Chapitre 28 / Chapitre 1 (Partie II)

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Carson était fasciné par l'étrange pouvoir d'Alixe. Il était fasciné par les volutes d’une beauté hypnotique qu'elle dégageait lorsqu'elle traversait la zone tampon.

Néanmoins, en tant que scientifique, il s’interrogeait à propos des conséquences, à plus ou moins longs termes, sur l’organisme d’Alixe.

Malgré son refus, il avait profité de sa perte de connaissance pour la scanner de la tête aux pieds.

Le pad était plus qu'un simple ordinateur portable. Il comportait de nombreuses applications.

Certaines étaient limitées au lieu dans lequel il se trouvait. Dans ce monde, par exemple, il n'avait pas accès à Internet qui n'existait pas encore chez le commun des mortels.

Il n'était pas assez doué pour pirater les satellites et s'en servir comme système de géolocalisation.

Par contre l’application appareil photo continuait à fonctionner, de même que celle équivalente à une IRM ou à une radiographie.

Ce qu'il avait découvert ne lui avait pas plu.

Le scan avait mis en évidence une masse noire dans la poitrine de la jeune femme. Non, pas une masse noire... Un voile épais qui semblait doué de vie... Une chape qui l'empêchait de voir les organes qui se trouvaient en dessous.

Cette chose sombre bougeait, bouillonnait, se contractait et se rétractait... Une anomalie qu'il ne parvenait pas à comprendre, et donc à expliquer...

Il en avait été abasourdi.

Cette chose avait-elle généré son pouvoir, ou était-ce son pouvoir qui avait généré cette chose ? Allait-elle envahir tout son organisme ? Le ferait-elle en fonction de l’utilisation de son pouvoir ? Allait-elle tuer Alixe ?

Il s'était attaché à elle, et c'était encore quelque chose qu'il avait du mal à comprendre. Il n'aurait jamais dû la rencontrer...

Combien de probabilités existait-il dans cette multitude d'univers pour qu'il rencontre une femme comme elle et en tombe amoureux ?

Cela ne lui était jamais arrivé... Pas vraiment.

L'autre Carson Beckett était tombé amoureux d'une scientifique hoffanne, Perla, en quelques jours. Un véritable amour simple et sincère qui n'avait pas eu le temps de s'épanouir. Il n'avait compris ses véritables sentiments pour elle qu'au moment de la perdre la perdre avait été impuissant contre cela. La seule chose qu’il avait pu faire avait été de rester auprès d'elle jusqu'à la fin. Il n'avait jamais reparlé de cet épisode de sa vie à quiconque. Le Carson Beckett originel était comme cela. Il taisait ses sentiments surtout lorsque des millions de vies étaient en jeu, surtout lorsqu’il en était en partie responsable...

Lui, le clone, il ne se souvenait pas du visage de cette jeune femme.

Son prénom, il l'avait lu dans un rapport lorsqu'il était rentré au SG-C après avoir été délivré, par Sheppard, celui de son monde, et son équipe, des geôles de Michael.

Il ne pourrait jamais oublier Michael, à moitié wraith, à moitié humain…

Il le haïssait tellement.

Pourtant, lorsqu’il l’avait eu devant lui, il avait été incapable de l’abattre et il l'avait laissé enlever Teyla. Mais au-delà de tout cela, le plus difficile à assumer avait été de découvrir qu'il n’était pas le véritable Carson Beckett, mais un clone, et que, de ce fait, il n’avait pas d’existence légale.

En même temps, il avait découvert qu’il ne pourrait pas survivre au-delà de quelques semaines sans les injections que lui faisait Michael depuis sa naissance. Il avait dû se mettre en état de stase, durant des semaines, pour que ses cellules cessent de se dégénérer.

C’était le docteur Jenifer Keller qui avait pris cette décision, la seule qui avait pu le sauver, en attendant de trouver un remède. Quelques mois plus tard, il avait été ramené à la vie ou plutôt réveillé.

Ensuite, il s’était passé des évènements dont il aurait préféré ne pas se souvenir comme l’injection de sérum anti wraith, son retour sur la Terre, et sa mise à l’écart du projet Icarus par Rush...

Il avait eu beau demander rendez-vous sur rendez-vous auprès du Général O'Neill, celui-ci s'arrangeait toujours pour remettre l'entrevue à plus tard. Le "plus tard" n'était jamais venu.

O'Neill avait-il peur de lui, de ce qu'il était ? Ses supérieurs lui avaient-ils donné des ordres qu'il n'avait pas eu les moyens de passer outre ?

Carson avait très vite compris qu'il n'irait pas sur la base Icare parce qu’il ne quitterait plus jamais la Terre.

Il n'était plus retourné au SG-C pendant plusieurs années.

Avec les références que lui avait fournies l'armée, il avait réussi à trouver un emploi de chercheur en épidémiologie. Mais l'aventure, la découverte de nouveaux mondes, de nouveaux peuples, de nouveaux virus... de gens à sauver... Tout cela lui manquait. Il avait parfois l'impression de dépérir.

Du SG-C, il n'avait gardé que de rares contacts : John Sheppard, Rodney McKay, Jenifer Keller, Radek Zelenka et Richard Woolsey. Avec le temps, eux aussi avaient pris leurs distances avec le SG-C. Le seul qui y travaillait encore était Evan Lorne. Le Lieutenant-colonel Evan Lorne, la dernière fois qu’il l’avait vu.

Lorsque Lorne parlait du SG-C, c'était pour dire combien les choses avaient changé, sans donner plus de détails, évoquer les missions qu'ils avaient vécues ensemble, les personnes qui s'y trouvaient encore, et celles qui en étaient parties, comme Hank Landry et sa fille, Carolyn.

Le général avait été remplacé par un vieux briscard taciturne qui entretenait des liens tendus avec O'Neill. Celui-ci était devenu encore plus taciturne que lui, et plus taciturne que lorsque ses supérieurs hiérarchiques de l'époque étaient venus le chercher quelques mois après la mort de son fils.

Il avait aussi revu Laura Cadman.

Elle avait été un temps le béguin de McKay avant qu'il rencontre Jennifer Keller. Leurs sentiments étaient partagés, mais ils avaient évolué lorsque Laura s'était littéralement retrouvée dans le corps et dans la tête de McKay. Leurs chemins s'étaient ensuite séparés.

Carson l’avait perdu de vue après avoir quitté le SG-C.

Trois ans plus tard, Lorne l'avait invitée à l'un des pic-niques qui les réunissaient, lui, Lorne, McKay, Keller et Sheppard. Ce jour-là, Woolsey n'avait pas pu, ou pas voulu, se joindre à eux.

Plus tard, le scientifique avait compris qu'il avait été le premier à déserter leurs rendez-vous...

Ce jour-là, il avait flirté avec Laura, et leur relation avait évolué.

Cela n'avait jamais été l'amour fou, mais ils s’appréciaient. Ils étaient ce qu'ils recherchaient l'un chez l'autre dans une relation sentimentale. Ils se voyaient à chaque fois qu'elle revenait d'Afghanistan, en permission.

Après une année de fréquentation, Carson avait comptabilisé deux mois de vie commune. Assez pour penser à quelque chose de plus sérieux entre eux.

Un jour, elle était revenue de mission bouleversée. Il avait cru qu'il s'était passé quelque chose, là-bas, qui l'avait traumatisée. Elle avait refusé d'en parler. Elle avait refusé toute forme de discussion. Elle lui avait juste dit qu'elle le quittait. Bêtement, il n’avait pas essayé de la retenir. Elle avait pris toutes ses affaires et il ne l'avait plus jamais revue. Pour la première fois, il avait ressenti la perte et le gâchis.

Qu'avait-il espéré ?

S'ils s'étaient fréquentés durant ces mois, c'était en mémoire de leur passé commun.

Le temps avait poursuivi sa route, et lui la sienne.

Ses rencontres avec les autres membres d'Atlantis étaient devenues de plus en plus rares.

Après Woolsey, ce fut au tour de Lorne de ne plus venir, puis de Mac Kay et Jennifer lorsque celle-ci tomba gravement malade. Lui-même, il n'était plus venu aux rendez-vous organisés par Sheppard. Il pensait que le SGC était loin, derrière lui, jusqu'à ce qu'il commence à faire ces rêves récurrents dans lesquels il visitait un endroit, une ville, située sur une planète où il n'était jamais allé.

Cette planète, il en connaissait le nom, sans trop savoir comment : Féloniacoupia. Dans un autre rêve, il flottait, seul, en combinaison spatiale, au beau milieu de l'espace... paniqué à l'idée qu'il ne survivrait pas longtemps sans air, et se demandant s'il ne devrait pas en finir tout de suite...

Étrangement, les étoiles, devant lui, disparaissaient les unes après les autres.

Le rêve s'arrêtait toujours là.

Cela ne justifiait pas qu'il reprenne contact avec le SG-C, ou avec Lorne. Pour cela, il lui avait fallu tomber sur un article médical concernant les traumatismes des soldats au retour de la guerre. Cet article était illustré de nombreuses photos. Il y avait reconnu celle de Laura.

Après sa démobilisation, avait-il appris en lisant l'article, elle avait trouvé un travail de garde forestier dans un parc naturel. Elle y avait vécu seule, volontairement, durant toute une année.

N'ayant plus de nouvelles d'elle, ainsi que d'un groupe de scientifiques venus étudier une prétendue activité ufologique dans la région, la police s'était rendue au camp de base.

Trois des scientifiques sur les onze avaient été retrouvés enterrés à proximité du camp.

Une rapide analyse des corps avait démontré qu'ils avaient été abattus avec une arme militaire.

Quatre autres corps avaient été retrouvés dans la forêt, massacrés à l'arme blanche par un professionnel.

Les autres scientifiques n'avaient pas été retrouvés... Jamais.

Néanmoins, les policiers avaient fini par découvrir le corps de Laura.

D'après la version officielle, retranscrite dans l’article, elle avait assassiné les scientifiques dans une sorte de délire traumatique, et après s'être rendu compte de son geste, elle avait mis fin à ses jours avec son arme de service.

Carson n'y avait pas cru un seul instant.

Ce n'était pas le genre de Laura.

Elle était solide, pleine de vie et d'esprit. À part le jour où elle l'avait quitté, il ne l'avait jamais vue pleurer. Jamais elle ne s'était montrée violente ou irréfléchie envers qui ou quoi que ce soit.

Il s'était senti obligé d'appeler Lorne.

Il n'avait pu lui laisser qu'un message sur sa messagerie. Une dizaine, en fait. Peut-être plus.

Lorne avait fini par lui répondre, deux mois plus tard.

Ils s'étaient revus et avaient longuement parlé de Laura.

Lorne lui avait expliqué qu'il n'y avait pas de doute possible. Elle avait bien tué les scientifiques. Elle l'avait écrit dans un carnet et avait laissé un message visuel sur son téléphone portable. Elle n'expliquait pas les raisons de son geste. Ses propos étaient incohérents, même ceux où elle affirmait qu'elle les avait tous assassinés.

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