Chapitre 19

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Erra reprit la parole avant qu’Apollon aborde un autre sujet.

« Qu’en est-il de la Tok’ra ? » demanda-t-il en se tournant négligemment vers Circé.

Son mouvement n’avait rien d’anodin.

Alixe sentit le léger frémissement de la jeune fille à l’évocation de la Tok’ra. Décidément, il la cherchait en l'attaquant sur tous les fronts.

Erra ne cachait en rien l’aversion que lui inspirait la Tok’ra et tout ce qui s’y rapportait de près ou de loin. Il haïssait donc la jeune fille qui, d’après lui, en faisait partie. Cependant, il n’en avait pas la certitude absolue. Il n’était pas le seul.

Perséphone, Teutatès et Apollon le soupçonnaient aussi, mais la première n’avait jamais su trop quoi faire de cette information qu’elle n’avait jamais cherché à vérifier. Le deuxième avait des sentiment bienveillants à l’égard de la petite magicienne, et le troisième ne voyait pas le moindre bénéfice à tirer d’une information sans fondement.

Aucun des trois n’avait considéré Circé comme une adversaire à écarter ou une ennemie à anéantir.

« La Tok’ra n’est plus ce qu’elle était du temps de Jolinar et de Martouf. Lorsque celui-ci a été … tué… Leurs ambitions ont radicalement changé de direction », expliqua Divona

Son passe-temps favori était justement d’enquêter sur la présence d’espions Tok’ra dans son royaume.

« C’est plutôt leur moralité qui a changé de direction, ironisa Dercéto.

─ J’ai entendu dire, enchaîna aussitôt Perséphone, qu’ils étaient devenus aussi corrompus que les Atrides, et qu’ils cherchaient les moyens de prendre notre place…

─ Ça, ce n’est pas nouveau, ma puce, fit Boann.

─ On dit encore qu’ils sont en lutte ouverte contre les jaffas… les ha’taakas [traîtres]… Ceux menés par Gerak le sanguinaire, Bra’tac, Teal’c et quelques autres.

─ On dit beaucoup de choses à leur sujet, Ésus.

─ C’est un fait », acquiesça Ésus.

Même s’il était rarement d’accord avec Teutatès, celui-ci connaissait le sujet, et son opinion était fondée.

« Il n’empêche, reprit Ésus, on ne les a pas beaucoup vus ces derniers temps. Et cela ne peut signifier qu’une seule chose : la Tok’ra n’existe plus. Quant aux jaffas, ils ne voient rien, ou ils ne comprennent rien. Ce qui me semble plausible de la part de créatures que nous avons créées et si longtemps assujetties.

─ Nombre d’entre nous sont déjà morts sous les tortures de Gerak, intervint Shamash. Nous sommes pourchassés par les Tau’ris et leurs alliés, par des chasseurs de primes. Même nos amis d’hier sont prêts à nous trahir.

─ Lequel de nos ennemis inconnus, ou de nos ennemis connus, nous portera le coup de grâce en premier ? » interrogea Ésus.

Métis eut un rire sec.

« Le savoir des Goa’ulds n’a rien d’un fabuleux trésor. Tout ce que nous possédons ou connaissons, nous l’avons… "emprunté"… à d’autres civilisations, souvent sans leur consentement. Pourtant, notre savoir est un fardeau pour nous dans la mesure où nous devons prendre garde à ne pas en être dépossédés. Toutes ces connaissances que nous avons acquises au cours des temps n’ont jamais été réunies entre les mains d’un seul et unique Goa’uld parce que nous n’avons jamais été faits pour nous entendre. Dans beaucoup de civilisations, on dit quelque chose de similaire à ceci : "À grands pouvoirs, grandes responsabilités". Sommes-nous faits pour les responsabilités ? J’en doute parce que nous ne sommes pas des dieux. Les Tau’ris l’ont découvert avant nous et ils se sont montrés avisés.

─ Tu songes à laisser nos pouvoirs entre les mains d’un Tau’ri ? vitupéra Frey. Un seul ou plusieurs, jamais ! Autant nous immoler nous-mêmes.

─ Bon, nous venons d’exclure les Tok’ras et les jaffas, résuma Bacchus. Les Tau’ris ne sont pas dignes de confiance. Je sais d'expérience que les Anciens, et les Asurans le sont encore moins.

─ Nous ne pouvons pas plus faire confiance à L’Alliance Luxienne ou aux Aschens, ajouta Boann. D’ailleurs, nous ne savons pas s’ils existent encore. Il y a quelques temps, les Luxiens et les Travellers étaient persuadés qu’il existait des vaisseaux errants à l’arrière des lignes ennemies. Ils étaient prêts à tout pour les trouver. Quant aux Hébridans, ou ce qu’il en reste, ils brillent par leur silence. Les Nox ne bougent pas non plus. Mais cela n'a rien d'étonnant de leur part. »

Apollon hocha la tête.

« Constat identique du côté des Geniis et des Athosiens, dit-il. Même les Wraiths se posent des questions. Mes hommes en ont capturé un, il y a quelques semaines, sur un vaisseaux ruche quasiment désert. La résistance y a été tellement faible que nous avons pu vaincre ceux qui s’y trouvaient encore avec une facilité déconcertante. Ils étaient affamés, même après s’être nourris des leurs. Ils se sont pourtant battus jusqu’à la mort. Nous n’avons pu avoir qu’un seul survivant. Selon les informations que nous avons obtenues de lui, la faim et la faiblesse de leurs effectifs les ont totalement désorganisés.

─ Même dans les univers qui n’ont pas encore été atteints ? interrogea Rhadamanthe.

─ Toutes les formes de vie intelligentes sentent que quelque chose de dangereux et d’inéluctable approche, lui répondit Apollon. Mais elles ignorent ce dont il s’agit.

─ Ce que les autres communautés savent, nous l’ignorons. Peut-être qu’il faudrait leur dire le peu que nous savons, suggéra Shamash. De cette manière, nous montrerions notre bonne foi et nous pourrions créer des alliances…Mais qui s'associerait avec des scorpions... ou des serpents comme nous ?

─ Et nous leur dévoilerions nos secrets ? s’inquiéta Amaterasu. Pensez-vous que les Oris, ou les Wraiths, ne les utiliseraient pas pour leur profit ?

─ Elle a raison, acquiesça Rhadamanthe. Cela leur donnerait une raison supplémentaire de nous éliminer.

─ Pourquoi ne pas plutôt faire alliance avec les Wraiths de nos univers respectifs, et uniquement avec eux, sans leur confier nos secrets ? »

Toutes les têtes se tournèrent en direction de Circé.

Il y eut un moment de silence. Celui de la réflexion.

L’idée était simple et loin d’être stupide. Elle avait au moins l’avantage de ne pas les forcer à quitter leur univers respectifs. Surtout si la seule et unique Porte le leur permettant se trouvait en territoire ennemi.

Les uns et les autres avaient passé des siècles, voire des millénaires sans sortir de leurs système solaires et, de manière générale, chaque système avait toujours vécu en parfaite autonomie dans l’ignorance des autres, seulement dans la supposition de leur existence.

*Lorsqu'ils étaient de nature autarcique, les êtres vivants sensients ne parvenaient pas à imaginer l'infini. Alors que pouvait signifier "quatre-vingt-quinze milliards d'années-lumière", "15 millions de degrés Celsius", "des centaines de milliards d'étoiles", "dix puissance cinquante-quatre", "un temps de Planck après le Big Bang" ? Tout était une question d'échelle. Encore fallait-il les concevoir.

Alixe aimait imaginer les univers comme un ensemble de particules flottant dans les rayons du soleil, derrière les carreaux, dans les pièces sombres. Certains pouvaient se toucher, se rejoindre, se fondre les uns aux autres. D’autres étaient isolés par les murs de la pièce. Le seul moyen d’en voir de nouveaux était de sortir de la pièce pour entrer dans une autre.

Il fallait sortir de son système solaire, ou de sa galaxie, pour appréhender la notion d'immensité de l'univers.

Elle se rendit compte qu'elle avait zappé une partie de la conversation des Goa'ulds.

Quoique, pas tant que cela finalement...

« Les Wraiths sont difficiles à comprendre. Ils sont trop différents de nous, expliqua Apollon. Mais nous pouvons tenir pour acquis le fait qu’ils nous considèrent comme inutiles et dangereux. Cependant, en nous alliant aux Wraiths, nous représenterions une force non négligeable, et une menace évidente pour nos ennemis.

─ N’est-ce pas, justement, ce que nous souhaitons ? s’exclama Shamash.

─ Bien sûr, sauf que nous pouvons craindre que cet ennemi élimine systématiquement les espèces dominantes, et celles qui lui sont inutiles.

─ Peut-être, grommela Erra. Peut-être pas.

─ Pourquoi s’inquiéter alors ? Attendons que la mort vienne nous surprendre ! »

Shamash n’était pas du genre à se laisser démoraliser ou à s’avouer facilement vaincu.

« Sait-on ce qu’il advient de ceux qui ne sont pas exterminés ? interrogea d’une voix douce et musicale la frêle Damona.

─ Nous l’ignorons. Peut-être les réduisent-ils en esclavage, ou en font-ils des objets de torture.

─ Par tous les dieux, qui sont-ils donc ? tonna soudain Divona. Savons-nous au moins quelles sont leurs motivations ?

─ Cela aussi nous l’ignorons, avoua Apollon.

─ Bref, nous allons nous faire décimer en beauté sans savoir par qui ou quoi, quand et comment.

─ Quelqu’un pourrait le savoir.

─ Ne me dites pas qu’il va encore être question de… LUI.

─ Pas directement, Divona, répondit calmement Apollon. Je pensais à Cottos… et à sa recherche de la Perfection Absolue. »

Il vit les visages incrédules de ses pairs, puis un murmure d’effroi parcourut l’aréopage.

Personne ne souhaitait avoir affaire de près ou de loin à Cottos.

« Une perfection totalement pervertie, fit remarquer Teutatès.

─ Peut-on supposer que Cottos se soit allié avec cet ennemi ? interrogea Apollon.

─ C’est impossible ! protestèrent plusieurs voix.

─ Pourtant, depuis quelques temps, on dit qu’il a un assistant… ou un élève…

─ On m’a aussi rapporté cela, dit Teutatès. Cottos a toujours été un peu… particulier… Ses expériences, il a commencé par les faire sur lui et cela l’a rendu… disons, très différent de ce qu’il était… ou de ce qu’il aurait dû être…

─ Et fou, aussi, lança une voix.

─ Et fou, acquiesça Teutatès.

─ Et donc manipulable, ajouta Horus.

─ Il a toujours été loyal envers nous… » le défendit Erra.

Teutatès se leva soudain de son siège et fit un pas en direction d’Erra sans toutefois se montrer menaçant.

« Tant que nous lui fournissions de quoi assouvir ses penchants pour sa … recherche de la Perfection Absolue. Son royaume est un univers de ruines. De ce point de vue, il te surpasse de très loin, Erra. Il est possible que l'un de nos ennemis lui ait proposé de passer à l’étape supérieure, voire d’en sauter quelques-unes. S’il nous a trahis, il le paiera cher.

─ Ah, oui ? Si c’est le cas, alors il est trop tard, prévint Horus. Ne commettons pas l’erreur de sous-estimer Cottos. Il est plus puissant qu’il en a l’air. Nous l’avons toujours supposé sans en avoir la certitude.

─ S’il s’est allié à notre ennemi, alors nos chances de survie sont encore plus réduites, résuma Damona. Cependant…

─ Cottos passe son temps à torturer et à tuer tout ce qui lui tombe sous la main… la coupa Priape. Enfin, je devrais plutôt dire "torturer et tuer ce qui lui tombe sous toutes ses mains".

─ Cependant ? » releva Apollon à l’intention de Damona.

Chaque fois qu’il posait ses yeux sur elle, le cœur de son hôte battait plus vite. Pourtant, il ne la connaissait pas. Il ne l’avait même jamais rencontrée jusqu’à ce jour.

Le silence se fit de nouveau.

La jeune femme au regard d’un bleu presque transparent et à la fragile silhouette diaphane remercia Apollon d’un signe de tête.

Elle aussi éprouvait quelque chose à son égard.

Alixe le ressentait comme une force grandissante, mêlée d’une profonde tristesse.

Damona avait peur de ce qu’elle allait dire devant ses semblables.

Pourtant, lorsqu’elle s’exprima, sa voix était forte et juste.

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