Chapitre 45 / Chapitre 18
Depuis qu’il s’était nourri des clones, le faciès du Wraith avait changé. C’était toujours celui d’un oiseau de proie, mais sa peau, couleur vert pâle veinée de bleu, avait regagné en souplesse. Nombre de très fines veines avaient disparu de la surface de cette peau.
Ses yeux n’étaient plus injectés de sang. Ils avaient retrouvé la couleur de l’or dans lequel se baignait un iris vert émeraude serti d’une pupille de chat. Ses cheveux toujours emmêlés et sales, semblaient plus épais et plus longs.
Il ne sentait pas bon. Cela devait faire un moment qu’il n’avait pas pris de douche. À condition que l’on puisse faire prendre une douche à un quartier de chat. Les Wraiths n’étaient peut-être pas du genre tigre ou jaguar.
Carson ne savait pas si l’extraterrestre avait eu, un jour, une odeur agréable. Leurs rencontres avaient toujours eu lieu dans l’espace. Les vaisseaux ou les bases spatiales étaient des lieux confinés qui ne connaissaient que trop rarement, et plus souvent jamais, le changement d’air…
On n’ouvrait pas les hublots dans l’espace.
Son uniforme vert pomme de prisonnier, usé jusqu’à la corde, ne jurait pas vraiment avec le reste.
Contrairement à lui, l’ancien seigneur goa’uld semblait déplacé dans cette tenue. Il était bien silencieux.
Comme s’ils avaient eu la même pensée, Carson et Alixe tournèrent la tête en même temps vers lui.
Ba’al semblait occupé par l'inspection de sa lance qu'il venait de récupérer.
De nouveau, Carson ressentit une curieuse impression au creux de l'estomac. Pourquoi le voir avec cette arme le mettait-il si mal à l'aise ? C’était la sienne, après tout. Il l'avait déjà vu, avec ou sans armes, autrement plus dangereux.
Carson voulut appeler Todd pour lui demander s’il n’avait pas senti quelque chose d’étrange chez le Goa’uld, mais le Wraith avait disparu. D’un autre côté, comment aurait-il pu remarquer quoi que ce soit. Le Terrien se sentit stupide.
Une page était tournée. Ils avaient retrouvé Ba’al. Ils allaient bientôt pouvoir retourner dans leur monde. Même si ce n’était pas pour reprendre leur vie passée.
À dire vrai, cet univers commençait à le lasser. d’autant qu’il n’y trouverait aucune tranquillité s’il devait être pourchassé durant toute son existence par McKay.
Alixe interrompit sa réflexion :
« On a le choix. Soit nous attendons un jour ou deux que mon pouvoir revienne, soit on se débrouille pour rentrer pas nos propres moyens à Ketchikan.
─ Je lui ai dit que nous resterions à Washington au moins une journée.
─ Il ne reviendra pas, Carson », lui répondit-elle d’une voix dans laquelle perçait la lassitude. « Il appartient à cet univers, pas au…
─ Ketchikan ? la coupa Ba’al.
─ C'est là-bas que nous sommes arrivés... »
Carson s’éloigna en laissant Alixe expliquer à l’ancien dieu comment ils avaient occupé leur séjour sur cette Terre durant son absence.
Il ne les écoutait plus. Il avait même fini par ne plus les entendre. Il pensait toujours à Todd.
Même s’il n’était pas celui qu’il avait connu, il restait tout de même l’un de ses points de repère. Quelqu’un qu’il avait déjà rencontré et qu’il connaissait bien. Son instinct le poussait à croire qu’il pouvait avoir confiance en lui.
Quelque chose d’autre le préoccupait.
Cela concernait Ba’al. Il ne le… sentait pas. Il voulait en avoir le cœur net.
Il chercha son sac à dos. Il avait besoin de son pad. Avant toute chose, il voulait vérifier s’ils avaient bien affaire au Ba’al qu’ils connaissaient.
Le scientifique le trouva là où il l’avait laissé.
Il remarqua dans le même temps que les kinos reposaient au sol, désactivés. Habituellement, Alixe les rangeait dans son sac, avec le pad. Ils auraient donc dû s’y trouver.
Carson en déduisit que celui-ci avait été fouillé.
Il y chercha son pad, en vain. Il s’en doutait comme il se doutait que celui qui avait fouillé ses affaires ne pouvait être que ...
Ba’al toussa derrière lui comme s’il s’impatientait.
Un frisson glacial parcourut l'échine de Carson qui se redressa d’un bond. Il se retourna lentement, évitant tout geste menaçant, et fit face au faux dieu.
Il est quasiment persuadé que le Goa’uld qu’il avait soigné et sauvé d’une mort certaine n’aurait pas fouiné dans ses affaires.
Le Terrien eut l’impression que Ba’al affichait un visage sombre, et le regard d’un assassin en puissance.
Le Goa’uld agita le pad sous le nez de Carson.
« Je suppose que c’est ce que vous cherchez, docteur Beckett ? »
Ba'al ne l'avait jamais appelé docteur Beckett. Docteur, parfois, ou Beckett, mais jamais les deux en même temps.
L’ancien dieu se rapprocha de lui. Carson n’osa pas bouger. L’aurait-il voulu qu’il ne l’aurait pu. Ses jambes lui semblaient en plomb et profondément enfoncées dans le bitume.
« Cela ne vous sera plus d’aucune d’utilité. Et vous, vous ne m'êtes guère plus utile ! », chuchota le Goa’uld à son oreille.
Une fulgurante et puissante douleur vrilla soudain le ventre et la poitrine du médecin. Il ressentit ce que l’ancien dieu phénicien avait dû ressentir, du moins en partie, lorsqu'Anat lui avait enfoncé sa hallebarde dans le corps.
Là, ce n’était qu’un poignard... mais quel poignard ?
Il n’en connaissait qu’un seul, celui du vrai Ba'al... la miséricorde…
Elle aurait dû se trouver dans ses affaires avec son pad... Le Goa’uld les avait volés.
Carson chercha son souffle.
Le Goa’uld accentua un peu plus la pression de sa main sur la poignée du poignard. Toujours à son oreille, il chuchota :
« Vous le savez maintenant, je ne suis pas celui que vous cherchiez. Le Wraith l’a éliminé en même temps que mes autres doubles. Quel manque de discernement. Dommage qu’il nous ait quitté si vite. Je suis convaincu que j’aurais pris plaisir à le tuer. Mais, ce n’est que partie remise. »
Carson ne l’écoutait plus.
Il cherchait désespérément à passer outre la douleur pour regarder par-dessus l’épaule du traître, mais celui-ci le rappela à l’ordre en remuant la dague fichée dans son ventre.
Carson sentit le sang monter dans sa gorge. Il toussa, éclaboussant involontairement de sa salive, le visage du Goa’uld.
Celui-ci eut une grimace de dégoût.
Carson ferma les yeux. Il allait mourir.
« Si votre Ba’al est encore en vie, je le tuerai, comme je vous ai tué, votre amie et vous. Et il mourra tout aussi lentement. »
Carson frissonna.
La mort était là, tout près.
L’ancien dieu lâcha la poignée de la miséricorde en repoussant sa victime.
Carson ne sentait plus ses jambes qui se dérobèrent sous lui. Il perçut à peine l’asphalte sur sa joue lorsque sa tête heurta le sol. Il ne vit pas son sang chaud s’écouler sur le sol, imbiber ses vêtements, glisser entre ses doigts.
Instinctivement, ses mains se refermèrent sur l’arme.
La douleur était si forte, si insupportable…
S’il la retirait, il mourrait plus vite.
S’il devait mourir, autant que cela soit dans une position plus confortable.
Tant bien que mal, il roula sur le dos et changea de côté.
Il vit Alixe.
Elle était étendue, comme lui, sur le sol, le visage tourné vers lui.
Ses beaux yeux encore ouverts n’étaient pas encore voilés, mais ils ne reflétaient plus aucune vie. Un fin filet de sang coulait de sa bouche…
La vie n’avait plus d’importance sans elle.
Peut-être qu’elle le voyait comme il la voyait…
Il se traîna jusqu'à elle sans parvenir à l’atteindre. Il était quasiment à bout de force et luttait pour rester conscient.
Il tendit le bras pour la toucher... lui faire sentir qu'elle n’était pas seule... qu’il était là... tout près d’elle… Il ne lui manquait que quelques centimètres pour l'atteindre... la toucher…
Peut-être qu’elle se disait la même chose que lui. Elle tendit le bras, lentement vers lui. Leurs doigts parvinrent à se toucher.
Personne ne viendrait à leur secours. Ils étaient seuls, dans une rue où personne ne passerait avant longtemps.
Savoir que l’un pensait à l’autre le réconforta un peu.
Sa dernière pensée consciente fut qu’ils ne mourraient pas seuls…
Pas comme Anat.

Annotations