Sous la lune des blessures
Sous la lune pâle,
je me suis tue.
Les mots sont tombés sur moi
comme des pierres froides,
taillés d’incompréhension,
ciselés d’un mépris déguisé.
Je n’avais plus de force,
le corps usé par les veilles,
l’esprit troublé par la douleur d’un enfant
et par ce silence hostile
qui déchirait mes songes.
On dit que les mots s’envolent,
mais ceux-là se sont plantés dans ma chair,
et chaque écho résonne encore,
comme une cloche de fer
dans la nuit trop longue.
J’aurais voulu la douceur,
j’aurais voulu la main tendue,
un simple regard qui dit :
« On comprend, repose-toi. »
Mais la lune seule m’a offert son écoute,
et son éclat glacé
a recueilli mes larmes.
Il est des trahisons muettes,
des absences plus cruelles que les coups,
et des amitiés qui se fanent
sans bruit,
dans l’ombre d’une salle d’attente.
Alors je baisse les yeux,
je marche au milieu des ruines,
et j’enveloppe mon cœur brisé
dans une armure de fatigue.
Car même blessée,
même épuisée,
je sais encore aimer —
et c’est cela, ma dernière force,
mon ultime détresse,
ma plus douce condamnation.

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