Chapitre 33 / Chapitre 6
À la grande surprise de Carson, le faux dieu leur avait présenté les membres du trio : Susanoo, Omoïkané, Ame-No-Uzume.
De toute évidence, Ba’al et Susanoo s’aimaient autant que le feu et l’eau, et à la manière dont les deux autres resserraient les rangs derrière leur chef, ils détestaient tout autant l’ancien dieu syrien.
Mais Ba’al était un Grand Maître et entendait le faire savoir.
Du moins, c'était ce que supposait Carson à propos de son rang. Ce n’étaient pas ces trois-là qui toucheraient un poil de sa barbe.
Ensuite, les choses s’étaient précipitées.
Ba’al avait remporté l’enchère et les trois autres Goa’ulds n’avaient pas eu l’air d’apprécier. Le faux dieu avait payé rubis sur l’ongle.
Un jaffa avait apporté un coffre au marchand d’esclaves.
Carson, lui, avait craint un sale coup de la part de Ba’al : si le coffre ne contenait pas la somme qu’il devait, il y avait de fortes chances qu’il explose.
Fort heureusement pour eux, le coffre ne contenait rien d'autre que des pièces que le maquignon avait entrepris de compter. Et au bout du compte, il avait semblé tout à fait satisfait.
Il y avait alors eu un hurlement à glacer le sang. Le genre que l’on entend lorsqu’une femme découvre un zombie au beau milieu de son salon ou un dinosaure au bord de sa piscine.
Un type plus grand et plus baraqué que Teal’c ou Ronon se fendait un chemin au travers de la foule à coups de masse.
Sur son passage, c’était la panique, mais dans un environnement plus large. Personne ne comprenait encore ce qui se passait.
L’homme avait une étoile d'argent incrustée sur son front. Il fixait Ba'al d’un air mauvais. C’était après lui qu’il en avait. Il chargeait vers lui comme un rhinocéros fou. Il sauta sur l’estrade avec souplesse. Son regard était celui d’un illuminé.
L’étoile…
Il devait s’agir de l’un des gardes rapprochés de Susanoo. Celui-ci était visiblement mauvais perdant.
Carson s'était senti brutalement poussé en arrière et était tombé à la renverse, protégé par son sac à dos.
Il y eut alors un claquement dans l’air.
Le rhinocéros s’arrêta net.
Une balle l’avait cueilli juste sous son étoile. Il s'écroula sur les planches de l'estrade dans un bruit lourd.
Plus personne n'osa bouger ou parler durant quelques secondes.
Soudain, une flèche de lumière partit de la foule en direction des hauteurs.
Un tir de lance-serpent.
Il y eut d’autres claquements, secs… Des coups de feu.
Ce fut comme un signal.
La foule paniqua définitivement. Tout ne fut plus que cris, peur, panique et douleur. Chacun commença à courir pour sauver sa peau.
Carson se releva tant bien que mal. Il vit Ame-No-Uzume à quelques mètres de lui. Son joli visage de lutin asiatique affichait une expression étonnée. Sous ses mains pressées contre son estomac une fleur rouge s’épanouissait dans un mouvement accéléré.
La jeune femme tomba sur le sol, légère comme une plume.
Les balles continuaient à pleuvoir autour d’eux.
Carson était persuadé que c'était l'équipe de Lorne qui leur tirait dessus. Bizarrement, cela ne le réjouissait pas tant que cela.
Il avait senti quelqu’un le saisir par son sac à dos et le pousser de force.
Ba’al !
Cette fois, c’était la fin. Le Goa’uld n’hésiterait pas à se servir de lui comme bouclier.
Ce qu'à sa grande surprise, il ne fit pas. Au contraire. Il le poussa hors de l’estrade.
Carson tomba quasiment dans les bras d’un jaffas qui l'obligea à se baisser et à la suivre en courant, hors du champ de tirs. Un autre jaffa les protégeait en tirant vers les hauteurs avec sa lance-serpent.
Carson chercha Ba'al du regard, et vit que celui-ci n’avait visiblement pas de temps à perdre.
Susanoo venait de l'attaquer, mais il n'avait pas pris le temps d'évaluer les capacités de son adversaire.
Ba'al avait une excellente pratique des arts martiaux. En quelques secondes, il n’avait eu aucun mal à désarmer son agresseur, et avait utilisé sa propre épée pour le décapiter.
Le dernier des trois Goa’ulds, Omoïkané, n'avait pas demandé son reste.
Ba’al les avait ensuite rejoints…
Toute cette aventure lui paraissait si lointaine aujourd'hui. Il s'était passé tellement de choses, et de temps.
Il était là, maintenant au milieu de ce désert d'une Terre parallèle, à tenter de sortir un ancien dieu de sa cage.
Son émetteur crachota :
« Carson. J’y suis presque. Encore un saut, et je serai à l’intérieur. »
Il ajusta son oreillette.
La communication n’était pas bonne. Il y avait beaucoup d’interférences.
« Comment vous sentez-vous ?
─ Bien, pour l'instant. »
Cela avait l'air d'être vrai.
« Dix minutes de repos. D’accord ?
─ D'accord, doc. ».
Il était convenu qu’elle attendrait une dizaine de minutes avant de replonger dans les limbes.
Elle lui avait fait expérimenter son pouvoir. En se téléportant, elle devenait aussi invisible qu'un courant d'air.
Il en avait déduit qu'elle changeait probablement de dimension, à sa manière.
Il n'était pas Rodney MacKay pour le confirmer. Cela ressemblait néanmoins à ce que Jackson, Carter et O'Neill avaient écrit dans leurs rapports après leurs différentes expériences dimensionnelles.
Lorsqu'il avait "plongé" avec elle, pour aller à Glasgow, il avait vu ce qu'elle voyait : l'environnement tel qu'il était, ou presque. Tout était plongé dans un épais brouillard. Une sorte brouillard épais comme de la gelée qui vous collait au corps, vous empêchant d'avancer aisément.
Parfois, il était devenu si épais qu'il avait eu l'impression de se faire engluer. Carson avait détesté cette impression d'être comme pris au piège.
Dans cette dimension, Alixe semblait se sentir à l'aise. Elle pouvait passer au travers de n'importe quel obstacle. Certes, cela lui demandait beaucoup d'énergie et de concentration. Il lui fallait aussi de l'endurance.
Pour le dernier saut, elle ne savait ni où elle allait se retrouver, ni combien de temps elle allait y rester...
Ils ignoraient comment était l'intérieur de ces hangars, et où se trouvait le prisonnier.
Sur sa Terre, lorsqu'il travaillait dans la zone 51, il n'avait jamais eu accès à cette partie de la base. Son travail consistait à s'occuper des membres du personnel. Il n'avait jamais entendu dire qu'il y avait des extraterrestres dans cette zone. Il s'agissait juste de rumeurs.
Il y avait bien ces types en blouse blanche qui sortaient rarement de leur sous-sol. Il en avait vu un une fois qui avait fait une sérieuse crise d'urticaire. Ce type portait des vêtements totalement démodés : pantalon à rayures jersey, chemise blanche avec son col large et une cravate d'un goût extrêmement douteux encore plus large.
Le type lui-même lui avait paru inquiétant. Il ne s'était pas rasé depuis plusieurs jours, arborait une longue crinière grise qui n'avait pas vu un vrai coiffeur depuis quarante ans, au moins. Vu l'odeur qu'il dégageait, Carson avait supposé que le type n'était pas sorti de son laboratoire depuis le début des années soixante-dix.
Il avait supposé juste.
Avant de faire ce saut en aveugle, à l'intérieur du bâtiment, Alixe devait impérativement reprendre des forces.
Si elle parvenait à le faire sortir de cette prison, Ba'al lui devrait une fière chandelle.
Carson ne comprenait pas pourquoi elle tenait tant à le sortir de là.
Plus que lui en tous les cas.
Il songea que le Goa'uld aurait pu se débarrasser de lui après lui avoir pris le carnet et les cartes, mais il n'en avait rien fait.
Savait-il qu'il possédait le gène des Anciens ? Avait-il pensé qu'il pouvait lui être utile comme potentielle monnaie d'échange ?
En tous les cas, il avait jugé bon de lui mettre un fil à la patte, tout comme à Alixe.
Ils portaient tous les deux une puce, un genre de balise GPS qu'ils ne pouvaient enlever sans une opération sérieuse.
Ba'al était coutumier du fait. Ses clones en avaient tous eu un. Cela leur avait été fatal... Il les avait retrouvés grâce à cela et les avait éliminés.
Carson espérait que ce ne serait pas le cas pour eux.
Carson s'installa plus confortablement. Inutile de faire le gué. Les kinos le faisaient à sa place. Il y en avait quatre. Les mêmes que celles du Destiné très certainement. Quatre petites caméras sphériques, gris foncé, qui lévitaient dans l'air et qui étaient capables de filmer ce qu’elles voyaient durant plusieurs heures.
Il les avait trouvées dans une des caisses de l'entrepôt.
Deux d’entre elles se trouvaient non loin de lui et surveillaient le camp, les deux autres se déplaçaient au-dessus d'Alixe sans moyen de propulsion apparent, et fonctionnaient comme des sondes ultra-perfectionnées.
Elles étaient capables de visualiser, entendre, sentir, toucher et même goûter leur environnement. Le moindre souffle d’air était analysé par leurs capteurs. Toutes les données qu’elles analysaient étaient transmises sur son Pad qu’il avait sous les yeux, et qui, pour l’heure, lui transmettait deux images.
L’un des kinos ne lâchait pas Alixe d’une semelle, l’autre vadrouillait à l’avant discrètement.
Toutefois, Carson avait beau se dire que ces deux engins relevaient de l'ultra-perfection, et verraient probablement avant lui la moindre chose anormale, il ne pouvait entièrement se reposer sur eux. Il préférait s’en remettre à son instinct et à son propre regard. L'humain ne pouvait pas remplacer la machine, quoi que l'on en dise.
Il regarda sa montre. Encore cinq bonnes minutes de repos avant de se remettre en route.
Carson songea au journal de Michael. Il n’avait pas pris le temps de tout feuilleter, mais il avait vite remarqué que Michael avait codé ses notes sur certaines pages.
Le Terrien avait espéré que l'ancien dieu ferait appel à lui, et qu'à cette occasion, il pourrait glaner quelques informations, mais Ba’al n’avait pas eu besoin d'aide pour comprendre les écrits de Michael.
Il y avait de fortes chances que des mégalos dans leur genre se comprennent plutôt bien.
Cela dit, il avait révisé son jugement sur Ba'al lorsqu'il avait compris que celui-ci maîtrisait le voyage inter-dimensionnel et pouvait très bien se passer du journal de Michael. Sans compter que depuis quelque temps, son comportement l’avait laissé plus d’une fois perplexe.
Carson supposait que Michael utilisait plusieurs types de codes. L'ancien dieu avait sûrement décrypté la plupart d'entre eux.
Tous peut-être.
Sauf un sans doute.
Il pensait assurément que c'était lui, le clone, qui détenait la clé de ce code.
Toutefois, pourquoi le penserait-il ? s’était demandé Carson. Quel intérêt avait le carnet aujourd'hui ?
La majorité des secrets qu'il contenait n'en étaient pas pour l'ancien dieu phénicien.
Il restait que celui-ci ne tenait pas à ce que d'autres que lui les connaissent.

Annotations