Chapitre 12 : Pensées du passé au présent.
CHAPITRE 12
Pensées du passé au présent.
Samedi 8 décembre, 06 :30
Le réveil sonne, avec un son sourd et tonitruant, indiquant 06 h 30.
Une main masculine écrase le buzzer et le vacarme s’arrête brusquement.
Dans son immense lit king size, enroulé dans des draps de soie, l’homme se retourne, s’étire, rejette les couvertures et s’assied sur le bord du lit, frottant son visage entre ses mains pour chasser les derniers vestiges du sommeil.
Les muscles saillants de son corps sont bardés de lignes rosâtres, anciennes cicatrices témoignant d’événements certainement tragiques — en tout cas violents.
Une autre sonnerie trouble le silence salvateur : celle du smartphone posé sur la table de nuit.
Guidrish tourne la tête vers l’appareil, le saisit, glisse son doigt sur l’écran. Une image apparaît, indiquant qu’un FaceTime vient de s’ouvrir. Le visage d’un jeune homme asiatique, aux traits tirés, s’affiche.
— Jó reggelt (bon matin), Chaussette !
— Kuss, kölyök ! (tais-toi, gamin). T’es déjà réveillé, Bleda ?
— Ne m’appelle pas comme ça !
— Ben quoi. C’est ton nom de naissance, non ?
— Je m’appelle Ho-Jin, maintenant.
— Pourquoi tu as honte de ton nom ? C’était celui d’un roi, autrefois. Bon, qu’est-ce que tu veux, petit prince ?
— J’ai effectué quelques recherches après notre folle nuit d’hier soir, à propos de cette Salomé et des liens éventuels qu’elle pourrait avoir avec Lisa Mauragnier… Hé, tu ne m’avais pas dit qu’elle était mignonne ! Ez egy szép cica, mondd… (c’est une jolie poupée, dis donc…)
— Oui. Et ? Qu’est-ce que tu as trouvé ?
— Elles ont un lien de parenté ! Salomé est sa grand-mère. En revanche, je n’ai trouvé aucune trace de la mère, pour l’instant. Mais je vais reprendre mes investigations. J’ai dû louper un truc. Tu m’avais dit qu’elle n’avait aucun pouvoir, cette Lisa ?
— Non. Je t’ai dit que je ne ressentais aucun fluide en elle. Normalement, lorsque quelqu’un a un pouvoir, je le sens toujours, même s’il est minime. Elle, elle est vide. Ou plutôt, c’est comme si un mur m’empêchait de percevoir quoi que ce soit en elle. C’est très étrange.
— Ce que je trouve encore plus bizarre, après ce qu’elle a subi, elle était sacrément en bon état ! Elle aurait dû être incapable de tenir debout, et même de parler. On aurait dû la retrouver aux urgences. Ou à la morgue ! remarque Ho-Jin.
Tout en écoutant le “gamin”, Guidrish se lève, traverse le séjour et pose le smartphone sur le comptoir de la cuisine ouverte, équipée dernier cri.
Il allume la machine à café, glisse une tasse et une capsule dans le réservoir. Le liquide noir s’écoule lentement.
— Oui… Tu as peut-être raison. Ou probablement que l’agresseur n’a pas eu le temps d’effectuer son travail ? Non. J’ai vu les faisceaux lumineux qu’il a lancés dans ses yeux. Elle aurait dû terminer en légume. Et si c’était une humaine normale, elle serait morte en quelques secondes.
Il porte la tasse à ses lèvres, pensif.
Guidrish s’avance vers la grande baie vitrée donnant sur le complexe ultra-moderne de La Défense. Il contemple la ville, plongé dans ses réflexions.
Pourquoi elle ?
Qu’est-ce qu’elle est ?
« Qu’est-ce que tu es ? »
C’était exactement ce que le démon avait demandé à Lisa, juste avant qu’il ne lui saute à la gorge.
Il revient vers le téléphone, esquisse un sourire.
— Bleda ? Pourquoi Ho-Jin ? C’est quoi ce nom ?
— C’est coréen. J’aime bien, c’est tout. Et c’est à la mode, la K-Pop. C’est cool et ça plaît aux filles.
— Mais tu n’es pas coréen. Tu aurais pu être notre roi vu ton ascendance.
— Non, Egon.
Mon peuple n’existe plus.
Et nous sommes là pour réparer ce qui a été brisé. »
Rétorque Ho-Jin, la voix légèrement éraillée.
Guidrish esquisse un petit sourire.
Ho-Jin, perplexe, interroge :
— Pourquoi ces remarques, Egon ?
— Parce que je suis nostalgique, c’est tout. Peut-être que le temps nous joue des tours et qu’il nous fait sombrer dans l’oubli. Je ne veux pas oublier le passé. Jamais. C’est ce qui me donne la force de me battre et de continuer la quête, coûte que coûte.
— Je comprends, Egon. Mais ton désir de vengeance ne te ramènera pas ceux que tu as aimés. En revanche, si nous empêchons le pire, pourrons-nous probablement recouvrer une vie normale, avec une temporalité normale. Pense au futur, Egon. Le passé est terminé. Bats-toi pour un avenir radieux, pas pour des drames aujourd’hui révolus.
— Tu sais, Bleda, tu es probablement le plus jeune d’entre nous, mais la sagesse de ton grand-père transpire dans tes veines. Je suivrai tes conseils.
Du moins, dès que j’aurai compris tout le nœud de cette histoire et qui est cette fille, exactement.
J’ai un mauvais pressentiment.
Quelque chose de crucial nous a échappé, j’en suis sûr.
Cette Lisa est le maillon manquant de cette chaîne.
— Et sa mère !
— Oui… la mère.
Murmure Guidrish, retrouvant soudain de l’énergie.
– Envoie-moi la nouvelle adresse de Salomé et ses coordonnées. Je dois aller la voir. Tant pis pour la police. Je ne serai pas long. Mais couvre-moi si jamais. Je dois quand même passer au bureau ce matin pour récupérer quelques affaires. Et si tu peux garder un œil sur Lisa pendant mon absence, fais-le. Cette fille est en grand danger.
— Okva ! Je t’envoie tout ça au plus vite. Je surveillerai la cica. T’inquiète, je te couvre. Tu es sur mes capteurs, je sais toujours où tu es, vieux loup !
Guidrish esquisse un sourire et pose son doigt sur l’écran digital pour couper la conversation.
— À plus tard, mon frère d’armes.
— À plus dans le bus, poto !
Une demi-heure plus tard, une Maserati grise quitte le parking souterrain de La Défense dans un rugissement sourd et s’élance vers le centre de Paris.
Pendant ce temps, dans le huitième arrondissement, une voiture noire banalisée se gare devant l’étude de Maître Lemaitre.
Trois hommes en civil en descendent et prennent position, aux aguets.
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