Chapitre 53 / Chapitre 26

11 minutes de lecture

Avec un regard à faire froid dans le dos, Ba'al glissa son sabre dans son fourreau, calme, et se plaça face à la guerrière et à son prisonnier comme s’il était prêt à se rendre.

Carson s'en voulait d’avoir baissé sa garde et de s’être laissé avoir bêtement. Il ne savait comment réparer cette erreur, ni s’il le pouvait. C’était sa vie qui en dépendait.

Ba'al avait besoin de lui, vivant, avait-il dit. Sûrement pas au point de sacrifier sa propre vie.

Il essaya de capter le regard de l'ancien dieu, mais celui-ci était rivé sur celui de la guerrière.

Voyant son ennemi sans arme et à sa merci, mais pas totalement dupe, elle ne desserra que légèrement son étreinte.

Carson sentait toujours la lame sur sa gorge, mais il avait un peu de marge maintenant. De quoi écraser le nez de son adversaire. Bien sûr, il y avait de grands risques pour qu'il se fasse tout de même couper la gorge. Il n’avait rien à perdre, de toutes les façons.

Juste un coup en arrière. Un seul. De toutes ses forces.

Pourtant pas assez fort pour entendre craquer un os ou lui faire lâcher prise, assez pour détourner l'attention du jaffa.

Il ferma les yeux dans l'attente de la réponse fatale.

Au lieu de cela, il se trouva pris en tenaille entre Ba'al et la guerrière. Ba'al bloquait la lame de la femme avec deux Saï, juste assez loin de sa gorge pour qu'il puisse se dégager de l'emprise de la gardienne d’Anat en glissant sa tête hors de l’étau.

Sans vraiment savoir pourquoi, juste parce qu'il sentait que c’était la meilleure chose à faire, il attrapa la poignée du sabre de Ba'al et le tira de son fourreau.

Là s'arrêta son inspiration.

À part dissuader quiconque de l'approcher. Il était dangereux parce qu’il ne savait pas magner ce genre d’arme.

Le faux dieu envoya un coup de genou bien senti dans le ventre de la guerrière qui partit en arrière, pliée en deux. Il lui renvoya un coup de botte au visage qui la mit définitivement hors de combat.

Dans le même temps, il lança ses deux saïs en direction des quatre Goa’ulds qui tentèrent de s'éparpiller tout en réalisant que deux projectiles pour quatre cela ne faisait pas le compte. Mais il n’en suffisait que deux pour réduire leur effectif de moitié.

Aucun d’entre eux ne souhaitait se trouver dans la mauvaise moitié.

Ésus mit trop de temps à réfléchir à cette idée et à réagir en conséquence. L'un des saïs se ficha dans son front et le projeta en arrière. L'autre se planta dans le mur derrière la déesse celte, non sans lui égratigner profondément la joue.

L'une des gardiennes tentait de se relever. Elle n’eut pas le temps d’achever son geste.

Ba'al avait repris son sabre des mains de Carson et lui trancha la gorge.

En tant que médecin, Carson ne pouvait cautionner la mort de ces êtres. D’un autre côté, il ne pouvait condamner l'ancien dieu phénicien qui tentait de sauver leur vie. Il rectifia… Qui venait de lui sauver la vie.

Alors que la plupart des jaffas avaient choisi de se libérer du joug des Goa’ulds depuis longtemps, ceux-là continuaient de les servir délibérément.

Sa vie comme celle de Ba’al dépendaient des décisions de vie ou de mort de celui-ci, et de sa rapidité à les exécuter.

Il ne restait plus que trois Goa’ulds. S'il y avait encore des jaffas quelque part dans ce château en ruines, ils formaient certainement la dernière garde rapprochée de la Reine.

Leur dernière épreuve s'ils survivaient aux trois faux dieux. Sans compter que le quatrième se baladait peut-être dans le coin à la recherche d’un nouvel hôte. Autrement dit, une guerrière, pas tout à fait morte, pouvait se relever. Il n’y croyait pas vraiment, car Ba’al les avait quasiment toutes éliminées définitivement. Les survivantes étaient si mal en point, qu’Esus aurait forcément besoin de reprendre des forces avant de reprendre le combat.

Carson les évalua mentalement.

À eux trois, ils valaient au moins trente jaffas.

Si Ba'al était parvenu à en tuer un, c'était par surprise.

Les autres, en plus de l'avoir observé au combat, étaient dorénavant prévenus.

De plus, il était blessé à l'épaule, ce qui le désavantageait, même s’il essayait de ne pas le montrer.

Sans qu’il s'y attende, Ba'al le repoussa sans violence, mais énergiquement à l'opposé des trois survivants. Il entendait visiblement se battre seul contre eux, et surtout ne pas être gêné par une nouvelle prise d’otage. Il lui remit néanmoins discrètement sa dague.

Carson ne protesta pas. Il préférait se trancher la gorge ou se poignarder le cœur plutôt que devenir l'hôte de l’un de ces parasites et se regarder commettre des atrocités sans pouvoir réagir contre cela.

Mais aurait-il assez de courage pour le faire ?

Ba'al devait gagner la bataille à n’importe quel prix.

Les trois Goa’ulds étaient prêts à attaquer leur ennemi. Ce n’était qu'une question de secondes.

Midas était armé d’un bâton muni d’un crochet, plus ou moins le genre d’outil agricole qui servait à décrocher les pommes des arbres. Blodeuwedd tenait un fouet qui ressemblait fort à une grosse ronce. Scáthach avait une dague dans la main gauche, et le saï de Ba'al qu'elle avait décroché du mur, dans la main droite.

Ils étaient comme des loups tournant autour de leur proie avant sa mise à mort.

Contrairement à une proie ordinaire, celle-ci ne donnait pas l’impression de les craindre.

Ils fondirent ensemble sur Ba'al, sans se concerter.

Le fouet de Blodeuwedd passa si près de sa joue qu'il en fut légèrement égratigné.

Carson le vit alors faire une chose qu'il n’aurait jamais crue possible ailleurs que dans les films asiatiques qu'il trouvait trop irréalistes.

L'ancien dieu phénicien lança l'un de ses saïs en l'air. L'arme monta vers le ciel en tournoyant tandis que son propriétaire, s'aidant du fouet de Blodeuwedd pour tenter de la déséquilibrer, exécutait un plongeon entre les deux anciennes déesses.

Il attrapa l'une des chevilles de la femme fleur, déjà déstabilisée.

Elle chuta en avant. Elle se retourna aussitôt sur le dos et vit avec horreur le saï, retomber du ciel en fendant l'air vers sa gorge. Elle voulut crier, mais son cri s'arrêta net lorsque l'arme se ficha entre sa poitrine et son cou.

Les deux autres, effarés, eurent un moment d’hésitation. Il avait réussi à les surprendre une fois de plus...

Carson comprit soudain pourquoi Alixe voyait plus en lui un dragon qu'un serpent. Il devina aussi pourquoi il avait évoqué une différenciation au sein de sa propre espèce, et pourquoi Midas avait évoqué ceux de la terre, ceux de la mer et ceux du ciel.

Il existait bien plusieurs sortes de serpents, et donc, pourquoi pas de Goa’ulds...

Les dragons étaient des serpents volants. Les Amérindiens avaient un serpent volant pour dieu. Nombre de légendes européennes, datant du Moyen Âge, relataient des combats contre des dragons, et en Asie, ils étaient courants. Bons comme mauvais, ils faisaient partie de nombreuses cultures. Les dragons ou les serpents, ce n’était qu'une question de différenciation...

Le plus célèbre des serpents ne vivait-il pas dans un endroit mythique et céleste ? N’avait-il pas manipulé le Couple Primordial en séduisant la femme, puis l’homme ?

Les Goa’ulds et l'Humanité avaient une existence commune plus longue que tout ce qui avait sûrement été supposé jusqu'alors...

Avec la rapidité d’un chat et la fluidité que l'on pourrait imaginer chez un dragon, Ba'al s'était rétabli sur ses pieds et avait plongé l'un de ses deux derniers saïs dans la nuque de la déesse celte, tandis que l’autre partait en direction de Midas qui n’eut pas le temps, ni l'instinct de l'esquiver. Il le reçut en plein cœur.

Ba'al se dirigea aussitôt jusqu’à son cadavre, en retira le Saï avant de retourner le corps, et replongea l'arme dans sa nuque.

Carson comprit qu'il voulait tuer le parasite avant que celui-ci ne quitte son hôte, devenu inutile, à la recherche d’un nouveau corps à investir.

Sa tâche accomplie, il alla auprès d’Ésus et voulut faire de même.

Carson le rejoignit.

Il fut aussitôt mis à terre par l'ancien dieu. Le médecin tenta de protester et de se relever.

Ba'al le maintint au sol pendant qu’il tâtait sa gorge et sa nuque.

Carson comprit qu’il aurait beau dire qu’il n’avait pas été contaminé, cela n’empêcherait pas le faux dieu de s’en assurer personnellement.

Après tout, il était bien placé pour savoir à quel point un Goa’uld pouvait se dissimuler à l’intérieur de son hôte.

Carson aperçut soudain la créature.

Le symbiote qui avait quitté son hôte tentait d’escalader le rebord glissant du bassin.

« Là-bas… », parvint-il à articuler en désignant le bassin.

La créature disparut sous leurs yeux dans le bassin.

Ba'al aida Carson à se redresser sans dire un mot. S’excuser n’était pas dans ses habitudes, surtout lorsque ses actes étaient légitimes.

Carson réajusta son col en se demandant pourquoi le symbiote avait préféré la fuite plutôt qu'essayer de se trouver un nouvel hôte parmi les blessés.

Ba'al éloigna Carson du bassin.

Le symbiote pouvait revenir à la charge à tout moment. Tant qu'il était en vie, il restait dangereux.

La blessure à son épaule arracha une grimace au faux dieu.

« C’est le moment de faire la preuve de votre utilité, Docteur.

─ Un pansement devrait arrêter momentanément le sang de couler, et une piqûre calmera la douleur.

─ Tant que je garde les idées claires face à Anat. »

Tout en fouillant dans son sac à dos, Carson avait du mal à quitter le bassin des yeux, au cas où le diable en bondirait.

Il aurait préféré être loin d’ici. Très loin.

« Vous ne pensez pas que le message est passé ? On devrait retourner à votre vaisseau.

─ Quand je décide d’une chose, je m’y tiens.

─ Rien ne vous y oblige. »

Le médecin n’ajouta rien de plus, et lui fit une piqûre pour anesthésier la douleur. Il posa ensuite sur la blessure une compresse, enduite d’un baume que le Goa’uld avait choisi.

L’ancien Grand Maître commençait déjà à montrer des signes d’impatience. Il était visiblement pressé d’en finir avec ce qu’il avait décidé.

Carson n’insista pas. Il désinfecterait la plaie plus tard, dans le jumper, au cours du voyage de retour.

Ils quittèrent le jardin, jonché de corps, et plus dévasté qu’il ne l’était à leur arrivée.

Carson jeta un dernier coup d’œil en direction du bassin. Au cas où le symbiote aurait eu l’idée de les suivre…

« S’il ne trouve pas un nouvel hôte d’ici quelques heures, il mourra.

─ Il reste des jaffas en vie…

─ Aucun n’est en état de recevoir un symbiote.

─ Cela vous ennuie, Docteur ?

─ Pas le moins du monde. Je voulais juste m’en assurer.

─ Rassurez-vous, même s’il se trouvait un nouvel hôte, il lui faudrait du temps pour se rétablir. Cette planète s’effondrera sur elle-même avant. »

Carson ne se sentit pas rassuré pour autant. Il ne demandait pas mieux que de quitter cette planète morte. Dans un coin de son cerveau, il y avait une question qu'il se refusait à poser à Ba'al dans l'immédiat. Il devinait que la réponse serait plus déplaisante que toutes celles qu'il avait déjà eues : qu’est-ce qui avait tué cette planète ?

Encore une fois, il se laissa guider par l’ancien dieu phénicien. Il n’avait aucun besoin de lui demander où il comptait aller.

Ils montèrent plusieurs volées de marches dans un escalier étroit dont les pierres usées par des siècles de montées et de descentes avaient été rendues dangereusement glissantes par la cendre. Ils ne rencontrèrent aucune gardienne. Pas de dernière ligne de défense...

Les escaliers conduisaient dans une chambre, celle de la Reine guerrière.

Une chambre de reine exotique exactement telle que Carson l’aurait imaginé si on lui avait demandé de le faire : cossue et confortable, parée de voiles et décorée de coussins de toutes les tailles. Une chambre dont tous les meubles et toutes les étoffes étaient noirs. Cette chambre aurait pu être celle d’une reine vampire… Ou celle de Perséphone.

Il y avait un lit tendu de voiles noires qui trônait au milieu de la pièce. Et plus au fond, dans le seul endroit faiblement éclairé de la pièce, il y avait un autel noir devant lequel se recueillait une forme humaine. Une femme, voilée de noire toute entière.

Même sans sa longue chevelure brune et bouclée qui dépassait du voile, Carson l’aurait reconnue entre mille.

Anat.

Il n’eut aucun besoin que Ba’al lui dise de rester en arrière. Il avait compris de quoi elle était capable. Il s’attendait à voir ses dernières guerrières surgir de derrière les lourdes tentures.

Ba’al laissa respectueusement Anat achever sa prière.

Elle se releva avec une lenteur gracieuse.

Il s’avança vers elle mais ne dépassa pas le lit.

Elle leur tournait le dos, comme si elle n’avait pas senti leur présence. Carson savait que ce n’était pas le cas. Elle était parfaitement consciente de leur présence.

Elle semblait vouloir retarder le moment d’affronter son frère et époux. Aucune de ses guerrières n’était encore apparue pour la protéger.

Qu’attendaient-elles ?

« Je n’ai jamais compris pourquoi, dans ce monde, tu as toujours préféré être une reine et non une déesse, Anat », lui lança Ba’al.

Anat se contenta de tourner la tête sur le côté. Elle lui répondit sans le regarder.

« Une déesse ? Que reste-t-il des anciens dieux et des anciennes déesses, aujourd’hui ? Tu devrais en savoir quelque chose, toi plus que n’importe qui d’autre… Un dieu, ou une déesse, n’existe que s’il y a du monde pour croire en lui, ou en elle. Qui y croit encore ? Aujourd’hui, la plupart des peuples ont d’autres croyances. Même les nôtres ne croient plus en leurs mensonges. Oh, je ne parle pas de toi… Toi, Aqhat, tu n’y as jamais cru… Tu as été clairvoyant… Bien avant les signes avant-coureurs… Une reine n’a aucun besoin que l’on croit en elle. Elle fait ce qu’elle veut. Surtout, elle gouverne ses sujets. Elle a le droit de vie ou de mort sur eux.

─ On a coupé la tête à certaines d’entre elles pour moins que cela… », lâcha Carson comme s’il réfléchissait à voix haute.

Ba’al se retourna vers lui et le fusilla du regard.

Carson haussa les épaules.

« C’est vrai, je pourrais vous donner des noms, mais je doute… »

Il s’interrompit.

Anat s’était enfin tournée vers eux.

Elle s'approcha lentement du lit.

Le médecin eut l’impression que ses pas n’étaient pas très assurés. Il se demanda, un instant, si elle n’était pas ivre.

D’une main tremblante, elle releva le voile noir qui lui cachait le visage.

Jamais Carson n’avait vu plus beau visage.

Même marqué par la fatigue, les joues creuses et des cernes sombres sous les yeux, le visage d’Anat ne soutenait aucune autre comparaison. En quelques heures, il avait vu la laideur et la beauté les plus absolues.

Annotations

Vous aimez lire Ihriae ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0