Chapitre 42 / Chapitre 15
La mutation de Ba’al pouvait expliquer l’attaque dont il avait fait l’objet.
Les autres Goa’ulds voulaient peut-être l’étudier, plutôt mort que vif… et supprimer une mutation qui leur semblait contre-nature, à défaut de comprendre d’où elle provenait. Á moins de le savoir déjà.
Si Ba’al connaissait son état, cela pouvait expliquer son refus de se faire soigner grâce au sarcophage.
Cela signifiait-il que l’être humain refusait le parasite initial et avait trouvé un moyen de le dominer ou était-ce la disparition programmée de l’Être Humain au profit d’un parasite qui aurait colonisé tout son corps ? Ou bien, l’association des deux finissait-il par aboutir à une troisième créature qui aurait pris le meilleur ou le pire de chaque espèce ? Dans ce cas que restait-il de l’un et de l’autre ? Rien ? Ou le résultat d’une lente fusion ?
Après tout, l’être humain évoluait tout au long de sa vie par un processus naturel : la naissance, l’enfance, l’adolescence, l’adulte, la vieillesse et la mort. Pour le Goa’uld, lui-même, Carson ignorait si toutes les étapes du processus étaient connues des Humains, mais il pouvait dire que pour l’hôte, il en était de même mais en plus lent. Peut-être y avait-il une étape de la mutation qui différait après quelques siècle de cohabitation avec le parasite.
Qui pouvait le dire ? En dehors de Ba’al, il n’y avait peut-être aucun Goa’uld qui avait survécu aux dangers de l’espace, à ceux des mondes dans lesquels ils s’établissaient et, surtout, aux complots de leurs pairs.
La transformation de l’hôte par le parasite en quelque chose d’autre qu’un être humain était un thème récurrent dans la science-fiction. Il aurait pu citer des films tels que Body Snatchers, Isolation, La Mouche et quelques autres… ou tout simplement le cas de Sheppard lorsqu’il avait commencé à muter à cause d’une infection due à une blessure faite par une Wraith. Celle-ci s’était d’ailleurs injecté un rétrovirus mis au point par Carson Beckett.
En général, les choses ne se passaient jamais bien pour l’hôte.
Qu’en était-il dans le cas de l’ancien dieu phénicien ? Était-ce une bonne ou une mauvaise chose ?
Une bonne, si l’on tenait compte du fait qu’il s’agissait, peut-être, d’un moyen de le distinguer des clones qui, plus souvent que lui, auraient eu recours aux sarcophages. Une mauvaise, si le Goa’uld avait fondamentalement annihilé la psyché humaine de l’hôte.
Dans les deux cas, il serait désormais impossible d’extraire le parasite sans tuer, à coup sûr, l’hôte.
Était-ce alors une mutation opportuniste destinée à empêcher, justement, toute séparation ?
Sur l’écran de son pad, apparut un couloir différent. Il était aussi désert que l’autre, mais qui savait quels nouveaux pièges redoutables il pouvait recéler ?
Alixe avança prudemment.
Il ne se passa rien. Le premier kino entra la première dans une salle ronde. Le sol était en béton gris, et le mur en verre opaque. C’était une pièce haute dont le plafond était une grille.
S’ils gardaient quelqu’un ici, il y avait fort à parier qu’il y eut des gardes au-dessus.
Lorsqu’Alixe entra, le verre des murs devint transparent sans qu’elle eut quoi que ce soit à faire, mais Carson n’eut pas le temps de voir ce qu’il y avait derrière. La petite caméra volante monta en direction du plafond. Il reporta son attention sur les images transmises par l’autre kino.
« Carson », fit la voix basse, et légèrement inquiète, d’Alixe dans son oreillette. « On a un problème. Une dizaine de problèmes, pour être exacte... »
Le kino passa d’une cellule à l’autre… deux, quatre, six, dix et onze répliques de Ba’al, dix si l’originel se trouvait parmi eux. Ils différaient parfois par leur coiffure, certains étaient rasés d’autres pas. Leur corpulence aussi variait. Mais c’était bien des répliques de Ba’al.
Quelques-uns s’étaient rapprochés de la vitre, d’autres étaient restés assis ou couchés sur le lit spartiate de leur cellule, mais tous regardaient avec plus ou moins de curiosité l’intruse.
« On ne peut pas tous les libérer… »
Sauf qu’il n’avait pas reconnu leur Ba’al parmi eux. Comment reconnaître un Goa’uld qui était peut-être arrivé sur la Terre des mois ou des années avant eux ? Cela n’aurait pas dû arriver, mais il ne pouvait pas l’exclure non plus.
« Effectivement. Probablement trop dangereux, confirma-t-il. Il faut trouver l’originel… Enfin notre Ba'al… S’il est là. Et… on a un autre problème avec la douzième cellule. »
Alixe s’y rendit aussitôt, visiblement préoccupée par cet obstacle imprévu concernant Ba’al, et recula d’un pas lorsque la créature qui se trouvait dans la douzième cellule s’approcha de la vitre. Elle regarda la nouvelle arrivante avec une curiosité qui pouvait être celle du prédateur face à une proie nouvelle et inconnue.
« C’est ce que je crois ? demanda Alixe d’une voix fébrile.
─ Un Wraith, confirma Carson. »
Le kino émit un "Wip".
Carson se demanda pourquoi. Jamais Lorne ne leur avait dit que ces appareils émettaient des sons. Sur l’écran de son pad, il vit Alixe se rapprocher de la vitre de la cellule numéro douze.
Le visage du Wraith était très émacié, et d’un point de vue général, il était crasseux. Aussi crasseux que la cellule elle-même, comme si personne ne s’était donné la peine, ou avait trop peur, d’entrer dedans pour la nettoyer.
Sheppard ne leur avait rien dit de cela.
Pourquoi l’aurait-il fait ?
On lui avait peut-être montré le Wraith juste après sa toilette annuelle, dans une autre cellule…
La peau veinée de l’extraterrestre avait viré à la couleur du fruit pourri. Ses yeux, devenus jaunâtres, étaient injectés de sang, et ses cheveux blancs étaient sales et emmêlés. Il les perdait visiblement par poignées.
Le Wraith devait être autant victime de la maltraitance que de la faim, mais même dans le pire état, Carson l’aurait reconnu entre mille à cause de son tatouage en forme d’étoile autour de son œil gauche.
« Alixe, je te présente Todd. Un vieil ami… Enfin, dans mon monde. »
Comme s’il l’avait entendu, le Wraith cligna des yeux, deux ou trois fois, puis inclina le buste et la tête, légèrement, et douloureusement, sans doute à cause de son grand corps en proie aux privations, comme pour la saluer.
« Un ami à toi ? lui demanda-t-elle sans quitter le Wraith du regard, méfiante.
─ Autant que peut l’être le scorpion avec la grenouille qui l’aide à traverser le fleuve. »
Todd prit la parole.
Carson l'entendit clairement dans ses écouteurs.
« Vous recherchez votre compagnon, dit-il d’une voix grave et rocailleuse, et moi je souhaite retrouver ma liberté. Entrer ici vous a été facile, mais sortir sera... (Il chercha son mot) compliqué.
─ J'en fais mon affaire, lui répondit Alixe, très calme.»
Le Wraith eut l'air de sourire, mais avec sa peau desséchée, tendue à l'extrême, cela ressemblait plutôt à une grimace. Il désigna les onze autres cellules d’un vague geste de la main, comme si cela lui demandait trop d’effort. Ce qui devait être le cas.
« Si vous voulez trouvez celui que vous recherchez parmi ceux-là, posez-leur une question dont… vous seule... et votre ami… connaissez la réponse.
─ J’y avais déjà pensé. »
Todd eut une moue ennuyée.
« C'était juste une preuve de ma bonne volonté. Vous avez besoin de moi… parce que vous n’avez plus votre pouvoir... pour l'instant...
─ Pardon ?
─ Sera-t-il revenu quand l'alerte sera donnée ? »
Carson avait senti quelque chose se nouer dans son ventre.
« Alixe ?
─ Carson, il a raison. Je n’arrive plus à… disparaître Si je force… J’ignore ce qui m'arrivera... Et j’avoue que ce n’est pas trop la forme… C’est bien le moment ! »
Mourir ou risquer d’être prise dans une autre dimension, sans la certitude d’en sortir un jour.
« Je peux vous aider à partir d’ici avec vos amis.
─ Un seul me suffira.
─ Je ne parlais pas de tous ceux-là...
─ Alixe, oubliez ça, lui ordonna Carson. Les Wraiths sont dangereux. On ne peut pas leur faire confiance. En plus, il doit avoir très faim. »
Elle s’éloigna de la cellule. Carson songea que cela ne servait pas à grand-chose. Les Wraiths n’étaient pas vraiment des télépathes, mais ils ressentaient les sentiments, les humeurs ou les intentions de ceux qui se trouvaient non loin d’eux. Ce qui revenait au même qu’être télépathe.
Il y eut soudain un très faible sifflement qui devint vite aigu et lui fit arracher ses oreillettes. Carson eut l’impression qu’on venait de lui passer la mèche d’une perceuse entre les deux oreilles.
Il s'agissait probablement d’un système de brouillage.
Sur son écran, il vit Alixe répondre au Wraith, mais il n’entendit rien.
Elle n’avait pas l’air perturbée par ce son. Peut-être que là où elle se trouvait, le système de brouillage ne fonctionnait pas.
Il remit ses écouteurs avec prudence et entendit la voix du Wraith de manière saccadée.
C’était bien celle de Todd, un peu plus basse, plus hésitante, plus fragile.
Carson se demanda depuis combien de temps il était leur prisonnier.
« … nom... Todd... promesse… n’attenterai... vos jours …échange… veux la vie… prisonniers… sont pas...
─ Si… votre parole… » entendit-il Alixe répondre.
Carson pesta intérieurement.
Elle avait accepté sa proposition.
Il resta quelques secondes à contempler son écran, rageant intérieurement. Il soupira. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Qu'aurait-il fait à sa place ? Sans doute la même chose. Il se connaissait suffisamment pour savoir qu'il ne l'aurait pas laissé dans cette prison, encore moins dans cet état.
Pour les clones de Ba'al, c'était différent. Non parce qu'ils étaient des clones. Ils ne l’étaient peut-être pas, techniquement, s’ils venaient d’autres mondes, d’univers parallèles, comme Alixe et lui. Mais parce que faire le mal étaient sûrement dans la nature de la plupart d’entre eux.
Partout où ils se trouveraient, il y aurait une catastrophe à prévoir, un risque d’attentat, ou un taux d’assassinats en hausse. Ils devaient rester enfermer. Il se fichait de leur sort. Seul celui du Ba’al qu’ils connaissait lui importait.
Todd, lui, avait sûrement d’autres choses en tête. Il était dangereux, certes, mais il n’était pas un assassin. Plus qu'une ligne de conduite, il avait un code d’honneur. Même si celui-ci lui était assez personnel.
Il y eut de nouveau ce faible sifflement auquel il n’avait pas pris garde avant de se faire estourbir les oreilles.
« Alixe, je dois couper la radio ! »
Il ne put entendre la réponse.
Il retira ses écouteurs. Il ne tenait pas à se faire lobotomiser. Il avait vu ce que contenaient les sous-sols des hangars.
Qui savait quelles autres inventions, en avance sur leur époque, les chercheurs de cet univers avaient mis au point, ou quelles technologies extraterrestres, ils utilisaient ?
Si Alixe voulait lui parler, elle n’aurait qu'à lui faire des signes, via l'un des kinos.
Il vit sur son écran que la jeune femme n’avait pas perdu son temps à rechercher les codes d’ouverture de la cellule de Todd. Elle avait utilisé le peu de pouvoir qui lui restait pour passer une main intangible dans le boîtier qui commandait l’ouverture de sa cellule pour le court-circuiter.
Il se sentit soulagé lorsqu’elle ressortit sa main. Lorsqu’on jouait avec l’électricité, c’était à ses dépens. On en ressortait, au mieux, sonné, au pire…
Le Wraith fit un pas en dehors de sa cellule. Même affaibli par des semaines, peut-être des mois de privations et de mauvais traitements, il gardait une tête de plus que la jeune femme. Et même vu au travers d’un écran, Todd restait impressionnant de …
Carson ne pouvait dire de quoi. De majesté ? Vu son état pitoyable, ce n’était pas vraiment le cas. Pourtant, il y avait de ça… et d’un reste de fierté.
Todd avait tout du fauve qui venait de se réveiller d’un long sommeil qu'il aurait fait après avoir traversé un désert sans fin, et qui s'apprêtait à partir à la chasse. Le fauve devait être affamé.
La surface de sa peau semblait maintenant parcourue d’ondes électriques. Il ne fit, néanmoins, aucun geste menaçant envers Alixe. Il restait seulement aux aguets.
Carson se retourna pour jeter un coup d’œil en direction du camp. Rien ne bougeait. Tout était silencieux. Trop silencieux. Même la nature, autour de lui, avait l’air éteinte.
Il était néanmoins persuadé que, dès l’instant où Alixe avait forcé l’ouverture de la cellule de Todd, l'alerte avait été donnée.
La jeune femme ne perdait pas de temps. Elle passait de cellule en cellule.
À chaque fois, le même procédé.
Le Wraith composait les codes d’ouverture des cellules sur le boîtier, ressemblant à une petite caisse enregistreuse, accrochés à la droite de chaque porte. Il avait dû les lire dans l’esprit de ses geôliers et les mémoriser, ou seulement les observer depuis le temps qu’il devait être enfermé dans sa cellule.
La porte s’ouvrait. Alixe entrait dans la cellule suivie d’un kino, tenait le Goa'uld en joue au bout de sa winchester un court instant, sans doute le temps de lui poser son ultime question.
À chaque fois, ce même visage, souriant d’une manière presque naturelle, mais sans la moindre sincérité, faisait face à Alixe et au kino qui le retransmettait sur l’écran de son pad. Mais le Goa’uld cessait de sourire lorsque le Wraith apparaissait derrière Alixe et qu'elle ressortait, les laissant seuls face à face.
Le Terrien n’avait pas besoin de le voir pour deviner ce qui se passait. Le physique du Wraith montrait qu’il se rétablissait chaque fois un peu plus lorsqu’il réapparaissait dans une nouvelle cellule. Les Wraiths n’étaient pas seulement des extraterrestres à l’allure vaguement hard-rockeuse. Ils étaient surtout des vampires extraterrestres. Ils ne suçaient pas le sang de leur victime en perçant une artère avec leurs dents. Ils aspiraient son énergie d’une simple apposition de la paume sur son corps jusqu’à ce que celle-ci perde littéralement des années de vie, et finisse en momie desséchée.

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