Prologue-Mythe

3 minutes de lecture

Avant la lumière. Avant le souffle. Avant le temps. Il n’y avait rien. Ni ciel, ni monde ; seulement le Néant.

De ce Néant naquirent les Sans-Fin. Combien ils furent ? Combien il en reste ? Nul ne le sait. Mais tous, quelque part, attendent la fin.

Ni homme ni femme, pas faits de chair, ils existaient seulement par la Volonté pure : l’idée même de créer. Mais la création n’était pas un don ; c’était une lutte. Les Sans-Fin ressentirent le poids du vide, le besoin viscéral de combler ce manque par l’acte de créer. Alors, ils se mirent à saigner.

De leur sang, ils firent naître toutes choses. Et de ce même sang naquit le retour au Néant, avec une seule intention : comprendre, exister. Créer, pour un Sans-Fin, c’était s’effacer du temps, offrir une part de soi. Plus il versait, plus il disparaissait. Revenir devenait plus long, plus difficile. Un Sans-Fin ne possédait que deux richesses : le sang et le temps.

Lorsque le but de la création était atteint, le Sans-Fin revenait avec son œuvre ; une œuvre à sa forme la plus vulnérable, encore naissante. Il revenait selon la volonté du Néant : parfois des siècles plus tard, parfois après quelques secondes seulement. Alors, il contemplait un monde transformé ; un monde dans lequel il devait désormais vivre et veiller sur ce qu’il avait engendré.

Certains perdaient la mémoire, comme si chaque création effaçait la précédente. D’autres, sans même en comprendre la raison, abandonnaient leur œuvre, incapables d’en saisir le sens ou l’existence même. Les plus lucides, eux, se souvenaient : pour apprendre, pour mieux créer. Et le souvenir, pour un Sans-Fin, était une douleur plus lourde que la mort. Car celui qui ne connaît pas de fin ne craint pas l’oubli. (Prendre forme ici)

Les Sans-Fin erraient donc parmi leurs propres créations, déséquilibrant le monde à chaque nouvel acte de naissance. Un cycle sans fin. On dit qu’au commencement, ils créaient sans répit, et que leurs œuvres n’étaient que des essais imparfaits, voués à se détruire. Ils versaient leur sang sans mesure, et leurs créations les engloutissaient. Peu survécurent à leur propre œuvre. Leur essence se fondit dans le sang et la poussière, et leurs cœurs battent encore, quelque part, dans les veines de la terre. (donc certaine sont devenu matière du monde)

Ceux qui restèrent apprirent la prudence. Ils comprirent que chaque création appelait son contraire, que rien ne pouvait exister sans son ombre. Autrement, le monde s’effondrerait sous son propre poids.

Certains voulurent créer non plus pour exister, mais pour aimer. Mais aimer, pour un Sans-Fin, c’était déchoir. Car l’amour attache, et seul un Sans-Fin peut exister pour l’éternité. Lorsqu’un Sans-Fin aime, son sang s’alourdit. Il perd sa clarté, sa lumière se ternit, et son éternité commence à s’effriter. C’est lent, silencieux, comme la chute d’une étoile dans l’eau noire du Néant.

Les créations, elles, grandissaient, se mêlaient, se détruisaient. Mais jamais le père ni la mère ne pouvait anéantir sa propre œuvre. Le Sans-Fin était condamné à contempler la danse fragile de l’équilibre : adoré et détesté à la fois par ses enfants, en guerre contre ses semblables, impuissant face à ce qu’il avait donné.

Ne pouvant ni détruire ni reprendre la création, les Sans-Fin l’abandonnèrent.

Les Sans-Fin marchent encore, dit-on. Certains veillent, d’autres observent. Ils vivent parmi les mondes, silencieux, fatigués, cherchant à comprendre pourquoi le vide les appelle encore. Car tant qu’ils existent, ils créent. Et tant qu’ils créent, il n’y aura jamais de fin.

Et parmi eux, dit-on, il en est un dont le sang a trop aimé…

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Stéphanie Girard ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0