Chapitre 48 / Chapitre 21

10 minutes de lecture

Ba'al l'avait écouté sans l'interrompre. Il était difficile de savoir à quoi il pensait à cet instant.

Il prit le temps de la réflexion avant de répondre.

« Nous sommes tous déroutés par une chose ou par une autre, et rien ne nous y prépare. Le pire est encore à venir.

─ Comme un ennemi capable de détruire des galaxies et des univers entiers, supputa le scientifique d’une voix à peine audible.

─ Cela et d’autres choses. Alors, si j'ai un conseil à vous donner, ne vous attachez pas à elle.

─ Pas vraiment désolé si je ne me sens pas obligé de le suivre. »

Si Ba'al avait voulu ajouter une autre remarque à ce sujet, il la garda pour lui.

Que savait l'ancien dieu phénicien sur Alixe que, lui, il ignorait ?

Le Goa'uld avait l'art et la manière de changer de sujet pour éviter les situations épineuses.

« Vous n’aviez donc jamais entendu parler de Cottos ? » demanda-t-il après un très court silence.

« Je ne suis pas un grand spécialiste en mythologie... et en faux dieu goa'uld. »

Il s'y connaissait néanmoins suffisamment pour avoir cerné les caractéristiques de quelques-uns des Goa’ulds dont Alixe lui avait parlé, et pour deviner que le plus obscur des petits dieux terriens avait probablement son incarnation goa'ulde.

« Il y a un peu plus de deux millénaires, Cottos était déjà considéré comme l'un des plus grands scientifiques de mon peuple. », commença Ba'al avant de corriger. « Le plus grand. Il était aussi très proche de certains Grands Maîtres, mais il apparaissait rarement à leurs côtés. En fait, il n'a plus été vu depuis la mort de Râ. Il avait une bonne raison pour cela. J’ai su, par la suite, que Sokar avait essayé de l'éliminer après lui avoir volé nombre de... secrets. J’ai sincèrement regretté qu’il n’ait pas réussi. Mais s’il en est un parmi nous, capable d'éviter de croiser la Mort, c’est bien Cottos.

─ Vous avez l'air de bien le connaître.

─ Assez pour savoir que si vous passez entre ses mains, ses outils de travail et ses chiens de garde, vous n’en sortez jamais indemne. »

Carson mesura la haine qu'il y avait, non seulement dans ses paroles mais, dans le ton sur lequel elles étaient énoncées. Elle était bien plus qu'un simple avertissement.

« C'est ce qui vous est arrivé ?

─ Je lui dois mes cicatrices... et, les clones auxquels vous avez eu affaire, entre autres. Je crains qu’il en existe d’autres, ailleurs... dans d’autres univers.

─ Vous en avez créé une partie, non ?

─ C'est ce que vous pensez ?

─ Quel aurait été l'intérêt pour un autre que vous de créer d'autres... vous ?

─ Vous les avez trouvés exactement comme moi ? »

Il avait sincèrement l'air d'attendre une réponse.

« En fait, je n'ai jamais eu affaire à vous... ou à vos clones.

─ Toutes les inventions de Cottos sont faites pour meurtrir, déstabiliser... ou simplement pour dérégler des systèmes bien établis. Il n'aime rien de plus que le chaos. Il ne vit que pour découvrir le point de bascule de l'univers... ou d'un être vivant. Peut-être parce qu'il a vu l'impact que cela pouvait avoir dans d'autres univers, il a voulu comprendre. »

Pas le genre de personnage que Carson souhaitait rencontrer. Qu'il soit Humain, Goa'uld, Wraith ou autre chose. Pour ce qui était de bouleverser l'ordre établi, il avait bien choisi son sujet de clonage. SG-1 avait peut-être toujours eu affaire avec les clones... Il n'en était pas persuadé. Le Ba'al qui se trouvait en face de lui connaissait O'Neill. Peut-être même était-ce lui qui l'avait torturé.

Lui-même étant un clone, aurait-il reconnu d'autres clones ? Que faisait-il pendant que ses doubles se propageaient dans la galaxie ? Et comment le Ba'al qu'il commençait à connaître pouvait-il penser qu'il était l'original, et non un clone ?

« Ça, vous le savez aussi bien que moi », fit celui-ci.

Carson ouvrit la bouche, mais l'ancien dieu le prit de court.

« Je ne lis pas les pensées, rassurez-vous. Même si j'aime à le faire croire. Mais je pratique l'Humain depuis deux millénaires. Alors, je sais... vous lire. Je sais aussi expulser quelqu'un hors de ma tête lorsqu'il essaie d'y pénétrer pour me contrôler d'une manière ou d'une autre. Encore une chose que je dois à Cottos, mais comme beaucoup, il l'ignore. Vous avez découvert l'un de mes secrets en me soignant, et je viens de vous en offrir deux en un. Un conseil, n'en parlez à personne, pas même à elle, surtout pas à elle, si vous tenez à la vie.

─ Et si je parle dans mon sommeil ?

─ Débrouillez-vous pour que ce ne soit pas le cas. »

Autrement, le balancerait-il dans l'espace ?

─ Je n'hésiterai pas. »

Carson renonça à lui demander quelle était sa méthode pour le profiler d'une manière aussi infaillible.

Il préféra changer de sujet.

« J’ai… J’avais des amis qui auraient été heureux de savoir que leurs théories sur l’existence d’univers parallèles étaient fondées ? »

Ba'al acquiesça.

« En dehors du vôtre, il existe des milliers d’univers, et dans chacun, une seule porte pour accéder à l'un des univers voisins. Des portes capables de laisser passer des flottes entières de conquérants... Elles ne sont pas faciles à trouver et à utiliser. Grâce à elles, nous pouvons voyager d’un univers à l'autre aussi facilement ou presque, que vous d’une ville à une autre. En dehors des Grands Maîtres, seuls la Tok'ra et les Linvris connaissaient ce secret, et savaient où se trouvent certaines d’entre elles. D’après ce que j’en sais, la Tok'ra s'est bien gardée de le confier à ses alliés tau'ris.»

Carson était stupéfait par cette révélation.

Les chercheurs... Jackson... Mc Kay... supposaient qu'il existait un nombre infini d’univers parallèles. C'était une chose de le supposer, et une autre de le découvrir. Quant à se l'entendre dire par un ex Grand Maître, de sa propre volonté... Savoir, en plus, que les Tok'ras partageaient un secret avec leurs ennemis et l'avaient caché à leurs alliés...

« J'ignore ce qu'ont exactement fait tous mes... clones... Même si mes espions en ont suivi quelques-uns, bien peu en sont revenus vivant pour me rapporter leurs faits et gestes. Cela et me connaissant au moment où Cottos les a créés, certainement pas du bien.

─ Vous avez dit qu'il était responsable de vos cicatrices...

─ J'ai dit cela ? »

Carson hocha la tête.

Ba’al eut un sourire amer.

« Je n’ai pas toujours été d’accord avec les politiques menées par ceux que j'ai servi : Héra, Chronos et Anubis. Héra et Chronos ont innové en m'envoyant dans les geôles de Cottos lorsque je me suis rebellé contre eux. Anubis comptait me tuer lui-même, après que j'ai aidé vos amis sur Dakara, mais il voulait que je sois d’abord le témoin de sa puissance destructrice. En attendant, il m'a renvoyé chez Cottos. Anubis a été détruit avant d’avoir pu mettre ses projets à exécution. Quant à moi, on m'a... oublié... en espérant sans doute que, cette fois-ci, je mourrais dans l’enfer de Cottos. J'y ai passé presque dix ans. Bien peu comparé au temps passé lors de mon premier séjour. Pourtant, j'ai souvent pensé que, cette fois, je n’y survivrai pas. En matière de torture, l'imagination de Cottos ne connaît aucune limite... Il s'arrange toujours pour que jamais vous ne l’oubliiez.

─ Avec quoi vous a-t-il fait cela ? Pourquoi les cicatrices n’ont-elles pas disparu ? Pourquoi ne pas utiliser un sarcophage...

─ Les sarcophages ne sont pas faits pour nous. Il me semble vous l'avoir dit. Nous les avons adaptés, mais nous n’en sommes pas les concepteurs. Ils... Ils altèrent notre esprit. J'ai vu les effets qu'ils avaient sur Yu malgré tous ses efforts pour le cacher... Yu est le premier à l’avoir compris… Il aurait pu mourir honorablement, mais il n’est pas parvenu à résister… Il est difficile de mourir lorsque l’on a vécu aussi longtemps que nous, lorsque l’on a connu la gloire, les honneurs… et la déification… lorsqu’on les a perdus, et lorsqu’on espère les reconquérir pour à nouveau les connaître. C’est ce qui a poussé Râ à la folie... Il n’est pas le seul... Cottos est certainement l'un des plus fervents utilisateurs de sarcophages.

─ Il reste l'autre solution... Vous... le symbiote... S’il ne vous rend pas éternel, il peut au moins vous guérir »

À vrai dire, Carson ne savait pas à qui il s'adressait : à l’hôte ou au Goa’uld.

La plupart du temps, chez les Goa’ulds, c'était le symbiote qui dominait. Il ne laissait aucune place à l'hôte. Ses yeux fluorescents le rappelaient de manière régulière et sa voix basse, gonflé par une sorte d’écho, ne permettait pas de l'oublier.

Lui, il s'exprimait comme un humain, et le Goa’uld ne faisait que de rares apparitions. Il semblait avoir adopté un système de cohabitation proche de celle des Tok'ras. Sauf que chez ces derniers, les deux personnalités étaient bien distinctes. L'hôte paraissait libre et plus présent que le parasite.

Ba'al resta silencieux.

« Vous ne pouvez pas ? »

Carson comprit qu’il n’aurait pas de réponse à sa question.

Puisqu'il semblait vouloir parler et accepter de répondre à certaines question, il en avait encore une autre à lui poser que le faux dieu n’apprécierait pas.

« Avez-vous fait des analyses ? Je veux dire… vos propres analyses... »

Le regard que le faux dieu posa sur Carson transperça celui-ci jusqu'aux tréfonds de son âme.

« Précisez votre idée, je vous prie. »

Le ton était peu amène et ressemblait plus à un ordre qu’à une prière.

Carson se sentit incapable de lui mentir, même pour sauver sa vie.

« J'ai remarqué que vous vous rendiez souvent à un endroit particulier de votre vaisseau...

─ Je suppose que vous m'y avez suivi ? »

Sa voix était tellement chargée d’électricité qu'elle aurait pu alimenter une chaise.

Carson savait qu'il s'était imprudemment avancé, mais il ne pouvait plus reculer.

« Oui... Après que vous nous ayez prélevé du sang... à Alixe et à moi... Je vous ai suivi ce jour-là… jusqu'à votre... laboratoire... Mais je n’ai réussi à… y entrer… que ces derniers jours... »

Ses yeux semblèrent briller, très brièvement.

Cette fois, il était vraiment en colère.

« Je devrais vous tuer pour cela. Ou vous balancer dans l'espace. »

Carson n’était pas rassuré. Il avait les moyens de le faire.

« Je sais que je n'aurais pas dû, mais j'avais besoin de savoir, sinon comment je pourrai... Vous avez dit que vous aviez besoin de moi...

─ Je pense que je m'en sortirai très bien sans vous, finalement.

─ Écoutez, ce n’était pas dans le désir de vous nuire, au contraire… Je suis médecin et j’ai besoin de savoir… de comprendre… Vous aussi, vous avez besoin de savoir ce qui vous arrive et mes connaissances scientifiques ne seront pas de trop...

─ Le jour où j'aurais envie de comprendre quoi que ce soit me concernant, j'irai mettre à sac le domaine de Cottos.

─ Le ferez-vous avant qu’il soit trop tard ? Et pourquoi ne pas l'avoir déjà fait ? »

Ba'al tiqua légèrement mais il soutint le regard de Carson qui, s'enhardissant dangereusement, poursuivit.

« Je pense que pour rien au monde, vous ne souhaitez retourner là-bas... Vous avez peur de vous retrouver face à Cottos...

─ Mesurez vos paroles...

─ Cottos est peut-être responsable de ce qui vous arrive... ou peut-être qu’il n’y est pour rien... peut-être qu’il s’agit d’une... mutation naturelle. »

Ba'al tiqua à nouveau, d’intérêt cette fois.

Sa colère avait baissé d’un cran.

« Une mutation ? »

Carson acquiesça.

« Toutes les espèces évoluent, expliqua Carson. Et vous... enfin votre espèce ne fait pas exception.

─ Encore une idée tau'rie totalement stupide, grommela-t-il sans conviction.

─ Pas forcément. Il faudrait que je fasse des analyses plus approfondies...

─ Essayez de me prélever quoi que ce soit, et c'est vous qui vous retrouverez sur ma table de dissection. »

Carson le regarda sans même se demander si c'était sérieux ou non.

Contre toute attente, l’ancien dieu revint sur ses paroles.

« Je ne le pensais pas.

─ Oh que si », ne put-il s'empêcher de lui répondre.

Ils faisaient un beau duo.

Deux scientifiques qui n’aimaient pas particulièrement remettre leur vie entre les mains de leurs semblables.

Semblables ? Un drôle de mot.

Il ne se sentait pas semblable aux autres êtres humains parce ce qu'il avait été créé, qui plus est par un hybride.

Il n’était pas, non plus, persuadé qu'il existe un autre Goa’uld présentant les mêmes caractéristiques génétiques que l'ancien dieu phénicien.

Il songea à Michael.

Un pet de l'espace.

C'était tout ce qu'aurait dû lui inspirer Michael. Mais il était aussi son créateur. Sans lui, il ne serait pas là.

Lui aussi avait été exclu de son espèce, et il n’avait jamais vraiment réussi à trouver sa place dans l’univers.

Était-ce qui les attendait ? Lui, le clone de Carson Beckett, et Ba'al qui était peut-être un mutant au sein de sa propre espèce.

Et Alixe ? Qu'était-elle donc pour être passée d’un univers à l'autre sans utiliser la Porte des étoiles ?

Non… Ils ne seraient pas des exclus tant qu'ils resteraient ensemble.

Alixe serait sans doute d’accord avec lui, mais comment en convaincre Ba'al ? Comment le convaincre, surtout, d’abandonner ses aspirations de conquêtes spatiales et sa soif de domination ?

C'était comme vouloir essayer de dresser un cheval sauvage. Le genre de chose pour laquelle il n’était pas fait.

« Je pourrais vous scanner à nouveau, plus en détail, suggéra-t-il au Goa’uld. Au moins cela nous permettra de voir où en est votre symbiote, et ce qu'il en reste, ou… ce qu'il en est devenu...

Ba'al ne répondit pas.

Il se contenta de ranger ses armes avant de regagner sa place dans le cockpit.

Carson était de plus en plus dérouté par cet… homme. Le plus étrange, c'était qu'il n’avait peut-être pas un aussi mauvais fond que cela. Certaines personnes étaient nées pour faire le bien, d’autre pour faire le mal. Il arrivait parfois, dans chacun des camps, que l'une de ces personnes ne soit pas à sa place et n’aime pas ce qu'elle faisait.

Le tout était de savoir dans quel camp se trouvait vraiment l'ancien dieu phénicien.

Annotations

Vous aimez lire Ihriae ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0