Chapitre 30 / Chapitre 3

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Carson s'était demandé ce que ces cartes et ce journal pouvaient apporter à l'Ancien Dieu. Sa connaissance des Portes dépassait de très loin tout ce que les scientifiques terriens avaient pu en apprendre. Il subsistait, certes, de nombreuses zones d'ombre, des interrogations sans réponse, mais jamais il n'aurait imaginé qu'en plus de les conduire d'un lieu à un autre dans la galaxie, voire dans une autre galaxie, les portes pouvaient aussi les mener dans un autre univers.

Les galaxies comportant de nombreuses planètes habitées étaient assez rares... Et les mondes habités d'une autre galaxie pouvaient se révéler tellement différents de ce qu'ils connaissaient. C'était assez effrayant dans tous les sens du terme. Au moins, avec les univers parallèles, il y avait quelques chances de se retrouver en terrain connu.

Il avait interrogé Ba'al sur le sujet, mais celui-ci s'était contenté de hausser les épaules comme si sa question avait été absurde... ou comme si la réponse avait été évidente. Il y avait pas mal réfléchi ces derniers temps. Bien sûr, il existait une autre possibilité liée aux Portes, aux trous de ver, à la vitesse de la lumière qui pourraient permettre de remonter le temps. Si quelqu'un ou quelque chose remontait le temps suffisamment loin, une nouvelle ligne temporelle, différente de la première pourrait être créée. Serait-elle parallèle ou supplanterait-elle la première ? Cette théorie n'avait jamais été prouvée.

Un scientifique lantien, Janus, avait bien construit une machine à boucle temporelle, mais celle-ci ne remontait le temps que de quelques heures. Jack O'Neill et Teal'c étaient bien placés pour le savoir, mais à part eux, et un exoarchéologue, personne ne pouvait en avancer la preuve. Et pour cause, ils avaient été les seuls à se rendre compte qu'ils revivaient encore et encore la même journée.

Quelques années plus tôt, un journaliste nommé Phil Connors avait écrit un roman relatant sa soi-disant propre expérience de la boucle temporelle. Celui-ci s'était plutôt bien vendu. Les lecteurs en avaient surtout retenu les aspects romantiques et comiques, comme les spectateurs lorsqu'un film avait été adapté du roman. Mais ici encore, la remontée dans le temps n'était que de quelques heures.

Peut-être que les Portes, d'une manière ou d'une autre, permettaient d'aller plus loin encore... Sinon comment expliquer qu'Alixe se soit retrouvée dans son monde à lui, lorsqu'ils se sont rencontrés. Aujourd'hui, l'un et l'autre étaient dans un nouveau monde. Tout comme Ba'al.

En espérant que ce soit bien le Ba'al qu'ils connaissaient. Car, l'ancien dieu pouvait bien avoir son propre double dans chaque univers. Comme si un seul modèle ne suffisait pas. C'était aussi valable pour lui et Alixe.

McKay en avait eu la preuve lorsqu'il avait fait la rencontre avec son double, Rod. Il avait pu apprendre qu'il existait une Cité d'Atlantis de l'autre côté, un John Sheppard-je-sais-tout, une Teyla très mystérieuse, et un Ronon... Pareil au leur.

Cependant, l'ouverture d'un pont entre les deux mondes avait causé plus d'inconvénients que d'avantages à cause des particules exotiques, et avait failli provoquer l'effondrement de l'un des univers se trouvant à l'extrémité du pont.

En fait, empêcher la destruction de l'un des univers consistait à renvoyer le problème dans l'autre. Néanmoins, ils étaient parvenus à le régler, et Rod avait pu être renvoyé dans son monde. Du moins, tout le monde sur Atlantis l'avait espéré. Le projet de pont entre deux univers, lui, avait dû être abandonné.

À l'époque, Carson n'avait pu s'empêcher de se demander s'il existait un Michael dans le monde de Rod... S'il existait autant de Michael que d'univers parallèles... Et donc de répliques de lui-même, clonées comme lui...

Ces Michael avaient-ils développé de formidables désirs de vengeance envers les Wraiths comme envers les humains ?

Michael, son "créateur", était mort depuis quelques années, après avoir voulu s’en prendre une ultime fois à Teyla et à son fils, Torren.

Woolsey, Sheppard et les autres pensaient avoir mis à jour tous ses laboratoires… Mais il en restait un qui avait échappé à leurs recherches.

Ce rêve qu'il avait fait, à propos d'un laboratoire clandestin inconnu de Michael, l’avait profondément perturbé.

Michael avait-il implanté ce souvenir en lui comme un ultime héritage ? Si oui, qu'avait-il enraciné d'autre dans son esprit ?

Peut-être qu'inconsciemment, il savait déjà qu'il ne reviendrait pas sur la Terre. Peut-être étaient-ce la crainte des réponses à ces interrogations qui l'avait poussé à suivre Ba'al, plutôt que tenter de fuir et de rejoindre ses coéquipiers.

Ou la poigne solide et le pouvoir de persuasion du Goa'uld.

Il n’en avait parlé à personne, pas même à Lorne lors de leur départ pour l'expédition. Lorne était quelqu'un de bien. Carson ne voulait pas le mettre plus en difficulté qu’il ne le serait à son retour au SG-C.

Les nouveaux dirigeants du Projet Porte des étoiles n'étaient pas des tendres, et ils étaient suspicieux de nature. Avant de pouvoir partir, il avait dû subir une batterie de tests et de questions. Histoire de voir s'il n'avait rien qui sorte de l'ordinaire, hormis le fait d’être un clone, et surtout pas l'envie de leur jouer un tour dont ils auraient du mal à se remettre. Il n’avait jamais connu cela auparavant.

Carson s'était demandé quel genre de tour on leur avait joué dernièrement pour qu'ils réagissent ainsi... Quel genre d'emmerdes avaient-ils connus ?

Il était parvenu à les tromper sans le moindre regret sur ses motivations, mais il s’en était voulu de balader Lorne durant leurs trois premiers jours d’expédition.

Lassé de voir des malades à longueur de temps, ou parce qu’il avait compris que Carson ne risquait rien dans ce monde apparemment calme, le lieutenant avait fini par lui laisser les coudées totalement franches.

Carson en avait alors profité pour disparaître de son radar et partir en quête du laboratoire de Michael à travers la ville où ils s’étaient établis.

Cette cité avec ses maisons en colombages et ses rues étroites, souvent malodorantes, était aussi grande que Glasgow, et elles étaient exactement comme dans ses rêves.

Carson n’eut pas de difficulté à retrouver le quartier, puis la petite maison dans lequel devait se trouver le laboratoire de Michael. C'était une bâtisse qui ne payait pas de mine. Sauf qu'elle semblait à l'abandon, envahie par la végétation. Les carreaux des fenêtres avaient été occultés avec du goudron.

À l’intérieur, il dut utiliser sa lampe torche, dans un premier temps, puis les lampes à huile qui se trouvaient sur les tables parmi les bocaux vides et les éprouvettes.

Les lieux avaient été désertés depuis très longtemps. Ils n’avaient pas non plus été beaucoup utilisés. Tout semblait neuf sous l’épaisse couche de poussière.

Parmi les livres, essentiellement des traités d'alchimie et de cosmologie locaux, il y avait une trentaine de cartes, consciencieusement rangées, qui n'avaient rien de local. Toutes représentaient le même espace, mais avec d’infimes différences.

Michael y avait entouré ces différences au crayon rouge. Sur d’autres, il avait mis des croix, et tiré des traits.

Il découvrit aussi un épais carnet. Michael utilisait des carnets pour noter ses découvertes. Carson en avait parlé à Sheppard et au général O'Neill, il y avait quelques années, mais personne n'avait pu mettre la main dessus, et ce n’était pas faute de les avoir recherchés. Et voilà que, grâce à un rêve, il en découvrait un.

Cela ne pouvait pas être un hasard. Si Michael l'avait programmé pour que cela arrive, il l'avait peut-être fait pour que cela arrive à un moment précis de son existence...

Cette conviction, aussi personnelle qu'elle soit, lui donna la chair de poule.

Il avait ouvert le carnet avec une curiosité prudente et parfaitement naturelle.

La première phrase, tracée d’une écriture fine et élancée, au trait sûr ─ l’écriture de Michael pour autant qu’il s’en souvienne ─ lui sauta aux yeux. Il avait écrit : « Chaque effet possède une cause, et pour chaque cause, il y a un effet. À dix effets, dix causes possibles, et à cent causes, il y a cent effets possibles… ».

Les points de suspension laissaient supposer qu’on pouvait changer cent par mille, ou par n’importe quel autre chiffre, du genre inimaginable pour un esprit humain. Juste après, Michael avait ajouté : « Et si la multiplication des effets pour chaque cause était possible ? »

Carson avait immédiatement compris que Michael évoquait les univers parallèles. Il ignorait que celui-ci faisait des recherches sur la physique quantique.

Comme s’il n’avait pas assez du clonage et des virus pour s’occuper l’esprit pendant ses moments de solitude !

Ainsi, chaque effet causé donnait naissance à des univers différents, et ces mêmes effets devaient donner lieu à de nouvelles causes générant à leurs tours des effets et de nouveaux univers, et ainsi de suite. Un vrai bazar galactique.

Toutefois, Carson entrevoyait parfaitement ce que cela pouvait donner : dans un univers, un Sheppard toujours prêt à remettre ses ordres en cause dirigera la première équipe d’exploration d’Atlantis. Dans un deuxième univers, il dirigera toujours l’équipe d'exploration, mais il sera l'intellectuel du groupe. Enfin, dans un troisième univers, sur une Terre qui n’a pas encore officiellement découvert la Porte des étoiles, il sera un obscur flic relégué aux affaires de chiens écrasés et de meurtres inexplicables.

Théoriquement, le nombre d’univers à visiter était infini, surtout si, comme le prétendait Radek Zelenka, le passé n’était ni aussi fixe, ni aussi rigoureusement déterminé qu’on pouvait le supposer. Un postulat parfaitement aberrant pour toute personne ne prenant pas en compte l’existence possible d’univers parallèles.

Ce fut, du moins, ce qu’il en déduisit après lecture des premières pages du carnet de Michael.

Dans les pages suivantes qu’il parcourut rapidement, il était autant question de voyages dans le temps pour le modifier que de voyages entre les univers.

Sans trop savoir pourquoi, Carson avait le sentiment qu'associer le voyage dans le temps à celui qui permettait de passer entre les univers était une source d’erreurs. Cela se confirmait dans les calculs. Michael se dirigeait vers une solution, mais il butait toujours sur quelque chose avant d’y arriver. Peut-être en était-il très proche la solution.

Et les dimensions, dans tout cela... Qu'en était-il des dimensions ?

Michael avait-il abordé le sujet ?

Ils l'avaient fait au SG-C, et Michael avait eu l'occasion malencontreuse d'accéder à leurs données... Il y avait donc forcément pensé.

Carson allait devoir lire le carnet en entier pour le savoir, comme certaines parties étaient cryptées, il en aurait pour plusieurs semaines... plusieurs mois...

Il en avait eu des sueurs froides.

Ce journal ne devait pas tomber entre les mains d’un mégalomane rêvant de remonter le temps pour refondre l’univers selon ses désirs. Il devait le rapporter sur la Terre. Mais devait-il le remettre aux responsables du SG-C, à O'Neill ou à Rodney ? Ferait-il mieux de le jeter dans l’océan pour qu’il y disparaisse à jamais ? Comment ferait-il pour le ramener sur Terre ? Tout ce qui était rapporté d’une autre planète était soumis à de stricts examens et restait la propriété du SG-C, dans les locaux du SG-C. Ce n'était pas une clause nouvelle. Il en avait toujours été ainsi.

D'un autre côté, il ne pouvait le laisser dans ce laboratoire, à la merci du premier venu. Il devait y avoir une bonne raison s'il avait fait ces rêves.

Chaque chose en son temps.

Carson avait roulé ensemble toutes les cartes, et les avait enfilées dans un des nombreux tubes en bois qui se trouvaient sur une étagère. Il avait pris le carnet et l’avait caché sous son uniforme. Peut-être qu’il arriverait à le faire passer séparément des cartes. Les cartes, sans le carnet, ne devaient pas signifier grand-chose. Il devrait s'arranger pour que cela soit le cas si elles tombaient dans d'autres mains.

Si on lui posait la question de l'origine des cartes, il prétendrait qu'elles lui avaient été données par l'un de ses patients en guise de paiement de ses soins. Il inventerait un malade ou un blessé que les fouineurs du SGC ne seraient pas là de découvrir.

À la base, quelqu’un remarquerait peut-être qu'elles ne pouvaient pas être originaires de Féloniacoupia. Ce ne serait pas un mal. Les militaires et les chercheurs seraient alors tellement occupés par ces cartes que les premiers en oublieraient de le fouiller et les seconds feraient tout pour le mettre hors circuit afin qu'il ne s'attribue pas cette découverte... à leur place.

Il était sorti de la maison quelques minutes plus tard et avait rejoint une rue fréquentée de la petite ville.

Parmi les passants, personne ne sembla lui prêter attention. Il se fit même bousculer par une sorte d'ombre qui disparut au coin d'une rue boueuse sans prendre le temps de s’excuser.

Par réflexe, il vérifia qu'il avait toujours le livre sur lui, et ce fut le cas.

Si cet homme était un pickpocket, alors il n'était pas des plus doués.

Il s’était ensuite rendu au rendez-vous fixé par le lieutenant Lorne, pour le cas où ils seraient séparés, sur une petite place du centre-ville.

Il avait près de deux heures d’avance lorsqu’il était arrivé avec la tête de l’homme qui portait sur lui l’ultime secret de l’univers et craignait qu’on le lui vole.

Deux heures, c’était plus qu’assez pour se recomposer une attitude à peu près normale.

La place avait des allures de foire dominicale. Il y avait un marché aux légumes, une sorte de souk où l’on vendait divers objets parmi lesquels des bijoux, des parfums et encens, des poteries, de la verrerie, des jouets de toutes sortes, des vêtements pour hommes essentiellement, et plus en arrière, signe évident d'une société plutôt patriarcale, des vêtements pour les femmes.

Le négoce allait bon train. Clients et vendeurs marchandaient leurs prix avec âpreté.

Carson vit dans tout cela une civilisation orientale et moyenâgeuse, riche et évoluée, et techniquement avancée pour autant qu'il pût en juger en passant dans le stand agricole, puis dans celui de la construction de bâtiments.

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