Chapitre 11 : "Chaussette"
Vendredi 7 décembre, vers 22h.
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Comment se pouvait-il que le meurtrier fasse autant de gaffes. Il voulait se faire coincer peut-être ? Laisser une de ses victimes vivantes. Ça c’était bien une première ! Parfois, les tueurs en séries, après toute une série de crimes sans être attrapés, deviennent beaucoup plus confiants, pensant agir en toute impunité et, justement, c’est là que la police peut les coincer. Mais à quel prix ? Combien de vies humaines sacrifiées pour arrêter un tel malade. Pour Garcia, c’est inacceptable. Mais peut-être que ce soir, enfin, il aura le fin mot de l’histoire.
Le capitaine Garcia arrive en trombe au commissariat du 4ᵉ arrondissement de Paris. Il espère peut-être voir ou croiser sur son chemin Lisa Mauragnier. Cependant, arrivé au poste, le réceptionniste, un bleu sorti tout frais de l’école de police, l’informe qu’elle vient de partir avec une patrouille.
Et merde ! Tant pis, je la verrai demain.
Alors qu’il fait demi-tour pour rentrer chez lui, l’agent à la réception l’arrête à la sortie en le hélant :
– Capitaine ! Il y a un autre témoin. Elle est en ce moment en salle d’interrogatoire avec la lieutenante Kairouan.
Encore un autre témoin ! Non, décidément, le gars veut vraiment se faire chopper. Ou alors, il s’est grillé lui-même les neurones à un tel point qu’il a maintenant un QI négatif, se dit Garcia. Mais bon, ce n’est pas moi qui vais me plaindre…
– Je peux voir le témoin ?
– Comme je vous disais, elle est en salle d’interrogatoire avec la lieutenante Kairouan. Elles viennent juste d’y entrer. Mais si vous voulez, je peux vous installer dans l’arrière-salle qui donne sur la salle d’interrogatoire.
– Oui ! Tout de suite.
Le jeune agent de police accompagne Garcia jusqu’à l’antichambre. La salle est sombre et exiguë. Mais une fenêtre, sûrement un miroir sans tain, permet de voir, sans être vu, la pièce où se trouvent la lieutenante Kairouan et une dame d’âge moyen qui ressemble vaguement à une petite fouine. En revanche, on n’entend rien. Ce que remarque immédiatement Garcia.
– Vous pouvez allumer le micro ?
– Euh… oui… pardon.
Le jeune officier s’exécute et tourne l’interrupteur qui permet d’écouter en toute discrétion la conversation.
– … Il était nu comme un ver…
– C’est qui elle ? C’est le témoin ? demande le capitaine.
– Oui. C’est Madame Martin. Elle est concierge au 3 rue du Pressoir. C’est l’immeuble où vit Mademoiselle Mauragnier. Elle dit qu’elle a vu un homme nu dans l’appartement de la victime.
– … Il avait plein de cicatrices dans le dos…
– Et qu’est-ce qui s’est passé exactement ? C’est vous qui avez accueilli Mademoiselle Mauragnier ?
– Oui. Elle était sacrément secouée ! Elle dit qu’elle s’est fait agresser chez elle. Elle avait des contusions sur le visage. La lieutenante Kairouan a pris sa déposition. Vous pouvez la consulter si vous voulez.
– … Il tenait un plaid dans ses mains…
– Et elle peut faire une description de son agresseur ?
– Elle doit revenir demain, je crois, pour faire un portrait-robot.
– Et quel type d’agression ? Sexuelle ?
– Apparemment non. Ou du moins elle était très claire là-dessus. Je ne sais pas, peut-être un simple vol qui aurait mal tourné, ou pire… Peut-être qu’il n’a pas eu le temps de terminer le travail ?
– … On aurait dit un homme de l’Est vous savez ? Peut-être un mafieux russe…
Soudain, Garcia s’exclame :
– Quoi ?! Elle vient de dire quoi là ?
– Euh… un mafieux russe ?
– Je veux parler au témoin. TOUT DE SUITE !
– Mais capitaine, je ne peux…
– Je suis capitaine de la Criminelle. C’est une affaire de double meurtre dont on parle là. C’est mon affaire et cette dame est un témoin clé. Elle avait peut-être le meurtrier en face d’elle. Je veux reprendre l’interrogatoire MAINTENANT. C’EST UN ORDRE !
Garcia a les yeux qui lui sortent presque des orbites, tant l’adrénaline lui est montée à la tête. Il le tient, peut-être. Et ses soupçons pourraient bien être confirmés.
– Bien, capitaine.
Le jeune agent s’exécute, sort de la pièce, toque trois coups à la porte du bureau des interrogatoires et l’entre-ouvre. Garcia est derrière lui, fulminant. Après quelques brefs échanges, l’agent laisse entrer Garcia, qui, dans l’excitation du moment, renverse presque le jeune homme contre la porte et rentre comme une furie dans la salle. Il pose brusquement ses deux mains sur le bureau, face à Madame Martin, qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer, bousculant la lieutenante Kairouan installée confortablement sur sa chaise.
– Bonsoir, Madame Martin. Je suis le capitaine Garcia de la Criminelle. Décrivez-moi EXACTEMENT ce que vous avez vu dans l’appartement de Mademoiselle Mauragnier, ce soir.
Madame Martin reste bouche bée, prostrée dans le fond de sa chaise métallique.
– Ben… j’ai vu un homme…
– Super ! Et il était comment cet homme ? Il faisait quoi ?
– Il était tout nu et il regardait l’ordinateur en tenant un plaid dans ses mains,
répond Madame Martin, toujours sous le choc.
– Vous dites que c’était un mafieux russe ?
– Euh, je ne sais pas moi ! Je voulais dire qu’il avait l’air de l’Est. Il était très blanc avec plein de cicatrices dans le dos… et… ses yeux… ils étaient bizarres… ils brillaient et ils étaient jaunes ou… en or !
Garcia se relève brutalement, sort de la salle d’interrogatoire et commence à pianoter d’une main sur son téléphone portable qu’il porte immédiatement à son oreille, alors qu’il se dirige vers la sortie du commissariat.
– Mandrin ? Je veux que tu contactes le proc immédiatement. Il me faut un… Quoi ? Oui, je sais, il est bientôt minuit… ET ALORS ?? Je veux un mandat d’arrêt immédiatement contre Gidrís Egon Farkas… Hein ? OUI ! GIDRIS ! On le tient, Mandrin. On a un témoin direct qui l’a formellement identifié et une victime qui a survécu… La jeune secrétaire, Mauragnier… Je t’envoie toutes les infos tout de suite sur ligne sécurisée. Et demain matin, je veux une patrouille à l’étude de Lemaitre. On va le cueillir quand il arrivera au bureau.

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