Chapitre 13 : Pensées du passé au présent.

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Samedi 8 décembre, 06 :30

Le réveil sonne, avec un son sourd et tonitruant, indiquant les chiffres 06 :30. Une main masculine écrase le buzzer et le vacarme s'arrête brusquement.

Dans son immense lit King Size et enroulé dans ses draps de soie, l'homme se retourne, s'étire, retire les draps et se met en position assise sur le bord du lit, frottant son visage entre ses mains pour mieux se réveiller.

Les muscles saillants de son corps sont bardés de lignes rosâtres, anciennes cicatrices témoignant d'évènements certainement tragiques, mais en tout cas violents.

Une autre sonnerie vient perturber le silence salvateur, celle du smartphone qui est posé sur la table de nuit. Guidrish tourne la tête vers le meuble sur lequel se trouve l'appareil, le prend, glisse son doigt sur le cadran et une image s'affiche, indiquant qu'un Face Time vient d'être ouvert. Apparait alors le visage d'un jeune homme asiatique et aux traits tirés.

- « Jó reggelt (Bon matin) Chaussette !

- Kuss Fiú (Tais-toi, garçon). T'es déjà réveillé, Bleda ?

- Ne m'appelle pas comme ça !

- Ben quoi. C'est ton nom de naissance, non ?

- Je m'appelle Ho-Jin, maintenant.

- Pourquoi tu as honte de ton nom ? C'était celui d'un roi. Et, de surcroit, de ton grand-oncle. Bon, qu'est-ce que tu veux, petit prince ?

- J'ai effectué quelques recherches après notre folle nuit d'hier soir, à propos de cette Salomé et les liens éventuels qu'elle aurait avec Lisa Mauragnier... Hé, tu ne m'avais pas dit qu'elle était mignonne ! Ez egy szép cica, mondd... (c'est une jolie poupée, dis donc...)

- Oui. Et ? Qu'est-ce que tu as trouvé ?

- Elles ont un lien de parenté ! Salomé est sa grand-mère. En revanche, je n'ai trouvé aucune trace de la mère, pour l'instant. Mais, je vais reprendre mon investigation. J'ai dû louper un truc. Tu m'avais dit qu'elle n'avait aucun pouvoir, cette Lisa ?

- Non. Je t'ai dit que je ne ressentais aucun fluide en elle. Normalement, lorsque quelqu'un a un pouvoir, je le sens toujours, même si le pouvoir est minime. Elle, elle est vide. Ou plutôt, c'est comme si un mur m'empêchait de percevoir quoique ce soit en elle. C'est très étrange.

- Ce que je trouve encore plus bizarre, c'est que si elle a subi le faisceau démoniaque, elle était sacrément en bon état ! Elle aurait dû être incapable de tenir debout et même de parler. On aurait dû la retrouver aux urgences. Ou à la morgue ! » Remarque Ho-Jin.

Alors qu'il écoute attentivement Ho-Jin via Face-Time, Guidrish se lève, se dirige vers le séjour, pose le smart phone sur le comptoir de la grande cuisine ouverte, équipée dernier cri, allume la machine à café, y glisse une tasse et une capsule dans le petit réservoir. Le liquide noir et chaud s'écoule doucement dans le récipient.

- « Oui. Tu as peut-être raison. Ou probablement que le démon n'a pas eu le temps d'effectuer son travail ? Mais, non, j'ai vu les faisceaux lumineux qu'il a lancés dans ses yeux. Elle aurait dû terminer en légume. Et, si c'était une humaine normale, elle serait morte en quelques secondes. » Dit Guidrish, pensif, en prenant sa tasse de café et en la sirotant lentement.

L'homme, tenant toujours sa coupelle à la main et buvant le nectar encore brulant, s'avance nonchalamment vers la grande baie vitrée qui donne sur le complexe de bâtiments ultra-modernes du quartier de la Défense. Il est plongé dans ses pensées, réfléchissant aux différents évènements récents qu'il vient de vivre. Pourquoi elle ? Qu'est-ce qu'elle est ? Guidrish se souvient que c'était exactement ce que le démon avait demandé à Lisa, juste avant qu'il ne lui saute à la gorge pour l'empêcher de commettre l'inévitable sur la jeune femme. Il se dirige vers le smartphone, le place devant son visage et demande avec un petit sourire :

- Bleda ? pourquoi Ho-Jin ? C'est quoi ce nom ?

- C'est coréen. J'aime bien, c'est tout. Et, c'est à la mode, la K-Pop. C'est cool et ça plait aux filles.

- Mais tu n'es pas coréen. Tu es un Hun. Tu aurais pu être notre roi vu ton ascendance.

- Non Egon. » Ho-Jin prend un air grave, ce qui n'est pas habituel. Guidrish sent qu'il a touché une corde sensible chez le « jeune » homme. « Les Huns n'existent plus », rétorque Ho-Jin. « Ma famille a depuis longtemps disparu. La mort de mon grand-père a tout emporté. Et, nous sommes là, à pourchasser les démons pour nos Créateurs. Enfin, comme Huns, il ne reste que toi, moi et les autres frères.

- Je ne suis Hun que par adoption. Je suis un pannonien », répond Guidrish avec une pointe de fierté dans la voix.

- « Oui, c'est vrai, tu étais dans l'autre camp avant de m'avoir sauvé la vie, tu te souviens ? Tu étais un valeureux soldat romain recueilli par mon peuple, mais tu es un vrai guerrier hunnique maintenant ! »

Guidrish esquisse un petit sourire :

- « Ce n'est pas ce qui est écrit sur mon passeport, Bleda, fils de Ellac. »

- Pourquoi ces remarques, Egon ?

- Parce que je préfère t'appeler par ton vrai nom. Je suis nostalgique. C'est tout. Peut-être que le temps nous joue des tours et qu'il nous fait sombrer dans l'oubli. Je ne veux pas oublier le passé. Jamais ! C'est ce qui me donne la force de me battre et continuer la quête, coute que coute.

- Je comprends Egon. Mais, tu sais, on a perdu autant que toi dans cette guerre et ton désir de vengeance sur les Dieux rouges ne te ramènera pas ceux que tu as aimés. En revanche, si on sauvegarde ce monde de leur influence, probablement, nous pourrons recouvrer une vie normale, avec une temporalité normale, sans voir nos enfants mourir de vieillesse ou nos femmes, leurs mères être massacrées par ces monstres. Pense au futur, Egon. Le passé est terminé. Bats-toi pour un avenir radieux, pas pour des drames aujourd'hui révolus.

- Tu sais, Bleda, tu es peut-être le plus jeune d'entre nous, mais la sagesse du Grand Roi, ton grand-père, transpire dans tes veines. Je suivrai tes conseils, Ô Mon Prince. Du moins, dès que j'aurais compris tout le nœud de cette histoire et qui est cette fille, exactement. J'ai un mauvais pressentiment. Quelque-chose de crucial nous a échappé, j'en suis sûr. Cette Lisa est le maillon manquant de cette chaine.

- Et sa mère !

- Oui. La mère... » Guidrish semble retrouver son énergie. Peut-être le café noir qui commence à faire son effet. « Gamin, envoie-moi la nouvelle adresse de Salomé et ses coordonnées. Je dois aller la voir. Tant pis pour la police. Je ne serais pas long. C'est une question de quelques jours au pire. Mais, couvre-moi si jamais. Je dois quand même passer au bureau ce matin pour récupérer quelques affaires. Si tu peux garder un œil sur Lisa pendant mon absence, fais-le. Cette fille est en grand danger.

- Okva ! Je t'envoie tout ça au plus vite. Je surveillerai la cica (Littéralement chaton. Veut dire aussi jolie fille en argot). T'inquiète, je te couvre : tu es sur mes capteurs, je sais toujours où tu es, Guerrier de la Lumière ! »

Guidrish esquisse un sourire et pose son doigt sur l'écran digital afin de fermer la conversation :

- À plus tard, mon frère d'armes.

- À plus dans le bus, Poto ! »

Une demi-heure plus tard, une Maserati grise coupée sport sort dans un vrombissement furieux du garage souterrain d'un immeuble haut standing dans le quartier huppé de la Défense et file sur le périphérique vers le centre de la capitale.

Pendant ce temps, dans le huitième arrondissement, sur la rue de l'étude de Monsieur Lemaitre, une voiture noire banalisée se gare sur le trottoir. Trois hommes en civil, armés, en sortent et se placent proche de l'entrée de l'immeuble, aux aguets, surveillant les moindres arrivées des véhicules dans le quartier.

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