été ajouté.

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