Chapitre 6: Le maître et ses sbires.

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Au moment où Mr Gérard Lemaitre invite les messieurs de la police à entrer, il s’installe derrière son bureau, avec son air docte et suffisant, qui a le mérite d’agacer plus que d’impressionner.

Lemaitre, qui a commencé à sentir la panique monter en lui dès qu’il a entendu Gisèle lui annoncer ses invités surprises, se sent rassuré. De simples poulets qui seront faciles de mener en bateau. Et puis après tout, il ne s’est jamais rendu à la rue Demarquay. Guidrish, en revanche…

Les deux policiers se présentent, lui montrant leurs cartes de police, puis commencent à l’interroger.

- « Monsieur Lemaitre, vous êtes le directeur de cette étude n’est-ce pas ? »

Lemaitre acquiesce.

- « Nous venons en visite de routine, juste pour éliminer quelques pistes. Nous savons que la Mairie vous a confié le dossier de la rue Demarquay. »

- « En fait, non. » intervient Lemaitre. « C’est mon nouvel associé, M. Guidrish qui nous a amené cette affaire. Je ne savais pas qu’il avait négocié ceci directement avec la Mairie. »

- Ah ? Vraiment ? Et qui est ce Monsieur ?

- C’est un homme d’affaire albanais ou slovaque, enfin d’un de ces anciens pays communistes. Il fait du business avec certaines entreprises de construction. C’est un promoteur immobilier. Vous savez, nous travaillons beaucoup avec ce corps de métier. Ils sont notre fonds de commerce ! »

- J’entends bien, Monsieur. Justement, j’imagine que ce Monsieur Guidrish a dû vous amener sur les lieux, n’est-ce-pas ?

- Eh bien, pas encore pour être franc. »

A ce moment-là, la porte s’ouvre. Justement, quand on parle du loup… Toujours aussi fringant et affable, Guidrish se présente aux policiers, puis ferme la porte derrière lui.

Lemaitre regarde Guidrish et une idée brillante lui vient à l’esprit : intéressant qu’un ruskof lui propose un dossier qui s’avère être le lieu d’un crime ! Si jamais quelque chose tournait au vinaigre, il serait le bouc émissaire idéal. On n’aura qu’à mettre le forfait sur le compte de la mafia russe, ou albanaise, enfin par là-bas, quoi.

Lemaitre se sent vraiment détendu maintenant. Il peut s’installer plus confortablement dans son siège en cuir.

- « Monsieur Guidrish » demande le plus ancien des policiers, « C’est vous qui aviez proposé le projet de la rue Demarquay à l’étude de M. Lemaitre ? »

- « Oui, Capitaine… » il regarde subrepticement la carte que les policiers lui ont remis presque automatiquement lorsqu’il s’est présenté. « … Garcia. C’est bien ça, n’est-ce pas ? »

- « Exact Monsieur. Nous avons quelques questions à vous poser. Ne vous inquiétez pas, ce ne sont que des questions de routine, nous sommes au tout début de l’enquête. J’imagine qu'en tant que promoteur, vous connaissez bien les lieux de la rue Demarquay ?

- Oui, Capitaine. Tout à fait. J’ai dû faire le repérage des lieux afin de vérifier les plans confiés par la Mairie et aussi évaluer les travaux possibles à effectuer. Donc oui, je connais bien les lieux.

- Quand y étiez-vous pour la dernière fois ?

- Il y a quatre ou cinq jours. Pour faire le point, comme je vous disais. Pourriez-vous s’il vous plait m’expliquer la raison de votre intérêt soudain pour la rue Demarquay ? »

Le capitaine Garcia jette un regard entendu à son jeune acolyte.

- « Deux corps calcinés ont été découverts dans la cave du bâtiment. Il s’agit, selon toute vraisemblance, d’un assassinat. Je ne peux malheureusement pas vous en dire plus.

- « Comment ? » Lemaitre, dont le visage a brusquement blêmi, prend un faux air offusqué. « Mais… mais, comment allons-nous faire ? Nous avons déjà les permis accordés pour travailler sur les lieux ! Cela va être extrêmement fâcheux pour l’avancée de nos projets ! Nous devions invest… »

- « Monsieur Lemaitre ! » Guidrish interrompt Lemaitre dans sa complainte hors de propos. « Deux personnes ont été tuées. S’il-vous-plait, nous devons apporter toute notre collaboration à ces messieurs, qui ne font que leur travail. Quant aux investissements, c’est mon problème. Ne vous en faites pas. »

- « Ah… Mon cher Guidrish ! Vous avez raison. Veuillez m’excuser Messieurs. »

A ce moment précis, la porte s’ouvre à nouveau. C’est la jolie petite Lisa qui entre avec une tasse de café et un dossier sous le bras. Elle avance tout sourire vers son bureau, lui dépose sa tasse de café et pose, bien en vue, au milieu de son bureau, le dossier de la rue Le Coq. Le sang de Lemaitre ne fait qu’un tour. Ah ! La petite conne ! Les flics, qui ont les yeux qui trainent partout, ne manquent pas de relever le nom du dossier. L’air le plus détendu qu’il peut, Lemaitre prend le dossier et le range dans son tiroir. Il aurait juré, en relevant les yeux vers ses visiteurs, que Guidrish le fusillait du regard. C’est le stress, sans doute. Les policiers rendraient n’importe qui un peu paranoïaque.

Heureusement, le Capitaine de police et son associé sont plus intéressés par Lisa. Ils relèvent son identité, prennent ses coordonnées et la petite greluche s’en va, l’air de rien.

Le Capitaine Garcia se tourne alors vers Lemaitre et Guidrish tour à tour.

- « Messieurs, je vous demanderais la même chose. »

Les deux hommes sortent chacun une carte de visite et les donnent au Capitaine Garcia, qui les fourre dans la poche interne de sa veste.

- « Merci. Ce sera tout pour le moment. Je vous demanderais cependant de rester sur Paris. L’enquête ne fait que commencer et nous risquerons d’avoir besoin de vos lumières au fur et à mesure de l’avancement de nos investigations. »

Garcia leur fait alors un signe de tête, en guise d’un au revoir, puis quitte le bureau, suivit de son collaborateur, Mandrin.

Guidrish se retire nonchalamment du mur contre lequel il était appuyé, et se dirige tranquillement vers la porte, lorsque Lemaitre l’interrompt, d’une voix chevrotante, trahissant sa nervosité grandissante :

« M. Guidrish… tout cela est bien fâcheux, n’est-ce-pas ? Dois-je m’inquiéter pour la suite des opérations ? Notre projet a tout l’air d’être bien compromis et…

- Ne vous inquiétez pas, M. Lemaitre. Ce n’est qu’un contretemps. Comme je vous l’ai dit, aidons la police, afin que nous puissions reprendre nos affaires dans les meilleurs délais… En attendant, je dois vous laisser. Vu la situation, je me dois de prévenir les autres investisseurs. Et les rassurer surtout ! ». Puis d’un signe de tête, Guidrish prend congé de son associé et se rend calmement à son bureau, les mains dans les poches.

Dès que la porte se ferme, et après s’être assuré que plus personne n’était aux alentours, Lemaitre, s’épongeant le front ruisselant de sueur avec un vieux mouchoir à carreau, qu’il remet nerveusement dans une des poches de son veston, se jette frénétiquement sur son téléphone portable :

« Allo? Docteur ? Ici Lemaitre… Nous avons un problème… »

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