Chapitre 13 : Présumé coupable.

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Samedi 8 décembre, 8 h

Il est bientôt huit heures du matin. Paris s’est éveillé depuis un petit moment déjà. La matinée est fraîche, mais l’absence de nuages annonce une journée ensoleillée.

Mademoiselle Brunois sort du métro, les traits encore tirés d’une nuit passée à se morfondre sur les événements de la veille : la police, M. Guidrish et Lisa, M. Lemaitre, les meurtres dans le bâtiment de la rue Demarquay. Cela fait beaucoup pour la pauvre Gisèle, qui a dû commencer la journée avec ses antidépresseurs pour garder le moral, et un café bien serré pour rester éveillée.

Alors qu’elle arrive à proximité du bâtiment, malgré la dose de calmants qui aurait dû la rendre relativement inconsciente de son environnement immédiat, elle a le sentiment que quelque chose est étrange.

Elle remarque un homme, près de l’immeuble de son lieu de travail, qui lui semble familier. Relativement grand et élancé, typé hispanique, barbe de trois jours et veste en cuir. Sa main droite est enfouie dans le côté gauche de sa veste, comme s’il était prêt à en sortir quelque chose.

Puis, en s’approchant de la porte du bâtiment, elle en aperçoit un autre, en bomber noir, les yeux rivés sur la route. On pourrait croire qu’il attend quelqu’un.

Soudain, un vrombissement de voiture se fait entendre au loin, puis ralentit et s’arrête. Une portière claque. Les deux hommes qu’elle a observés ont les yeux tournés vers la source du bruit, mais ne font pas un geste.

On dirait des prédateurs attendant de sauter sur leur proie.

Gisèle se tourne alors pour voir ce à quoi les deux hommes semblent être si captivés et aperçoit, au fond de la rue, M. Guidrish.

Toujours aussi élégant dans son costume trois-pièces gris pâle, taillé sur mesure, il marche tranquillement en direction de l’étude de M. Lemaitre.

Elle distingue aussi un troisième homme, sans doute planqué dans une ruelle transversale. Il se précipite derrière M. Guidrish tout en restant discret, et se met à le suivre à quelques mètres de distance.

Soudain, prise d’un éclair de lucidité, Gisèle Brunois se souvient : ces hommes qui lui rappelaient vaguement quelque chose sont les policiers passés la veille pour interroger M. Lemaitre et M. Guidrish.

La panique la saisit. Ils vont faire du mal à M. Guidrish. Et ça, elle ne le supporterait pas.

Elle se met à crier :

« MONSIEUR GUIDRISH ! ATTENTION ! LA POLICE DERRIÈRE VOUS ! »

Guidrish s’arrête.

L’homme qui le suivait se jette sur lui, lui tord le bras droit dans le dos pour l’immobiliser et le plaque contre une Renault 5 garée à proximité. Les deux autres hommes se précipitent à leur tour. Guidrish est plaqué, le torse contre le capot, tandis qu’un policier lui attrape le bras libre pour le menotter.

Gisèle est sous le choc. Elle a l’impression que son cœur va lâcher. Elle ne bouge plus. Ne respire plus. Elle est complètement tétanisée par ce qu’elle vient de voir.

Elle reprend finalement sa respiration pour ne pas tomber dans les pommes. Elle voit alors le policier typé hispanique sortir de sa veste sa plaque d’identification et, tout en marchant vers l’altercation, déclarer :

« POLICE ! »

Le capitaine Garcia reprend son souffle pendant que l’autre policier relève l’homme de l’Est pour qu’il fasse face au capitaine, qui entame sa récitation :

« Nous sommes le 8 décembre 2018, à 8 h 03 du matin, rue Beaujon, 8e arrondissement de Paris.

Monsieur Gidrìs Egon Farkas, vous êtes placé en garde à vue pour une durée de vingt-quatre heures, pouvant être prolongée jusqu’à quatre-vingt-seize heures, compte tenu de la gravité des charges retenues contre vous.

Vous êtes suspecté du double meurtre de la rue Demarquay, supposément commis le 6 décembre 2018, ainsi que de la tentative d’assassinat à l’encontre de Lisa Mauragnier.

Vous avez le droit de garder le silence.

Vous avez droit à l’assistance d’un avocat, à consulter un médecin et à être assisté lors de votre interrogatoire…

Bref, on vous fera lire tous vos droits une fois au poste.

Allez, embarquez-moi tout ça ! »

D’un revers de la main, comme pour conclure son monologue, Garcia se retourne et respire un bon coup.

À ce moment-là, une véritable furie se jette sur lui, le rouant de coups de poing sur le torse : c’est Gisèle Brunois, au bord de la crise de nerfs.

–  NAAAN !! IL EST INNOCENT !! VOUS VOUS TROMPEZ ! IL EST INNOCENT ! »

–  Mad… Mademoiselle ! Calmez-vous ! Calm… CALMEZ-VOUS, PUTAIN !! Sinon je vous embarque aussi pour outrage à magistrat, c’est compris ? »

Mais Mademoiselle Brunois n’en a que faire. Elle continue, complètement hystérique, son tambourinage sur le capitaine.

« Gisèle ? »

C’est la voix de Guidrish, toujours maintenu par l’autre policier, les mains menottées dans le dos. Il regarde fixement Gisèle. Elle s’arrête net et croise son regard par-dessus les épaules de Garcia. Ses yeux brillent d’une légère lueur dorée. Sa voix est étrangement douce.

–  Gisèle, calmez-vous. Allez au bureau. Prévenez Lemaitre que je ne serai pas à l’étude ces prochains jours et faites comme d’habitude. Ne vous inquiétez pas. Tout va bien se passer.

– D’accord. »

La vieille demoiselle interrompt alors sa crise instantanément. Elle se retourne, ramasse tranquillement son sac qu’elle avait jeté à terre, puis marche calmement jusqu’à la porte de l’immeuble pour rentrer à l’étude.

Les policiers restent pantois quelques secondes, ne comprenant pas vraiment ce qu’il vient de se passer. Ils se regardent, comme pour chercher des réponses, puis, se rappelant qu’ils ont un suspect à ramener au poste, agrippent Guidrish et l’enfournent à l’arrière de la voiture banalisée.

Le véhicule arrive, sirènes hurlantes, au 36 rue du Bastion, dans le 17e arrondissement : le nouveau QG de la police judiciaire française.

Après les formalités habituelles d’un début de garde à vue — lecture et signature des droits du suspect, photos, empreintes, prélèvement ADN — Guidrish est emmené dans une grande salle, équipée d’un miroir sans tain.

On le place sous un numéro inscrit sur le mur contre lequel il est adossé : le 3.

D’autres hommes, de son âge et de son gabarit, entrent à leur tour dans la salle et se positionnent chacun sous un numéro.

De l’autre côté du miroir, le capitaine Garcia observe la scène, pensif.

Et si on s’était planté ?
Pas assez d’éléments. Juste des témoignages.

La concierge devrait bientôt arriver, ainsi que Lisa Mauragnier. Des témoins directs.

Et puis il n’a toujours pas demandé d’avocat.

Ce type est trop confiant.

Ça m’énerve…

La porte de l’antichambre s’ouvre brusquement. C’est Mandrin, tout essoufflé :

–  Madame Martin vient d’arriver, Capitaine. Qu’est-ce qu’on fait ? On attend Mademoiselle Mauragnier ?

— Non. Le tapissage est prêt. Amène Madame Martin ici. Je ne veux pas qu’elle croise l’autre témoin.

— Oui, chef ! »

Mandrin s’éclipse et revient quelques minutes plus tard avec la dame à la tête de fouine, la concierge du 3 rue du Pressoir. Elle est tout excitée.

–  Rolala ! C’est comme à la télé, dites donc ! 

–  Bonjour, Madame Martin. Reconnaissez-vous l’homme que vous aviez vu chez Mademoiselle Mauragnier ? Donnez-moi simplement le numéro, s’il vous plaît.
— Vous êtes sûr qu’ils ne nous voient pas ?

— Oui, Madame. S’il vous plaît, regardez ces hommes et donnez-moi le bon numéro. »

Garcia veut éviter toute conversation inutil. Ce qu'il a bien remarqué c’est que la vieille porte bien son titre : une vraie concierge.

Madame Martin observe quelques secondes les hommes derrière le miroir sans tain, puis rétorque :

– Le numéro 3 !

— Vous êtes sûre ?

— Oui, Monsieur. Je suis ca-té-go-rique. C’est le numéro 3.

— Merci, Madame. Vous pouvez aller voir mon second, le lieutenant Mandrin, avec qui vous aurez à remplir quelques formalités et signer votre déposition. Ne vous inquiétez pas, ça ne sera pas long. »

Alors que Madame Martin s’éclipse, Garcia allume le micro et annonce :

« Merci, messieurs. On reviendra vous chercher plus tard. »

Il sort de la salle et demande à un agent d’amener le fameux numéro 3 en salle d’interrogatoire.

Une trentaine de minutes après avoir laissé Guidrish attendre en salle d’interrogatoire — et l’avoir observé sur les images retransmises par les caméras — le capitaine Garcia entre sans ménagement.

Il jette un dossier sur le bureau auquel Guidrish est menotté, puis s’assoit face à lui, prêt à en découdre.

« Ok, Egon Farkas.

Ou comment tu préfères que je t’appelle ?

Le Loup ?”

Guidrish regarde le capitaine et esquisse un sourire subreptice, sans laisser transparaître la moindre émotion.

–  Comme vous voulez, Capitaine.

— Alors ce sera Egon. Je suppose que c’est ton prénom d’usage, non ?

— Oui, Capitaine.

— Bon, Egon.

Voici la question à dix mille dollars :

où étais-tu hier soir aux alentours de vingt heures ? »

Guidrish fixe l’officier de police, mais ne dit pas un mot. Il reste là, impassible.

–  Alors ?

— Je vous donne la réponse à dix mille dollars, Capitaine.

Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat. »

Et merde…

Le salaud, c’est maintenant qu’il invoque ses droits.

C’était trop beau…

Garcia tente de rester calme malgré sa déception. Guidrish le fixe toujours, parfaitement serein. Il attend.

Putain d’anciens Soviets…

Se surprend à penser Garcia.

Ce dernier reprend alors la parole :

« Pas grave. C’est moi qui vais te raconter ce qu’il s’est passé hier soir.

Tu as suivi la jeune Lisa jusqu’à chez elle.
Tu l’as surprise lorsqu’elle est arrivée devant sa porte.
Tu lui as fait des avances.

Comme tu as du succès avec les femmes et qu’elle te connaît, elle te fait confiance.
Elle te laisse entrer.

Mais toi, tu veux aller plus loin.
Pas elle.

Ça te rend dingue… »

Guidrish ne bronche pas d’un cil. Il écoute le policier attentivement.

« Bon. Mais ce n’est pas que pour ça qu’on t’a arrêté, Egon. »

Le capitaine ouvre alors le dossier et étale devant Guidrish plusieurs clichés. On y voit les deux corps des jeunes filles dans un état épouvantable, découverts deux jours auparavant, rue Demarquay.

Guidrish se penche et les observe attentivement.

Il déplace chaque photo avec calme, comme s’il cherchait à enregistrer chaque détail.
À repérer un indice.

Son regard s’assombrit.

Garcia croit percevoir une once de colère, enfouie depuis longtemps. Mais très vite, Guidrish se redresse, s’adosse au dossier de sa chaise et fixe à nouveau le capitaine, sans piper mot, sans émotion perceptible.

« Tu reconnais ces filles ? C’est toi qui as fait ça ? »

Aucune réaction.

Garcia sort alors de ses gonds pour tenter d’obtenir quelque chose.

–  HEY ! CONNARD !

ÇA TE FAIT BANDER DE TRUCIDER DES GAMINES ?? 

–  Non. »

Enfin. Une réponse. Garcia sent qu’il tient une piste. Il a touché un point sensible.

« Ok, Egon. Je pourrais comprendre, tu sais.

Parfois, on a des fantasmes bizarres…

C’est plus fort que tout. On n’arrive pas à contrôler.

Et alors ce mal prend le dessus…

et on pète une case. »

Guidrish ne dit plus rien. Ne bronche toujours pas.

Soudain, la porte s’ouvre doucement et laisse passer une partie de la tête de Mandrin.

« Capitaine… »

Mandrin lui fait signe de venir. Garcia se lève et sort de la pièce en prenant soin de refermer la porte derrière lui.

– Mademoiselle Mauragnier vient d’arriver. Elle est en salle d’attente.

— Ok. Fais-la entrer dans la pièce d’à côté. Je dois lui parler avant de lui montrer le suspect.

— Oui, Capitaine. »

Mandrin s’en va et revient quelques secondes plus tard avec Lisa, qu’il invite à entrer dans une autre salle d’interrogatoire. Garcia la rejoint.

« Bonjour, Mademoiselle. Asseyez-vous, je vous en prie. »

Elle s’exécute sans discuter.

« Un témoin a vu votre agresseur hier soir, après que vous vous êtes enfuie. Nous l’avons appréhendé ce matin. Nous allons passer dans l’arrière-salle, à côté. Il y a un miroir sans tain. C’est insonorisé. Il ne peut ni vous voir ni vous entendre. Je veux que vous me disiez si c’est bien votre agresseur, d’accord ? »

Lisa hoche la tête. Garcia lui fait signe de le suivre et l’emmène dans l’arrière-salle de la pièce où se trouve Guidrish.

Lisa entre, tremblante, le regard d’abord rivé au sol.

Elle s’arrête devant la vitre.

Relève la tête.

Et, complètement estomaquée, fixe le capitaine Garcia avec incompréhension.

–  Monsieur Guidrish ? Mais qu’est-ce qu’il fait là ?

— Comment ça, Mademoiselle ? Ce n’est pas lui qui vous a agressée hier soir ? »

Garcia commence à avoir des sueurs froides.

« Bien sûr que non ! »

Même si je l’ai suspecté moi-même d’être un sociopathe.

Se dit-elle intérieurement, tout en se gardant bien de livrer cette pensée à l’officier.

« Vous n’avez pas lu ma déposition ? Je pensais faire un portrait-robot de mon agresseur aujourd’hui. C’était un homme plus jeune, aux cheveux et aux yeux noirs. Il avait la peau mate, légèrement rougeâtre. Et il était plus petit, en plus. À peine plus grand que moi ! Si ça avait été Monsieur Guidrish, je l’aurais reconnu. »

Le capitaine est complètement dépité.

Une fausse piste.

Encore.

–  Mademoiselle, nous avons un témoin formel qui a déclaré l’avoir vu chez vous après votre départ.

Et il y a un détail…

— Lequel ?

— Elle l’a vu complètement nu dans votre salon, tenant votre plaid à la main. »

Lisa écarquille les yeux.

Puis s'esclaffe joyeusement.

Garcia se sent soudain très stupide.

–  Oh mon Dieu ! Merci de me faire autant rire. Qu’est-ce que j’aurais adoré le surprendre chez moi en tenue d’Adam ! Et je n’aurais certainement pas porté plainte !

— Quoi ? Comment ça ? Vous êtes amants ? »

Lisa cesse de rire net.

Elle rougit légèrement en soutenant le regard de Garcia et réfléchit à toute vitesse.

Que lui répondre ?

Amants.

L’idée lui traverse l’esprit une fois de plus.

Si seulement…

Mais l’homme qui lui faisait tourner la tête depuis plusieurs semaines est en ce moment dans une panade sans nom, et manifestement accusé à tort. Lisa se jette à l’eau.

Elle va mentir à la police.

« Oui.

Nous sommes amants.

Je pense qu’il voulait me faire une surprise et qu’il est arrivé après le drame. »

Garcia est au bout de sa vie. Il ne sait plus quoi répondre.

–  Je suis désolée de vous enlever un suspect, mais au moins, vous n’allez pas coffrer un innocent.

— Je vous invite alors à faire votre portrait-robot. Nous allons faire venir un portraitiste dans la salle où vous étiez.

— D’accord. Ça sera long ?
— Une heure, tout au plus. On va faire vite.

— Merci, Capitaine. J’espère que cela vous aidera à arrêter le vrai coupable. »

Après avoir accompagné Lisa dans une salle adjacente et fait appeler un portraitiste, Garcia retourne dans la salle d’interrogatoire où Guidrish attend patiemment. Il sort les clés et lui enlève ses menottes.

–  Monsieur Guidrish.

Vous êtes libre.

On vous a innocenté.

Pour l’instant…

— Merci, Capitaine. »

Guidrish se frotte les poignets pour relancer la circulation. Puis, il se lève et se dirige vers la sortie.

Garcia l’interpelle :

« Egon !

Vous savez, les liaisons avec vos collègues de travail ne constituent pas un crime. Tout au plus un délit, si vous êtes adultère.

Et là, c’est avec le Code civil que vous allez en découdre, ainsi qu’avec votre régulière…

Mais ça, ce n’est pas notre problème. »

Guidrish regarde le capitaine, lève un sourcil, surpris et perplexe.

–  Que voulez-vous dire, Capitaine ?

— Pas besoin d’appeler un avocat pour me dire que vous aviez une relation intime avec la petite Mauragnier… »

Guidrish écarquille légèrement les yeux, puis un léger sourire se dessine sur son visage.

–  Oui, désolé, Capitaine. Je ne suis pas très au fait des coutumes françaises et je ne voulais pas créer d’esclandres au bureau, vous comprenez ?

— Oui, oui… Bien sûr ! »

Garcia lui fait un signe de la main pour l’inviter à s’en aller. Ce que fait Guidrish, le plus naturellement du monde.

Une heure et demie plus tard, Lisa sort enfin de la PJ de Paris.

Elle repense à ce qui vient de se dérouler.

Alors qu’elle marche, pensive, dans la rue, elle aperçoit devant elle une superbe voiture de sport grise, garée sur le trottoir.

À peine arrive-t-elle à hauteur du véhicule que la portière côté passager s’ouvre.

Elle lui barre le passage.

Intriguée, elle avance prudemment et penche la tête à l’intérieur pour voir qui est le mystérieux conducteur qui l’invite à monter.

Elle découvre alors Monsieur Guidrish, derrière le volant.

Il lui fait signe de prendre place à ses côtés.

« Montez, Lisa. Je crois que nous avons certains points à éclaircir, tous les deux, n’est-ce pas ? 

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