Partie 1 - Lui

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 Des grandes mains se glissent dans le tiroir. Elles fouillent, elles explorent. Les yeux regardent, l’esprit se complète de cette vision. Il a besoin de tout regarder. Cette sensation est plaisante. Les secondes passent. Il profite de chacune d’entre elles pour ancrer dans sa mémoire ce geste coupable. Il ne fait rien de mal, juste regarder.

 Des pas résonnent dans l’escalier. Il referme le tiroir. Personne ne doit savoir ce qu’il a vu.

 — Tu viens ? On t’attend pour jouer.

 Son cœur se met à battre de plus belle lorsqu’elle entre dans la chambre. Elle sourit. Il fait mine de rien : si elle ne savait pas, tout allait bien.

 Elle, c’est Claire. Il aimerait sortir avec elle, mais elle ne veut pas de lui. Pas de cette façon, du moins, mais cela pourrait changer, un jour.

 Claire l’invite à monter à l’étage. Elle sautille d'impatience. Alors il la suit, car ça lui fait plaisir de la voir joyeuse, d’être son ami ; si la chance lui souriait, plus encore à l’avenir.

 Une semaine est passée. Ses mains tortillent toujours.

 Il appuie sur la sonnette. Cette fois, ses yeux ne doivent pas regarder. Ses doigts ne doivent pas glisser. Claire vient lui ouvrir. Elle sautille encore. Sur son invitation, il franchit le portail, traverse le jardin, et entre.

 Nathanaël et Sofia sont déjà là. Il connaît bien Nathanaël. C’est un bon gars, un type sympa qui a bien voulu être son ami, et qui joue avec lui, parfois même sans Claire.

 Et Sofia ? Sera-t-elle son amie ?

 — Tu peux poser tes affaires ici, lui propose Claire.

 Non. Il ne veut pas les poser ici. Il préfère dans la chambre, là où son cœur reluque. Il demande, et ça marche. Ne devrait-il pas en profiter pour lorgner ce tiroir une dernière fois ?

 Il pénètre dans la chambre et y pose ses affaires. Un coup d'œil ne ferait aucun mal à Claire si elle n’en savait rien. Il regarde la poignée, souffle un bon coup, et l’attrape.

 Il ouvre le tiroir. Il contemple.

 Il est de nouveau dans la chambre, mais cette fois-ci, Claire reste. Ils ont été dehors toute la journée. Il lui a acheté un cadeau, et venait de la raccompagner. S’il continuait ainsi, elle finirait par l’aimer, ou, au moins, elle resterait son amie, il en est certain.

 Cette chambre était souvent désordonnée, pleines de couleurs, de souvenirs, de livres, dans le placard, sur le bureau, dans les étagères. Cette pluralité le fascinait. En particulier ce tiroir. Ses mains s’agitent. Il aimerait tant pouvoir l’ouvrir, mais l’heure de partir est déjà arrivée. Son envie le démange de la tête au pied.

 Et le voilà dans l’entrée, toujours insatisfait, Claire à ses côtés, son mal à l’intérieur du cœur. Il attrape ses chaussures contre sa volonté, et fait mine de rien tandis que Claire continuait à lui parler. Elle est toute souriante. Il aime sa bonne humeur, ce visage joyeux.

 C’est à ce moment qu’un miracle se produit.

 — Je t’attends dehors, je dois aller fermer le sous-sol.

 Oh Dieu. Sa prière avait été entendue. Claire se précipite dans le jardin, guillerette. Elle disparaît de son champ de vision en une fraction de seconde. Il n’est plus surveillé. Il repose ses chaussures et se rue dans la chambre.

 Ça y est, il est face au tiroir. Le temps presse, alors il l’ouvre, et se dépêche d’assouvir ses pulsions. Il fouille. Il touche. Une odeur de lavande lui monte au nez. Le contact au bout de ses doigts est agréable, doux, et rassurant.

 Le danger le ramène à la réalité. Il referme le tiroir sans ranger ; nul besoin de le faire, toute la chambre est désordonnée. Personne dans les escaliers. Personne dans le salon. Pas de Claire dans l’entrée. Le voilà revenu sur le banc à chaussure, comme si rien ne s’était passé, car, si Claire ne savait pas, alors ça serait tout comme.

 Il sort.

 Claire l’a de nouveau invité, et il ne vient pas les mains vides. Hier, il a arpenté tout Paris afin de dénicher le livre dont elle avait besoin pour ses études, et il s’était fait rare ; L’Île de Robert Merle avait la couverture d’un bouquin ennuyeux, et pourtant, il était fier de lui apporter. A cause de son travail, il ne pourrait pas rester bien longtemps, mais chaque heure en présence de Claire comptait.

 Il s’installe dans la chambre, en face du plateau grande taille de dame chinoise, et observe les billes colorées disposées en étoile. Claire gagnait toujours, mais si cela lui faisait plaisir, alors il était heureux. Peut-être arrivera-t-il à la battre un jour.

 L’heure passe trop vite. Malgré les longues réflexions et les silences, les billes sautillent, bougent, se déplacent face à son hésitation, ses décisions incertaines. Faisait-il les bons choix ?

 Non, puisque Claire gagne encore. La partie n’était même pas serrée. Et l’heure de partir était arrivée dans qu’il n’ai rien pu faire. Il aide à ranger, le cœur lourd et déçu. Les billes pèsent au creux de ses mains. Bien sûr, il y aura d'autres fois, mais il aurait voulu jouer encore.

 — Au fait, s'exclame Claire, je ne t’ai pas montré mon dernier dessin sur la tablette. Elle charge dans le salon, je t’attends là-bas le temps de te retrouver ça ?

 Un neurone court-circuite dans sa tête. Il n’en revient pas, la chance lui souriait de nouveau. Il acquiesce. Claire se lève, et décampe dans les escaliers, toute excitée. Il remballe ses affaires plus vite que jamais, et, cela fait, il se tourne vers l’objet de sa convoitise. Le tiroir.

Nul besoin de voir la suite, nous savons qu’il l’a ouvert.

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