Chapitre 41 / Chapitre 14
Lorsqu’il avait sorti Ba’al du sarcophage, celui-ci était loin d’être guéri. Ses jours n’étaient plus en danger mais il était resté inconscient durant plusieurs heures. Ce qui était en lui, goa'uld ou non, travaillait à le guérir.
Carson avait veillé son patient jusqu’au matin, lorsqu’il avait enfin repris connaissance.
Dans la journée qui avait suivi, le Terrien avait dû donner le change à son amie, et faire comme s’il avait passé une nuit normale. Il avait prétexté avoir du travail, sans lui donner trop de détail, et devoir passer moins de temps avec elle que d’habitude. Beaucoup moins de temps, en fait.
De son côté, le faux dieu avait donné des ordres à son Prima et à son lo'taur, et parmi ceux-ci, celui de n’être dérangé sous aucun prétexte.
De temps à autre, Carson filait en douce chez lui pour vérifier son état de santé de Ba’al et changer ses bandages.
L’ancien dieu était encore mal en point, et les cicatrices, récentes comme anciennes, étaient toujours présentes. C’était comme si son corps avait lutté contre le pouvoir du sarcophage.
Carson ne comprenait pas. Tous les Goa’ulds se servaient des sarcophages. C’était ce qui expliquait leur longévité, et bien d’autres choses les concernant…
En fin de journée, il avait dîné avec Alixe.
Elle l’avait trouvé préoccupé, évidemment.
Il l’avait gentiment expliqué qu’il avait un problème personnel ç gérer. Seul. C’était très maladroit de sa part, mais il n’était pas vraiment fait pour le mensonge.
Elle avait dû être vexée. Toutefois, elle n’en avait rien dit, ni montré.
Il lui en sut gré et se promit de tout lui expliquer plus tard. Il n’aurait vraiment pas demandé mieux que de pouvoir les partager, mais cela ne le concernait pas seulement.
Ils avaient pris leur repas en silence, chacun plongé dans des réflexions personnelles. Ils ne discutèrent même pas du fait que le ha’tak s’était remis en route pour une destination inconnue, et avait franchi deux super Portes, tout en passant en hyperespace pour aller de l’une à l’autre, soumettant à rude épreuve les moteurs subluminiques.
Le scientifique avait entendu dire que ces derniers n’étaient pas au mieux de leur forme, et côté énergie, la situation n’était pas meilleure. Le ha'tak subissait un grand nombre d’avaries, ces derniers temps. Elles étaient réparées, mais toujours de façon temporaire. Carson ignorait où ils se trouvaient exactement dans la galaxie. C’était sûrement plus loin que lui-même n’était jamais allé.
Il se préparait à une seconde nuit de veille lorsqu’il trouva Ba’al installé à son bureau. Le son du violoncelle d’Alixe pénétrait insidieusement les parois du vaisseau et agaçait visiblement le Goa’uld.
Carson l’avait raccompagné dans ses quartiers privés.
Ils avaient entièrement été remis en ordre. Il ne restait aucune trace de l'agression de la veille.
Carson le félicita pour son sens de l’ordre, et eut droit en retour à un regard noir.
Au moins, l'ancien dieu semblait aller mieux.
Ba’al s’était installé sur son lit et s'était préparé à recevoir ses soins aussi docilement que les deux fois précédentes, dans la journée. Il était un patient plus facile que le médecin ne l'avait supposé. Il portait des bandages qui lui comprimaient la poitrine, et devaient parfois tirer sur ses points de suture que Carson avait dus lui faire après sa sortie du sarcophage.
D’autres plaies aux mains ne lui facilitaient certainement pas la vie pour écrire ou tourner les pages de ses livres. Il s'était entaillé des doigts en retirant l'arme d’hast de sa poitrine. Il souffrait encore atrocement de ses blessures, sans parler de son amour-propre. Néanmoins, pas une seule fois il ne l'avait entendu se plaindre.
Cependant, lorsqu’il s’agissait de musique, la souffrance était toute autre...
Carson essaya de détourner ses pensées tout en lui ôtant ses pansements...
« Je ne comprends pas, le sarcophage aurait dû vous guérir. »
Il savait très bien que non. Il aurait fallu beaucoup plus de temps.
Le Goa’uld ne répondit rien.
Carson tenta un autre sujet.
« Parlez-moi d’Anat... Pourquoi vous en veut-elle au point de vouloir vous tuer ? Quel Grand Maître sert-elle ?
─ Anat ne sert aucun Grand Maître... à part moi... lorsque j'en étais un...
─ Je vois.
─ Le croyez-vous vraiment ?
─ Je ne suis pas stupide, fit doucement Carson. De toute évidence, elle ne vous apporte rien. En prime, elle vous a trahi. Soit pour se libérer de vo…
─ Je n’ai jamais empêché l’un des miens de partir… et de créer son propre empire, le coupa l’ancien dieu.
─ … soit pour servir un autre maître. Reste à savoir lequel », acheva Carson
Il décollait une dernière épaisseur de bandage.
Les muscles du faux dieu se contractèrent. La plaie était encore à vif, douloureuse, mais saine. À l’intérieur de son corps, la régénération, bien avancée par le séjour dans le sarcophage, suivait son cours, lentement, mais naturellement. À l’extérieur, l’évolution était beaucoup moins visible.
Carson continuait à s’interroger et à trouver cela inquiétant.
Ba’al desserra les dents.
« J’aimerais surtout connaître ses motivations à servir un autre Goa’uld... Parce qu’en ce moment, il semble que personne n’ait d’intérêt à vouloir régner sur quoi que ce soit.
─ Par contre, il y a un intérêt certain à votre mort. Depuis ce sommet goa’uld, j’ai l’impression que vos semblables vous apprécient encore moins qu’avant. La preuve : vous vous faites empaler par l’une de vos… belles amies…
─ Elle a d’abord essayé de me trancher la tête, le coupa-t-il. Avec une hache qu’elle avait dissimulée, pendant que nous... »
Il hésita.
« ─ Pendant que vous faisiez l’amour ? »
Carson prit un certain plaisir à appeler un chat, un chat. Autant que de voir l’ancien dieu admettre qu’il avait des besoins naturels à assouvir. Besoins qui lui avaient fait baisser sa garde.
Ba’al acquiesça.
« Bref... Ce n’était pas mon corps qu'elle voulait empaler au bout de sa lance, mais ma tête.
─ De plus en plus charmante. Mais… quand je l’ai croisée… J’ai remarqué qu’en dehors de ses voiles… Elle ne portait rien d’autre. »
Ba’al eut un rire sarcastique.
« Vous l’avez vue de face ?
─ Ça, pour l’avoir vue de face…
─ Sa hache était dissimulée dans son dos.
─ Une femme qui a de la ressource, admit Carson. En même temps, je remarque que les Goa’ulds ont une vie sexuelle. Vous l'aimez... Je veux dire... Vous l'aimiez ?
En guise de réponse, alors que Carson venait de nouer ses bandages, Ba’al lui demanda soudainement de l’aider à s’habiller. Il avait ressenti le besoin urgent de sortir de ses quartiers.
Carson avait objecté. Tout Goa’uld qu’il était, il était beaucoup trop faible pour sortir.
Ba’al l’arrêta net en lui pointant un doigt sous le nez et en lui demandant le silence.
Ce geste avec une main bandée aurait pu paraître ridicule, mais l’autorité naturelle du faux dieu n’était pas à remettre en cause. Surtout lorsqu’il était accompagné.
« Il y a assez de cordes sur cet instrument pour vous pendre tous les deux, alors je vous conseille de ne plus poser de questions dont les réponses ne vous concernent pas, et je vous conseille de ne pas me suivre.
─ Rassurez-vous, je ne bougerai pas. Même si vous devez vous traîner sur le sol pour revenir jusqu’ici, où que vous soyez allé. Mais je vous rappelle que vous m’avez fait une promesse.
─ Je m’en souviens, grommela-t-il. Et je commence à le regretter. »
Au moment de sortir dans le couloir, il se retourna en direction de Carson :
« Une dernière chose : ne commettez pas l'erreur de prêter à un Goa’uld les mêmes sentiments qu'à un Humain. Des humains, nous ne possédons que l'apparence », le prévint-il sur un ton dans lequel Carson crut percevoir autant d’amertume que de colère. »
Il était sorti sans lui laisser le temps de répondre.
Carson savait très bien qu’il allait se rendre dans les quartiers d’Alixe. Il savait aussi pourquoi.
Il le suivit à distance. Il se fichait bien d’être pris en flagrant-délit de mensonge. Il ne voulait que Ba’al s’en prenne trop violemment à Alixe. Pas plus qu’il ne souhaitait avoir à refaire tous ses bandages.
Deux minutes plus tard, le son du violoncelle s’éteignait définitivement.
Carson l’ignorait, mais il n’aurait plus l’agréable occasion de l’entendre.
Ba’al revint dans ses quartiers privés, l’air plutôt satisfait, une lueur malfaisante dans ses prunelles qui paraissaient encore plus sombres qu’à l’accoutumée.
Il passa devant Carson sans lui faire la moindre remarque.
Il était revenu avec une démarche altière. Pourtant, aussitôt que la porte se referma derrière lui, tout son corps sembla s’affaisser sous le poids de l’effort qu’il venait de fournir. Il perdit de sa superbe, et se traîna jusqu’à son lit.
Par compassion naturelle, et parce qu’il était avant tout médecin, Carson lui proposa son aide.
Le Goa’uld la refusa et s’allongea.
« Vous devriez aller vous reposer, docteur. Je n’ai ni l’intention, ni la force de bouger de ce lit… avant un moment. Et lorsque je le ferai, vous serez le premier à le savoir. »
Carson en avait fini avec les soins. Il s'apprêtait à quitter la chambre du faux dieu lorsque celui-ci ajouta, sans donner l’impression qu’il s’adressait à lui :
« Ce que vous appelez de l'amour, nous le réservons parfois pour certaines de nos lo'taurias les plus fidèles... les plus méritantes… Pas pour nos épouses, ou nos compagnes. Ni pour... aucun membre de notre espèce. Alors croyez-le ou non, je n’aurai pas de scrupule à tuer Anat lorsque le moment sera venu. »
Carson était sorti de la chambre de Ba’al.
Il était resté un moment dans l’autre pièce, à écouter la respiration, encore un peu trop sifflante à son goût, de son patient.
Lorsqu’il fut assuré qu’il s’était endormi, il se décida à partir.
Cette nuit-là, il eut du mal à trouver le sommeil. Il se réveillait au bout de quelques minutes. Trop de questions à propos de Ba’al se bousculaient dans son esprit. Et une certitude : l’ancien dieu lui avait menti. Certains membres de son espèce méritaient plus son attachement que d’autres.
Il se demandait bien lesquels. Il ne savait plus quoi penser de du faux dieu.
Tout le monde, au SG-C, l’avait décrit comme la personnification du diable. Jusqu’ici, il n’avait rien fait d’autre que les enlever, Alix et lui, et les garder prisonniers à bord de son vaisseau. Ils étaient des prisonniers qui avaient le droit de faire tout ce qu’ils voulaient, ou presque.
Il aurait pu le torturer pour lui faire dire tout ce qu’il savait à propos du SG-C, de la Terre ou d’autres choses, ou le tuer. Il ne l’avait pas fait. En fait, c’était lui qui avait sûrement appris plus de choses sur Ba’al et les Goa’ulds.
Après avoir acheté Alixe, le faux dieu aurait pu la maltraiter, il n’avait rien fait de cela non plus.
Il ne se conduisait pas comme un Goa’uld.
Physiquement, il n’était pas, ou plus, un Goa’uld. Du moins d’une forme connue. Ni complètement un être humain.
Était-il devenu la parfaite symbiose de l’hôte et du parasite ? Pourquoi ne voulait-il pas utiliser le sarcophage plus que nécessaire ? Était-ce en relation avec le fait que ses blessures ne guérissent pas complètement ?
Tous les Goa’ulds utilisaient le sarcophage pour se régénérer.
Cela n’empêchait pas totalement le vieillissement de l’hôte, ni celle du parasite. Cela ressuscitait et régénérait son utilisateur. Ce qui aurait été une bonne chose, si cela n’influait pas sur sa psychologie en le rapprochant, à chaque utilisation, un peu plus de la folie.
L’accoutumance était le moindre des effets secondaires. Si la mégalomanie pouvait encore paraître naturelle chez certains individus, la paranoïa et la sénilité signifiaient que la balance avait lourdement et définitivement penché.
De toute évidence, Ba’al répugnait à utiliser cette machine, sans doute par crainte de cette folie qui avait atteint Yu et Râ.
Ce n’était donc pas d’elle qu’il tenait sa longévité, et encore moins sa mutation.
Les autres Goa’ulds savaient-ils qu’il était différent d’eux ? Le sentaient-ils ?
C’était une possibilité, car après avoir été possédés par des Goa’ulds, issus de la Tok’ra, O’Neill et Carter avaient longtemps senti ou ressenti la présence des parasites chez ceux qui étaient parasités, de gré ou de force.
Á moins qu’il ne soit pas le seul, et que cette mutation, ou cette hybridation, soit un aboutissement. Aboutissement de quoi ? Pourquoi ? Était-ce une question de survie de l’espèce ?
En règle générale, la nature ne faisait rien sans une bonne raison.

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