Chapitre 36 / Chapitre 9

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« Il me faudrait de l’aide… Votre Prima pourrait…

─ Il va… falloir… vous débrouiller… sans lui.

─ Ah… un lo’taur ou une lot’auria ?

─ Non…

─ Alixe ?

Carson ne sut si c’était la douleur ou l’évocation de la jeune femme qui le fit grimacer.

Il valait mieux ne pas insister…

Le Terrien décida de s’intéresser à la lance. Peut-être que cela lui donnerait l’idée d’une autre approche.

L’arme était assez fine et mesurait environ deux mètres de longueur. La hampe était faite d’un alliage argenté, cependant, il ne pouvait en définir la nature exacte.

Carson remarqua les différents motifs, et certains d’entre eux semblaient pouvoir bouger, s’enfoncer ou coulisser. Il songea à un mécanisme interne. Pouvait-elle se replier sur elle-même ?

De toute évidence, ce n’était pas une lance d’apparat. En enfoncer la pointe dans un corps demandait une force certaine. Si la pointe possédait un système de barbelures, cela nécessitait encore plus de force ou de rage.

La retirer risquait de provoquer plus de dégâts internes. Si mécanisme de ce type il y avait, alors il devait y avoir un moyen de le rendre moins offensif, à défaut de le rendre totalement inoffensif. Plus qu’une arme de mort, cette lance était un objet de souffrance. Carson se demanda ce qui se passerait s’il appuyait sur l’un des motifs rétractables.

Il posa la main sur la hampe.

Le Goa'uld eut un spasme de douleur qui lui fit serrer les poings.

« Ne cherchez pas… à la retirer… de cette façon… C’est une lance Soaka'rel… Si vous appuyez sur quoi… que… ce soit ou… si vous… essayez… de la retirer par… où elle est entrée, elle… elle me fera plus… de… mal… qu’en entrant. Il faut… qu’elle ressorte… par-devant…

─ Vous plaisantez ! Cela vous tuera…

─ Priez votre Dieu… pour que ce ne soit… pas… pas le cas… »

Il devait y avoir une autre solution. Peut-être qu’en l'opérant… et en découpant chaque partie de la lance… Sauf qu’il était seul et, même s’il volait s’y risquer, il n’avait rien pour opérer le blessé… Il doutait surtout d’en avoir les capacités. De plus, ne connaissant pas l’alliage dans lequel l’arme était composée, cela pouvait prendre du temps, voire être impossible.

« Elles vous font toujours des cadeaux de ce genre vos… belles amies ? »

L’ancien dieu ne répondit pas.

« Et ces cicatrices… Elles ne sont pas récentes. C’est aussi un souvenir de l’une d’entre elles ? Qu’est-ce qui vous est arrivé ? D’après ce que je crois savoir, les Goa’ulds ont un pouvoir de guérison, et les moyens technologiques d’effacer… les cicatrices. Pourquoi n’ont-elles pas disparu ?

Le médecin le vit fermer les yeux, exaspéré.

─ Cessez de… poser des questions et agi… »

Il toussa et cracha le sang qui lui obstruait la gorge.

Il souffrait, c'était évident et il faisait tout pour ne pas le montrer. Avait-il déjà autant souffert ?

En tant que Terrien, ennemi des Goa’ulds, il aurait dû en être satisfait, heureux de son état actuel.

Ce n’était pas le cas.

Carson avait beau se montrer railleur, il ne pouvait faire abstraction des cicatrices qui parcouraient le torse du blessé… Il savait depuis longtemps que les faux dieux n’étaient ni invincibles, ni immortels. Ba’al, pas plus que les autres. En tant qu’Être Humain, pas seulement en tant que médecin, il n’avait pas l'habitude de regarder souffrir une créature, même s'il s'agissait d’un extraterrestre malfaisant.

Il se souvint soudain que, dans certaines civilisations terrestres, à l’arrière des pointes de lances, il pouvait y avoir des crochets fins comme des hameçons. Il avait inconsciemment noté ce détail sans y prêter attention lors de ses lectures passées et, à cet instant, ce savoir enfoui lui apparaissait de façon lumineuse dans son esprit.

Les lances des Indiennes étaient chapeautées par une sorte de croissant de lune. Peut-être était-ce une manière de cacher la véritable nature de l’arme. On ne peut pas combattre à arme égale contre ce que l’on ne connaît pas.

Malheureusement, Ba’al devait avoir raison. Après tout, il était le mieux placé pour savoir ce qu’il en était. Il ne devait y avoir qu’une seule manière de sortir la lance.

« Il me faut ma trousse de secours… Dans mon sac à dos… Celui que vous avez gardé.

─ Dans mes autres quartiers… Évitez… de vous faire remarquer… Mes hommes… pourraient se poser… des questions… Votre amie… aussi. »

Ses autres quartiers étaient effectivement à côté de ceux d’Alixe.

Carson était dans son élément. Il avait cru son esprit d’analyse endormi, anesthésié par ces semaines d’emprisonnement et d’ennui. Il se remettait à fonctionner avec une lucidité extrêmement aiguë qui outrepassait le domaine médical.

« Je ne peux pas vous laisser seul. C’est pour cela que j’avais besoin de…

─ Allez-y… le coupa Ba’al. Ne… perdez pas votre temps… Je ne compte pas mourir… Pas… tout… de suite… »

Il n’en semblait pourtant pas loin pour autant que Carson put en juger. Néanmoins, il le trouvait aussi étonnamment lucide, et plutôt résistant.

Il ne comprenait pas pourquoi l’ancien seigneur goa’uld ne voulait pas alerter ses généraux les plus proches, son Prima et ses lieutenants, ou son lo’taur et, avec eux, tous les jaffas. À moins que Ba’al ne craigne que la rumeur de ce qui n’était encore qu’une tentative d’assassinat, pas encore un meurtre, se propage dans le ha’tak, et au-delà. Une nouvelle comme celle-ci était capable de traverser l’univers plus vite que la lumière.

Peut-être craignait-il qu’il y ait, parmi ses hommes, et cela, malgré la fidélité qu’ils semblaient lui démontrer, quelques traîtres et espions. Les premiers pourraient être tentés de finir le travail de la meurtrière, les seconds l’informer, elle ou d’autres Goa’ulds, que l’ancien dieu phénicien était toujours en vie. Le coup de la résurrection, cela avait marché une fois. Sûrement pas deux.

Carson n’avait aucun talent de stratège sauf lorsqu’il était question de survie, et curieusement, surtout lorsqu’il ne s’agissait pas de sa propre survie.

Il abandonna le blessé, traversa de nouveau la pièce encombrée. Après avoir rapidement vérifié que personne ne rôdait dans les coursives, il fila dans ses quartiers. Il réunit à la hâte tout ce qu’il put trouver pour soigner un blessé de guerre et fourra le tout dans un sac.

Il avait un second sac qu’il tenait toujours prêt en cas de nécessité, du genre attaque du vaisseau par un ennemi quel qu’il soit. Dans le cas présent, il y avait une possibilité non négligeable pour que celle qui avait agressé Ba’al revienne avec sa propre flotte pour détruire son vaisseau, histoire de terminer le travail. Elle pouvait aussi bien prévenir un autre Goa’uld que la voie était libre soit pour une invasion, soit pour une extermination de ses habitants. Le vaisseau d’un ancien seigneur goa’uld devait être une bonne prise de guerre. Les Goa’ulds auraient fait de puissants ennemis de la Terre s’ils avaient trouvé le moyen de s’allier et de retourner la totalité de leurs forces vers elle plutôt que d’en utiliser une grande partie les uns contre les autres.

Équipé de ses deux sacs, il fila dans les quartiers de travail de Ba’al. Il n’eut aucun mal à retrouver son sac à dos. Les couvertures de survie, le gel hydroalcoolique, les seringues de morphine et quelques autres médicaments se trouvaient toujours dedans, mais les barres d’énergies avaient disparu, les briquets et les piles aussi. Pas le temps de continuer à faire l’inventaire, encore moins de chercher où pouvait être passé ce qui manquait.

Il retourna dans les appartements de l’ancien dieu en prenant les mêmes précautions que lorsqu’il les avait quittés. Par chance, il ne croisa personne.

Son aller-retour ne lui avait pas pris plus de cinq minutes. Il se prit à espérer sans la moindre arrière-pensée que son patient ait survécu à son absence.

Lorsqu’il le rejoignit dans la chambre, Ba’al ne bougeait plus. Son visage était cireux. C’était à peine s’il respirait, mais comme s’il avait senti sa présence, il revint à la vie.

Il ouvrit les yeux.

« Vous en avez mis… du temps…

─ En général, vous n’êtes pas si pressé de me voir soigner les blessés… »

Il faisait allusion au jour où il avait voulu soigner ceux de l’explosion du tripot. Il le regretta illico. Il en voulait toujours à Ba’al évidemment. Il savait aussi qu’il avait eu raison et qu’il se serait mis en danger inutilement. Jusqu’ici, il avait essayé de ne pas trop y penser. Bien sûr, ne pas penser à une chose, revenait à y penser plus, à coup sûr.

« Vous m’en voulez… toujours… pour le receleur ? »

Comme si Ba’al avait lu dans ses pensées...

─ Pas autant que je le souhaiterais. »

Carson l’avait inconsciemment admis depuis longtemps, mais le dire tout haut lui procura une sorte de soulagement auquel il ne s’attendait pas.

Il se déplaça sur le côté et déplia l’une des couvertures de survie pour en couvrir le blessé.

Il avait besoin d’un appui. Il n’avait pas la force d’un Goa'uld, ni leur absence d’état d’âme. Il n’aimait pas ce qu'il allait devoir faire, néanmoins, c’était un mal nécessaire.

Personne ne peut choisir son destin, disait souvent Alixe. Personne ne peut y échapper…

« Je peux vous faire une piqûre pour vous anesthésier... ou pour vous soulager.

─ Non.

─ D’accord. »

Pas la peine de lui demander deux fois pour confirmation.

Carson défit l’une des épaisses lanières en cuir de son sac à dos et la tendit à Ba’al.

« Vous devriez mettre cette lanière dans votre bouche et serrer les dents si vous ne voulez pas que tous les habitants du vaisseau vous entendent crier. »

L’Ancien dieu n’en fit rien.

Carson prit la hampe avec ses deux mains, prenant soin de la bouger le moins possible.

Il devait détourner l’attention de Ba’al un court moment…

L’énerver un peu, par exemple ?

« Et dire que je fais cela pour un planéticide

─ Je vous... l’ai dit...

─ Ne gaspillez pas votre salive, le prévint Caron. Disons que nous n’avons pas le même sens moral.

─ Avouez… que ce serait difficile… de détruire… des planètes… de piller des mondes… ou de faire sauter… des entrepôts… avec… votre sens moral.

─ Je savais qu’entre eux les Grands Maîtres ne s’aimaient pas beaucoup, mais vous, en plus, ils vous détestent vraiment au point d’essayer de vous assassiner ?

Joignant le geste à la parole, il poussa la hampe de toutes ses forces.

Il fallait qu’il dévie sa trajectoire de la colonne vertébrale… Pour le poumon droit, cela allait être difficile.

Le faux dieu résista autant qu’il le put contre la poussée brutale et étouffa un cri de douleur, la lanière qu’il avait finalement acceptée entre ses dents.

Il y eut un bruit de déchirement que Carson détesta.

Ba’al hoqueta, toussa, cracha du sang qui se mêla à celui qui commençait à couler sur sa poitrine ouverte et se répandait en flots sur les draps du lit et sur la couverture qui le protégeait.

La pointe de la lance était ressortie.

D’un simple coup d’œil, Carson vit que ce n’était pas une simple pointe. Elle possédait quatre lames affûtées. Une pointe en feuille de saule. Et au-dessus, des hameçons à quatre branches avaient arraché des morceaux d’organe, de chair et de peau. C’était une arme faite pour tuer, immanquablement, mais pas sans avoir fait souffrir avant.

Carson s’agenouilla précipitamment auprès du blessé pour finir de sortir la hampe de son corps et arrêter l’hémorragie, mais Ba’al fut plus rapide que lui.

Utilisant ses dernières forces, le Goa’uld tira l’arme vers l’avant et la sortit entièrement de son corps, poisseuse.

Il la laissa tomber sur le sol, rouge du sang de l’hôte et probablement du symbiote qui était en lui. Il avait dépassé le stade de la douleur.

Carson le força à s’adosser contre le pied du lit, et comprima les blessures d’entrée et de sortie avec les pansements antihémorragiques qu’il avait retrouvés dans son sac à dos. Il s’aida de son genou et de l’une de ses mains, tandis que de l’autre, il fouillait dans ses sacs pour y retirer ce dont il avait besoin.

Il parvint à trouver de nouvelles compresses, et des bandages. Il devait parer au plus pressé. Son patient avait certainement une hémorragie interne. L’un des poumons était touché.

L’ancien dieu avait perdu beaucoup de sang, et trop vite.

Un corps humain en contenait entre cinq et six litres. En ce sens, les hôtes des Goa’ulds n’étaient pas différents des êtres humains.

Il maintint la pression durant deux minutes, avant de la relâcher, puis recommençait.

Ba’al restait conscient. Il s’accrochait à la vie.

Carson l’y encourageait.

Cela serait-il suffisant ? Un Goa'uld pouvait-il survivre à cela.

L’ancien dieu respirait de plus en plus mal. Il devait lutter pour rester conscient.

Carson avait besoin d’autres serviettes que celles qu’il avait prises avec son nécessaire de secours.

Dans ses appartements, comme dans ceux d’Alixe, il y avait un réduit qui servait de salle de bain. Il devait donc y en avoir un ici. Il n’eut pas mal à le trouver. Une porte jouxtait la chambre.

Il se leva sans un mot pour son patient et s’y rendit.

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