Chapitre 15 : Jet Lag

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Samedi 8 décembre, vers seize heures.

Lisa se sent comme une héroïne de conte de fées.
Le jet privé est un carrosse volant, le champagne pétille dans des flûtes délicates, les pâtisseries fondent sur la langue.
Pendant quelques minutes, le monde réel disparaît.

Elle oublie presque pourquoi elle est là.

Guidrish, lui, travaille.
L’ordinateur ouvert devant lui, il ne touche ni au champagne ni aux douceurs que l’hôtesse lui propose avec insistance. Poli, distant. Déjà ailleurs.
Il revient à lui et semble s’intéresser à sa compagne de voyage :

— Alors, mademoiselle Mauragnier, comment se passe le voyage jusqu’à maintenant ?
— Oh mon Dieu ! Ch’est chénial !… Pa’don.

Elle pose une main sur sa bouche pleine de gâteaux au chocolat et de crème chantilly. Elle boit une gorgée de champagne pour faire passer tout cela et retrouver une diction normale, sans se ridiculiser en crachant de la nourriture partout. Ce ne serait pas très glamour…

Guidrish sourit, avec une once de tendresse dans le regard.

— Je suis désolée. Je dois ressembler à une gamine à Disneyland à l’heure qu’il est, lui répond-elle en rougissant.
— Je vous comprends. Vous avez bien raison de profiter du voyage.

Elle déglutit le dernier morceau de génoise, prend une nouvelle gorgée de champagne et, plongeant son regard dans ses yeux verts mordorés, lui demande :

— Pourquoi étiez-vous chez moi hier soir, après l’agression ?

Guidrish regarde devant lui, inspire profondément, puis se tourne vers elle.

— J’aimerais vous expliquer tout cela au bon endroit et au bon moment. Pas ici. Mais je vous promets de vous raconter tout dans les détails.

Lisa fait une petite moue, puis acquiesce.

— Je vous le rappellerai, dans ce cas.
— Mais… assez parlé de tout ça. Parlez-moi de vous, plutôt. Vous vivez toujours chez vos parents ? dit-il avec un grand sourire.

Lisa écarquille les yeux et laisse échapper un petit rire gêné.

— Vous me draguez ?

Elle sourit en coin, mi-sérieuse, mi-amusée.

— Je m’appelle Lisa Mauragnier, comme vous le savez déjà. Ma mère est morte jeune. Je n’ai jamais connu mon père.

Un silence s’installe.

— Elle s’appelait Cassandra.

Le nom flotte un instant entre eux.

— Cassandra, répète-t-il doucement. Celle qui voit venir les catastrophes, mais que personne ne croit.

Lisa esquisse un sourire sans joie.

— Charmant héritage.

La chaleur lui monte aux joues. Le verre est presque vide quand une odeur étrange lui chatouille les narines. Médicamenteuse. Trop tard.
Sa vision se brouille.

Guidrish se tourne vers Lisa et voit le champagne qu’elle tient se déverser lentement sur le siège en cuir. Lisa, la tête appuyée contre le dossier, les genoux ramenés vers sa poitrine, a les yeux fermés et la bouche entrouverte. Elle dort profondément. Trop profondément.

— Lisa ?

Un mauvais pressentiment l’envahit. Il se précipite à ses côtés, lui tapote doucement la joue. Aucune réaction.
Il récupère la flûte à champagne qui glisse entre ses doigts, renifle l’intérieur du verre.

Il n’y avait pas que du champagne.

Il se lève brusquement et se dirige vers la cabine des stewards. L’hôtesse qui venait de les servir se place soudain devant lui, lui barrant le passage.

— Veuillez vous rasseoir, s’il vous plaît, monsieur Guidrish.
— Qu’est-ce que vous avez mis dans le verre ?

L’hôtesse sourit et lui indique son siège d’un geste de la main.
Guidrish, tous ses sens en alerte, contemple son visage à la peau mate tirant vers le rouge, ses cheveux noirs de jais attachés en chignon. Un parfum de musc, sous-tendu d’une odeur de soufre bien trop familière, lui monte aux narines.

Il tient toujours le verre dans sa main, qu’il passe derrière son dos. Ses yeux brillent davantage.
Le verre change de forme à vue d’œil, devenant un poignard à la poignée d’os et à la lame courbe.

— Votre accompagnatrice n’aurait pas dû boire ça.

Il saisit l’hôtesse à la gorge et la plaque contre la paroi de l’habitacle, la lame pointée sur son abdomen. Elle tente d’émettre un son, la voix écrasée par la pression de sa main.

— Vous ne vous attendiez pas à ce que l’on vous attrape sur votre propre terrain, monsieur le Loup ?

— Peut-être… mais ton voyage va s’arrêter ici, sale démone !

Une pression soudaine et violente frappe Guidrish dans le bas du dos. La douleur lui coupe le souffle.

— Ainsi que celui du grand méchant loup, ajoute une voix masculine derrière lui.

Guidrish se retourne lentement.
Face à lui se tient le chef steward qui les avait accueillis au départ, la peau brun rougeâtre, les yeux brillant d’une lueur étrange. Il fait tournoyer devant son visage la lame ensanglantée d’un couteau à cran d’arrêt.

La vision de Guidrish se trouble.
Il s’effondre aux pieds des deux démons.

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