Chapitre 46 / Chapitre 19

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« En route ! Attrapez ça ! »

Carson venait à peine de mettre les deux pieds dans les appartements de son patient lorsqu'il vit le bloc noir arriver droit sur lui.

Instinctivement, il tendit les bras pour le rattraper au vol.

Son sac à dos.

Qu'est-ce que Ba'al avait encore prévu ?

« Vous avez cinq minutes pour vérifier ce qu'il contient et cela vous convient, annonça l’ancien dieu en resserrant les courroies de son propre sac moins gros.

Il était visiblement prêt à partir pour une destination que lui seul connaissait, à cet instant.

Quoique Carson en avait plus ou moins une idée. Cela faisait déjà trop longtemps que le faux dieu rongeait son frein.

Celui-ci était vêtu d’un long manteau taillé dans une sorte de cuir marron foncé, issu d’un animal que Carson ne connaissait probablement pas, avec son symbole dans le dos, pour le cas où on ne le reconnaîtrait pas, sans doute, d’un pantalon dans le même cuir, d’une chemise faite d’une épaisse toile finement tissée, et de lourdes bottes aux semelles plus épaisses que celles des militaires et aux bouts renforcées qui pouvait vous exploser les rotules d’un coup.

En outre, il portait quatre tridents, glissés dans une large ceinture, qui devaient être les équivalents goa’ulds de ce que l'on appelait des saïs et un sabre, dans son fourreau, placé dans son dos.

Sous les manches de son manteau, lorsque Ba'al enfila ses gants, Carson entrevit des bracelets de protection.

Carson imagina sans problème ce qu'il pouvait y avoir d’autre au revers de son manteau. Sans aucun doute, d’autres armes, des fléchettes ou des pointes. Toutefois, il était certain qu'il y avait au moins une dague à l'intérieur de l'une de ses bottes.

Les Goa’ulds étaient des créatures pleines de ressources surtout lorsque leur existence en dépendait. Ba’al surpassait la plupart de ses congénères.

Mais lui, il n’avait rien à part son uniforme de la dernière expédition de recherche du SG-C... Pas même une paire de gants.

« Où allons-nous ? » osa-t-il demander.

La réponse faillit le faire asseoir.

Non pas la réponse en elle-même, car il s'y attendait. Mais la manière très posée, très sûre avec laquelle l'ancien dieu phénicien lui répondit.

« En enfer.

─ Vous ne pensez pas que vous lancer dans une expédition... punitive... est prématuré ? Vous n’êtes pas encore remis de vos...

─ Cela fait déjà vingt jours. Je me sens bien, mais je me sentirai encore mieux lorsque cette affaire sera réglée... Définitivement. Je vous demande de m'accompagner pour le cas où cela ne se passerait pas tout à fait comme je le prévois.

─ Vous me demandez… »

Carson se sentit soudain nerveux. Il était certain de ne pas avoir entendu la question. Mieux, elle n’avait pas été posée.

L'idée d’aller à la chasse à la déesse, en enfer, avec un Goa’uld que ses anciens collègues n’hésitaient pas à comparer au diable lui-même relevait au mieux de l’improbable, au pire de l’incroyablement effrayant. Côté aventure de haute volée, il était déjà disqualifié en raison de sa nature de clone, mais là, même s’il tenait le haut du panier, il serait à nouveau disqualifié pour faire équipe avec un planéticide.

Il se rendit compte que Ba’al l'observait avec la plus grande attention.

« Vous ne protestez pas plus que cela ?

─ Parce que j'ai le droit de protester ?

─ Je ne pense pas vous l'avoir interdit jusqu'ici.

─ Et je suppose que je n’ai pas le droit de refuser de vous accompagner.

─ Vous supposez bien. »

Face à la courtoisie apparente de Ba'al, Carson ne put s'empêcher de sourire. Le genre de sourire de celui à qui on venait d’annoncer qu'il avait gagné le gros lot au loto, mais qu'il ne pourrait pas en profiter parce qu'il allait mourir avant de le toucher.

Ba'al ne le quittait toujours pas du regard.

À quoi pouvait-il penser à cet instant ?

Personne n’avait sûrement jamais demandé à l’ancien dieu à quoi il pensait lorsqu’il regardait quelqu’un de cette façon, de peur de le voir se retourner et darder, sur celui qui avait posé la mauvaise question, un regard phosphorescent qui ne laisserait aucune ambiguïté sur ses occupations à venir.

Sur le ha’tak, il y avait peu de tâches extrêmement rebutantes, mais il en existait sûrement quelques-unes, comme repeindre la coque externe du vaisseau en orbite autour d’une étoile.

Carson fit un rapide inventaire de son sac à dos : des bandages, du désinfectant, des fioles dont il ne connaissait toujours pas le contenu…

« Des antidotes contre une douzaine de poisons et de venins auxquels nous pourrions être confrontés », dit simplement le Goa’uld devant son air interrogatif.

Il y avait vraiment de quoi parer à toutes les blessures, et à un grand nombre de types d’empoisonnement.

Mais pourquoi autant d’antidotes ?

« Le palais d’Anat ne sera pas facile à pénétrer. D’ordinaire, on n’y entre pas sans autorisation, et sans guide.

─ Où allez-vous les obtenir… cette autorisation et ce guide ? »

Il y avait toutes les raisons de l’univers pour qu’on ne les lui accorde pas.

« Qui vous parle d’obtenir une autorisation et un guide ? »

Il avait planté ses yeux dans ceux de Carson.

Le médecin y lut l'énergie de la résolution, et surtout un désir de vengeance qu’une seule chose pouvait assouvir. Rien ne le ferait reculer. Il avait sans doute pensé à tout.

« Il fut un temps où j'étais un habitué des couloirs de ce palais... pas les couloirs officiels, bien sûr. »

Sa tranquillité s'accompagnait d’un regard ironique.

Anat était sa sœur et son épouse. À ce titre, il avait dû bénéficier de privilèges rares, parmi lesquels des clés de portes secrètes, des codes et des passe-droits.

Carson tenta encore une fois d’être la voix de la raison.

« Elle ne doit pas l’avoir oublié.

─ Mais elle me croit mort... Bien, assez parlé. Il est temps de partir.

─ Alixe…

─ Cela ne la concerne pas. »

Carson ne se sentait pas beaucoup plus concerné, mais il s’abstint de le faire remarquer.

Quelques minutes plus tard, il comprit que, même après avoir fureté dans tous les coins du ha’tak, il n’en avait pas encore découvert tous les compartiments, encore moins les ponts sur lesquels se trouvaient de nombreux vaisseaux qui semblaient être des prises de guerre, pour la plupart. Seuls, quelques-uns d’entre eux étaient encore en capacité de voler.

Parmi ces derniers, il y en avait un à l'écart, recouvert d’une bâche.

Carson l’avait pourtant déjà remarqué, sur un autre pont, mais il n’y avait jamais prêté suffisamment d’attention pour aller soulever un coin de la bâche. Autrement, il aurait eu la surprise d’y découvrir un jumper.

Le seul vaisseau qu’il se sentait capable de piloter…

« Vous prenez les commandes, je vous donne les coordonnées », lui annonça Ba'al.

Cela faisait très longtemps qu'il n’avait pas piloté.

« Vous êtes certains qu'il vole encore ? voulut-il s'assurer.

─ À ma connaissance, personne sur ce vaisseau n’a jamais pu le faire voler. Vous devinez pourquoi ?

─ Je pense que oui. » soupira-t-il.

Pour piloter un jumper, il fallait posséder le gène des anciens, et il était l'un de ceux qui le possédaient.

« Depuis qu’il est sur mon vaisseau, j’ai dû le faire remiser d’un quai à un autre pour voir ce qu’on pouvait en faire. Les Si’tak sont utilisés pour les transports des vaisseaux inertes ou dangereux. Ils n'ont pas de pilote. »

Ba’al devait faire allusion aux sortes de drones qu’il avait pu voir voler autour du ha’tak durant la période de réparation.

« Finalement, il a atterri ici. Je ne pensais pas que ce serait une si bonne idée… pour la discrétion. Personne ne vient ici, si ce n’est pour y trouver des pièces détachées.

─ Pourquoi ne pas prendre l'un de vos vaisseaux ?

─ Celui-ci me semble plus approprié pour ce que nous allons faire. »

Carson avait dû se contenter de cette réponse.

Cependant, Ba'al n’avait pas tort. Les tel’taks étaient plus gros que les jumpers et moins maniables.

Par ailleurs, un vaisseau goa'uld inconnu alerterait immédiatement les gardes d’Anat. Un jumper les intriguerait.

Enfin, le système de camouflage du jumper, s'il fonctionnait encore, était plus performant que celui des vaisseaux goa'ulds, toutes classes comprises.

Le voyage commença donc dans le ronronnement des moteurs du jumper.

Carson le fit sortir du ha'tak pendant que Ba'al entrait les coordonnées de leur destination dans l'ordinateur de bord.

Carson remarqua que le tableau de bord avait subi quelques modifications. Il avait été adapté à la technologie goa’ulde. Cela n’avait cependant pas résolu le problème de pilotage.

Curieux, néanmoins qu’un Goa’uld n’ait pas eu l’idée de parasiter un hôte possédant le gène des anciens.

Cela leur posait-il un problème de compatibilité ?

La question demandait à approfondie, mais pas maintenant. Il la remisait avec les dizaines d’autres qu’il s’était posé depuis le début de son aventure.

Durant quelques heures, Carson resta aux commandes du jumper.

Il avait essayé de trouver des points de repère dans cet espace, quelque chose qui lui dirait où il se trouvait par rapport à la Terre ou à une planète, mais il était un bien trop piètre navigateur. Ses seules compétences en matière pilotage se résumaient à suivre les directives de ce qui servait de GPS version goa’ulde, et à éviter les obstacles. En gros, tout ce que le jumper pouvait faire tout seul, en pilotage automatique.

Le seigneur goa'uld avait pris place sur l'un des sièges à l'arrière du cockpit, plongé dans un ouvrage d’apparence ancienne et extraterrestre.

Il n’ouvrit pas la bouche une seule fois, même pour bailler.

Carson ne l’avait d’ailleurs jamais vu bailler.

Il ne fit pas la moindre remarque lorsque Carson vérifia une par une les diverses fonctions du vaisseau, ou lorsqu'il effectua quelques manœuvres pour se réhabituer au pilotage.

Carson n’avait pratiquement jamais utilisé le jumper dans le cadre d’une mission. Cela avait plus souvent été pour s'échapper d’Atlantis, de son enfermement, et de son atmosphère parfois un peu trop lourde.

Lorsqu'il sentit la fatigue le gagner, le scientifique brancha le pilotage automatique. En cas de problème, il serait immédiatement prévenu.

Dans la soute, derrière le cockpit, il y avait deux banquettes. Il pouvait s'y allonger et se reposer une heure ou deux.

L'espace avait beau être immense, et les obstacles finalement assez rares, la conduite d’un vaisseau spatial restait plus épuisante que celle d’une voiture.

Ba'al occupait déjà l'une des deux banquettes. Sa respiration était encore difficile, et sa figure n’avait pas encore repris toutes ses couleurs. Ses traits étaient plus marqués que d’habitude. Il avait perdu beaucoup de sang et n’avait survécu que grâce à un bref passage par le sarcophage, et du repos.

Il disait être rétabli, mais Carson en doutait. Néanmoins, il avait retrouvé l’usage de tous ses membres, notamment son bras droit.

La lame soaka'rel avait fait tellement de dommages dans cette partie du "réseau filandreux" qui avait envahi son corps qu’il avait craint la perte de son bras, entre autres.

Cela n’avait pas été le cas.

Lorsqu’il avait scanné la poitrine du Goa’uld, cinq jours après son passage dans le sarcophage, la plupart des connexions du réseau avaient été rétablies.

À quoi avaient-ils donc affaire ?

Même Ba’al semblait l’ignorer.

Carson s'allongea sur l'autre banquette et essaya de trouver un peu de repos. Il ignorait combien de temps allait durer le voyage.

Il avait à peine fermé les yeux que son esprit s'était mis à vagabonder.

Il repensait sans cesse à cette mutation, et aux cicatrices qui ne disparaissaient pas. Il ne comprenait pas comment cela pouvait être possible. Il y avait forcément un rapport avec ce qu’il avait à l’intérieur de lui.

Cette chose se régénérait, et soignait son hôte. Elle aurait donc pu faire disparaître les cicatrices. Elle ne pouvait pas se contenter d’envahir le corps de son hôte, d’en soigner l’intérieur… et de laisser l’extérieur soumis aux aléas du temps et des épreuves.

Cela n’avait pas de sens.

À ce rythme-là, dans cinquante ans, il allait ressembler à un mort vivant.

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