Chapitre 23 : La Confrérie de la Lumière

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Dimanche 9 décembre, vers 13h

Lisa suit le vieil homme aux longs cheveux blancs et commence sérieusement à paniquer. En plus de cela, elle ne sait pas si c'est le long trajet, l'accumulation des virages ou la fatigue mais son estomac commence à lui faire des siennes. Elle ressent une espèce de nausée sourde. A moins peut-être que ce soit le petit déjeuner ? A l'idée des omelettes et jambons accompagnés du café noir de ce matin, elle se retient de ne pas tout dégobiller sur le sol en pierre, recouvert d'un somptueux tapis écarlate en laine vierge. Octavius se retourne vers elle, alerte à son étrange comportement :

- Vous allez bien mademoiselle ?

- Oui, oui... C'est, je crois, les œufs et le bacon qui ont du mal à passer. C'est tout.

Octavius, le regard un peu plus perçant, la regarde attentivement puis lui sourit, se voulant rassurant :

- Hum. Oui. Peut-être. Ne vous en faites pas Lisa, ce ne sera pas douloureux.

- Qu... Pardon ?

Il se retourne et continue de s'avancer dans le long couloir en direction d'une grande double porte en bois précieux et gravée de nombreux symboles similaires à des runes. Il ne fait même pas attention aux inquiétudes que manifeste Lisa derrière lui. L'homme ouvre la porte qui donne sur un large et long corridor.

Pendant qu'elle suit Octavius et qu'elle tente d'oublier son estomac, Lisa lève les yeux et regarde autour d'elle. D'immenses tableaux ornent les deux murs du couloir. Ce sont des scènes de bataille. On y voit tout d'abord une horde de barbares venus d'Asie, vraisemblablement terrorisant des femmes à moitié dévêtues et massacrant des hommes en armures, en très mauvaise posture. Le tableau en face montre des cavaliers qui portent des espèces d'armure en maille de fer et des casques arrondis ornés d'épaisses fourrures. Ils ont des épées incurvées et des arcs à la facture élaborée. Un grand feu les entoure sans qu'ils aient l'air inquiets pour autant.

- « Pourquoi vous avez des tableaux représentant l'armée de Gengis Khan ? Ce sont bien des peintures représentant l'armée mongole n'est-ce-pas ? » Se risque à demander Lisa au vieil homme qui marche d'un pas énergique devant elle. Elle est obligée d'accélérer le pas pour arriver à son niveau.

- Pas loin... Mais non. » répond-il sans aucune forme de jugement. « Les invasions mongoles ont déferlé sur vos terres bien après nous. » Dit Octavius d'un ton patient. Puis s'arrêtant devant le tableau représentant l'escadron de cavaliers, il lui montre d'un signe de la main :

- « Ce que vous voyez là, c'est l'armée d'Attila, le Roi des Huns.

- Ah oui ! Je me souviens ! On nous avait appris cela à l'école. Mais je ne me rappelle plus très bien. Je n'étais pas très bonne en histoire. Je préfère la géo et les maths. La seule chose dont je me souviens à leur sujet, tout comme l'armée Mongole, c'est qu'ils me faisaient très peur.

- Et vous avez raison ! Du moins à l'époque. Maintenant, nous vous protégeons. »

Mais qu'est-ce qu'il raconte ? Il débloque complètement le vieux ! Ils arrivent finalement devant la lourde porte en bois. Avant de rentrer dans l'immense salle circulaire dont Octavius l'invite à y accéder, Lisa s'arrête devant un immense tableau accroché au mur du couloir juste avant la porte. La peinture a l'air de dater de plusieurs centaines d'années, tout comme les autres toiles qui décorent le long couloir. Il s'agit à nouveau de ces guerriers Huns qui se battent contre des espèces de créatures à la peau rougeâtre et aux cheveux noirs de jais dont certains lancent des espèces de faisceaux rouges, tels des rayons lasers, sur les guerriers qui se battent férocement contre eux. Elle pointe du doigt, tremblante, la grande toile.

- « Ça ! » Murmura-t-elle. « C'est une peinture récente n'est-ce pas ? Ou c'est une superbe illustration d'un roman d'anticipation ?

- « Non, ma chère. C'est encore une bataille qui s'est déroulée il y a bien mille cinq cents ans maintenant, je crois ?

Lisa le regarde, les yeux écarquillés.

- « Mais qu'est-ce que vous racontez ? Vous n'allez pas encore me raconter cette histoire stupide de démons ! »

Octavius ne sourit plus et la fixe du regard d'un air grave. Lisa a maintenant la tête qui tourne et elle sent que son petit-déjeuner va vraiment sortir de son estomac sous peu. Elle se retourne brusquement, la main sur la bouche et court vers l'autre côté de la porte. Octavius lui retient le bras. Elle se plie en deux et là, tout le contenu de son ventre se vide sur le sol froid pierreux et le magnifique tapis en laine.

- « Et merde... » Dit-elle entre un autre vomissement.

Octavius lui tient toujours le bras mais aussi la tête pour l'aider à régurgiter tout ce qu'elle doit sortir jusqu'à ce que les vomissements se calment.

- « Je... je suis désolée. » Dit-elle confuse.

- « Ne vous inquiétez pas. Ça arrive aux meilleurs d'entre nous.

- Nan mais pour le tapis ! Je viens de tout détruire. »

Le vieil homme rit joyeusement.

- « Ce n'est pas grave. On s'en occupe. » Puis il pose délicatement sa main sous le menton de la jeune femme et redresse son visage vers le sien.

- « Ça va ? Vous allez mieux maintenant ? » Il scrute ses yeux à elle d'un regard inquisiteur comme le ferait un médecin à la recherche de couleurs étranges dans le blanc des yeux.

- Ou... Oui, je crois ?

- Bien. Ne vous inquiétez pas pour les dégâts. Je vais envoyer quelqu'un pour nettoyer. »

Il pose machinalement sa main sur le front de Lisa pour vérifier sa température et sert son poignet de l'autre main, deux doigts sur les veines, tout en regardant sa montre. Il prend son pouls. L'auscultation éclaire terminée, il reprend son air rassurant et sourit.

- « Vous allez bien Lisa. Ne vous faites pas de soucis. Mais si jamais vous ressentez à nouveau des nausées, dites-le-moi. N'ayez pas peur de moi, je suis médecin à l'extérieur. Neurochirurgien pour être précis. J'officie à l'hôpital de la région. »

Il sort alors de sa poche un smart phone et tape d'un pouce un rapide message. Une fois le sms envoyé, il rentre le téléphone portable dans la poche de son veston et tendant son bras vers la grande salle circulaire, invite Lisa à y entrer. La jeune femme, très circonspecte, le suit malgré son instinct qui lui somme d'opérer un demi-tour et courir à toutes jambes.

La salle est immense. Le plafond en forme de dôme, est orné de peintures murales digne d'un grand peintre de la renaissance, représentant des anges dans un ciel très réaliste. On se croirait dans le centre d'une immense cathédrale florentine. Cependant, si la salle est vaste, son centre est vide de tout ornement. Sur le sol, constitué de grandes dalles de pierres couleur sable, de grands cercles concentriques, se croisant à divers points, sont représentés par une fine mosaïque. Octavius dirige doucement Lisa vers le centre des cercles. Il appose ses mains au-dessus de son corps sans le toucher. Puis il déplace ses mains doucement autour de la tête, du torse, dos et les hanches de la jeune femme. Lisa le regarde faire. Même si elle est très mal à l'aise au départ, peut-être dû au fait qu'elle ait appris qu'Octavius est un médecin, elle se calme et se laisse faire sans broncher. Cependant, alors que l'homme passe ses mains autour de son corps, elle est persuadée que ses yeux ont changé de couleurs : ils sont passés d'une couleur bleu-gris pâle à un espèce d'ambre lumineux. Soudain, alors que le médecin se place derrière elle et continue son apposition des mains, lorsqu'il arrive vers le haut de ses cuisses, sa main droite se retire brusquement, comme si cette dernière avait été brulée ou reçue un choc électrique. Cela correspond à sa marque de naissance.

- « Vous allez bien ?» S'enquit-elle.

- « Oui, oui. Puis-je voir votre marque ?

- Euh... »

Il la regarde d'un air rassurant.

- « Je vous rappelle, je suis médecin. Baissez votre pantalon s'il-vous-plait. »

Elle s'exécute, se rassurant qu'elle soit avec un professionnel qui n'a pas d'arrières pensées.

Octavius regarde la marque noire sur sa cuisse et y passe une de ses paumes, qu'il retire immédiatement, comme s'il venait de passer sa main sur un charbon ardent.

- « Intéressant... » Murmure-t-il pour lui-même.

- « C'est grave, Docteur ? »

Il se redresse, en pleine réflexion, les yeux rivés sur sa marque. Il commence à marcher autour d'elle, plongé dans ses pensées. Il s'arrête alors, et se place devant Lisa.

- « Vous pouvez vous rhabiller, ma chère. »

Lisa remonte son pantalon sans demander son reste.

- « Bien. Maintenant, nous allons discuter un peu, vous voulez bien ? » Il lui montre deux sièges autour d'une petite table ronde qui se trouve dans un côté de la pièce.

Installée sur le siège rembourré en velours, elle regarde l'homme s'asseoir sur l'autre siège de l'autre côté de la petite table ronde.

- « Bien ! Racontez-moi, s'il-vous-plait, ce que vous savez.

- Je ne saisis pas tout à fait de quoi vous voulez parler.

- Votre ami, que vous connaissez sous le nom d'Egon, qu'est-ce qu'il vous a dit ?

- Ben... » Elle réfléchit rapidement, puis se lance : « Que j'ai été attaquée par des démons et que j'aurais dû mourir.

- C'est correct ! »

Elle ne répond pas. Un grand silence s'installe dans la salle pendant quelques secondes. Puis, tout en étant très gênée, Lisa continue.

- « Et ce que je ne comprends pas, c'est lorsqu'il a vu ma marque, il a littéralement flippé.

- Oui ?

- Il a dit que je devais la cacher. Ce qui m'a terriblement vexé.

- Je comprends. Cependant, il a raison, en partie. Je ne crois pas, malheureusement que cela serve à quelque-chose. Elle est là, vous vivez avec et ma foi, vous êtes apparemment immunisée aux attaques des démons, ce qui est une aptitude incroyable. Et c'est bien la première fois que je vois ça !

- Docteur ? » lui demande-t-elle d'un air faussement innocent et une pointe d'énervement dans la voix :

- « Oui ?

- Pourriez-vous m'expliquer clairement qu'est-ce que c'est que cette histoire de démons, de confréries, de meurtres, pourquoi vous avez des anges au plafond, des Huns qui combattent des démons sur vos peintures et POURQUOI VOUS DITES « NOUS » QUAND JE VOUS MONTRE CES PUTAINS DE TABLEAU ! C'EST QUOI... CE... BORDEL ? MERDE ! »

Lisa craque et elle est hors d'elle. Elle s'est relevée devant Octavius, le fixant d'un air menaçant, à quelques centimètres du visage du vieil homme, prête à en venir aux mains si besoin. Tant pis si c'est un manque de respect envers un vieil homme. De toute façon, malgré son âge avancé, il a l'air particulièrement en forme ! Mais surtout, elle veut comprendre : soit elle est dans une maison de fous, soit elle a changé de dimensions. La tête lui tourne. Ces fichues nausées lui reviennent en force. Elle est obligée de se rasseoir tant les vertiges deviennent violents. Elle tente de se calmer en respirant le plus calmement possible. La tête lui tourne moins et son estomac semble revenir à son état normal. Lui, n'a pas bronché d'un cil.

- « Ça va mieux ? » S'enquiert-il sincèrement. « Continuez à respirer profondément. Vous voulez un verre d'eau ?

- NON... Merci. » Se reprend-elle in extremis.

Malgré son refus évident, Octavius se retourne, ouvre la porte d'un meuble derrière lui et en sort un verre et une bouteille d'eau minérale. Il remplit le verre et le lui tend. Elle le prend et en prend une gorgée. Elle repose le verre d'eau devant elle sur la petite table.

- Bien. » Reprit-il. « Je vais vous expliquer. »

- S'il-vous-plait.

- Cependant, écoutez-moi jusqu'au bout et ne m'interrompez-pas.

- D'accord.

- Toutes les personnes que vous voyez ici, moi y compris, nous sommes d'anciens guerriers de l'armée hunnique d'Attila. »

Lisa ne répond pas. Elle écoute attentivement.

- « Nous avons plus de 1500 ans chacun grâce à une intervention divine qui nous a aidé alors que nous combattions une invasion d'êtres étranges que nous appelons communément « Démons ». A cette époque, ces créatures combattaient sur Terre des Anges, ou des Dieux, venus du ciel mais elles ont perdu la bataille. Notre armée s'est retrouvé malgré elle impliqué dans le combat. Nous avons combattu comme nous pouvions ces êtres. Ils se sont alors dispersés. Les Anges ont secouru le peu de survivants de notre escadrons, envoyés en éclaireur pour surveiller les déplacements des armées de Constantinople, et nous ont donné, en échange de notre bravoure, des pouvoirs presque divins et une forme d'immortalité. En échange de ce don, nous devons pourchasser les Démons qui se sont réfugiés dans ce monde et qui se sont, malheureusement, multipliés. Ils sont aujourd'hui légion. Littéralement. Et sont en train d'infiltrer les institutions clefs du monde des mortels. »

Lisa ne pense à rien. Elle assimile les folles informations fournies par Octavius. Puis les souvenirs étranges et les questions qui l'avaient assailli lui reviennent peu à peu. Elle lui demande alors :

- « Egon ? Il... il est comme vous ?

- Oui. Egon, tel est son nom aujourd'hui, est l'un de nous.

- Il est immortel ?

- Oui...et non. En réalité, nous ne connaissons pas notre espérance de vie exacte, mais depuis cette époque, nous ne vieillissons plus, ou du moins extrêmement lentement. Nous sommes aussi très résistants aux blessures et à la maladie.

- Oui ! J'avais remarqué ! Egon a eu une méchante blessure dans le dos qui s'est résorbée d'elle-même presque sous mes yeux.

- C'est exact !

- Mais pourquoi a-t-il le torse bourré de cicatrices ?

- C'est un ancien soldat qui a beaucoup combattu. Il a connu moultes champs de batailles et il était un vaillant guerrier. A l'époque, nous combattions bravement grâce au fer, à nos arcs et nos flèches, et non pas à coup de mitrailleuses et autres armes automatiques. Ses cicatrices datent certainement d'avant sa transformation.

- Ah... » Lisa se remémore les moments passés avec Egon. Elle revoit sa peau lézardée de marques rosâtres. Elle imagine son amant combattant contre des ennemis assoiffés de sang et se prenant des coups d'épées ou de flèches dans le torse, au milieu d'un champ de bataille. Cela lui fait froid dans le dos. Comment a-t-il pu traverser tout cela ? Elle rajoute alors, la curiosité commençant à prendre le dessus sur la stupeur :

- « Et vous disiez que vous aviez des pouvoirs ?

- Oui. Chacun d'entre nous a des pouvoirs qui lui sont propres et nous avons chacun notre animal totem, une espèce d'entité animale qui nous protège et qui nous est intimement liée. »

Lisa continue d'assimiler tout cela. Elle n'arrive tout simplement pas à y croire et fini par se persuader que tout cela n'est finalement qu'une bonne blague. Elle réenchérie alors dans les questions.

- « On dirait du chamanisme, comme les amérindiens. Vous n'êtes pas amérindiens que je sache ?

- Non. Effectivement. Nous venons de l'Est, plutôt vers la Chine. Cependant, vous retrouverez des similitudes de différentes religions et pratiques spirituelles dans différentes cultures ou civilisations qui, au premier abord, semblent n'avoir aucun rapport.

- Et vous ? Votre pouvoir ?

- Eh bien je suis médecin comme vous le savez. J'ai choisi cette profession tout naturellement car elle correspondait le plus à mes aptitudes extraordinaires.

- Vous êtes une sorte de super guérisseur, c'est ça ?

- En quelques sortes, oui.

- Et Egon ?

- Si je devais résumer ses pouvoirs en un mot, je dirais qu'il est un alchimiste naturel. »

Lisa regarde le vieux docteur d'une étrange façon. Elle complètement larguée. Elle a envie de partir dans un fou rire ou de s'enfuir, tout simplement. Cependant, en se remémorant les incidents avec son amant et tentant de trouver une correspondance avec son idée de ce que peut être un alchimiste, la seule qu'elle puisse trouver est que cet homme doit être immensément riche : jet privé, voiture de sport dernier cri, costard taillé sur mesure. Dans l'avion, il lui avait donné un manteau en vison le plus soyeux qu'elle ait pu voir et qui était apparu comme par magie. Tout en fixant Octavius dans les yeux, elle se dit à elle- même à haute voix :

- « Il change le plomb en or.

- Il pourrait le faire, je pense... » Dit l'homme en face d'elle, même si elle n'attend pas spécialement de réponses. Il rajoute « pourtant je ne crois pas qu'il en ait abusé. Il n'a jamais eu besoin de cela pour construire sa richesse. Il a d'autres talents, vous savez, qui font de lui aussi un excellent négociateur, et donc, un redoutable homme d'affaire.

- Et moi ? Qu'est-ce que j'ai à voir là-dedans ? » Demande, perplexe, Lisa.

- Vous avez la marque des enchanteresses, nos protectrices. A la différence que la vôtre est très atypique, à cause de sa couleur peu commune.

- Elle aurait dû être de quelle couleur ?

- D'un blanc nacré.

- Effectivement, ce n'est pas le cas.

- Non.

- Mais si je suis une enchanteresse, je devrais avoir des pouvoirs, n'est-ce-pas ?

- Oui.

- Mais... je n'en n'ai pas !

- Êtes-vous sûr ?

- Certaine. A part m'attirer des ennuis, je ne vois pas !

- Vous résistez au feu des Démons, Lisa. C'est énorme !

- Ben c'est super ! J'aurais préféré, je ne sais pas moi, lire les pensées des gens, voir le futur, guérir les ... » Lisa réalise soudainement quelque-chose sur lequel elle n'avait jamais vraiment porté son attention.

- « Ma grand-mère. Elle est guérisseuse. C'est une enchanteresse, alors ? Vous la connaissez ?

- Salomé, n'est-ce-pas ? Non, pas personnellement, malheureusement. Mais elle était une très bonne amie d'Egon.

- Pardon ?

- Ne vous inquiétez pas. Ils n'étaient pas amants. Salomé était fiancée à votre grand-père lorsqu'elle l'a connu.

Lisa se sent soulagée. Elle a eu, en effet, un léger moment de frayeur : il ne manquerait plus que l'homme sur lequel elle a jeté son dévolu s'avère être, en réalité, son grand-père ! Puis elle se risque à poser une question, même si elle appréhende la réponse :

- « Et ma mère ? Cassandra ? Vous la connaissiez ?

- Moi non. Egon, possiblement. »

Lisa ne répond plus, ne dit plus rien. Il jouait à l'ignorant dans l'avion pendant qu'elle se confiait à lui, lui racontant des aspects de sa vie, qui somme toute, la blessent profondément. Elle qui avait toujours méprisée sa mère irresponsable. Puis elle se souvient de ce qu'il lui avait dit : que sa mère, même jeune et immature, avait dû l'aimer profondément. Cela lui donne un baume au cœur et remplit un vide abyssal qui la tourmente depuis sa plus tendre enfance : sa mère l'avait aimé, vraiment. Un sentiment de culpabilité soudain l'envahit, avec toutes les horreurs qu'elle a pu déclamer sur sa génitrice. Une cicatrice, autrefois enfouie, s'ouvre soudainement. Et Lisa, devant le vieux docteur, fond en larmes.

Egon est inquiet. Cela fait une bonne heure que Lisa est partie avec Octavius. Viktòr, voyant le désarroi de son ami, tente de le rassurer. Il le prend par les épaules et lui dit :

- « La vérité, Egon, c'est la vérité qui nous permettra de comprendre ce qu'il se passe réellement. Et si tes soupçons sont corrects, alors nous saurons et nous aurons un temps d'avance devant l'adversaire. »

Egon le regarde, complètement interloqué :

- « Mais de quoi tu parles Viktòr ?

- Excuse-moi. Je pensais que tu voulais savoir...

- Savoir quoi Viktòr ? Qu'elle est maudite ? Ça je le sais déjà. Je n'ai pas besoin d'un diagnostic de l'Aigle pour m'en rendre compte. Elle l'est. Sa marque est forcément un signe de malédiction. Mais en même temps, elle est forte. Elle a passé des épreuves dans sa vie qui lui permettront de traverser celle-ci sans encombre. Et malgré tout cela, elle a survécu. Je pense qu'elle aurait pu mourir dix fois, mais une chance insolente la protège. A moins que ce soit autre chose. Non, son sort ne m'inquiète pas. Ce qui m'inquiète en revanche, ce sont les conséquences et je commence à regretter de l'avoir amenée ici, avec nous.

- Comment ça ? » Viktòr devient plus intéressé.

- « Je m'inquiète pour nous. Tu avais raison, et je le savais lorsque nous avons couch... bref : nous avons commis une erreur. Je... Je voulais juste... Elle. Elle me manque tous les jours, heures, minutes qui passent, depuis une éternité. Et je la voyais à travers les yeux et le visage de Lisa. Et j'ai cédé. J'ai été faible. Maintenant Lisa est une gentille fille qui n'a aucune conscience de ce qu'elle représente. Elle n'aspire qu'à avoir une vie heureuse et simple. Rien d'autre. Tout cela la dépasse. Elle est juste... normale.

- Justement pas, Egon. Elle ne l'est pas. Sa marque, comme tu dis, en témoigne. Et sa résistance aux pouvoirs des démons fait d'elle la cible principale de nos ennemis.

- Oui Viktòr. Et c'est précisément pour cela, que nous sommes en danger. Je n'aurais jamais dû l'amener ici. Ni même à l'Aigle.

- Que veux-tu faire maintenant ?

- Je veux savoir, certes. Dès qu'il aura terminé avec elle, je veux qu'il me dise ce qu'il a vu. Mais nous partirons tout de suite après. Je la ramène chez elle, en France. Et je veux voir Salomé. Elle aura des réponses, j'en suis sûr.

- Qui est Salomé ?

- Sa grand-mère. C'est elle qui l'a élevée.

- Où sont ces parents ?

- Sa mère est morte alors qu'elle n'était qu'un bébé. Accident de voiture. Son père, inconnu. Elle n'en a jamais eu.

- Intéressant... » Viktòr est pensif et parcoure à nouveau les pensées d'Egon dans son esprit.

- « Aurais-tu plus d'informations concernant cette grand-mère ?

- Salomé Mauragnier, née Fournier. Française, elle doit avoir 70 ans maintenant. Elle est guérisseuse et clairvoyante. »

Viktor sent qu'Egon ne lui dit pas tout à propos de cette Salomé. Il perçoit un lien très fort avec cette femme et sa lignée mais sent bien que c'est un sujet explosif pour son ami. Il n'insiste pas.

- « Et la mère ?

- Cassandra Mauragnier. Et non je n'ai pas plus d'information outre le fait qu'elle était une adorable petite fille la dernière fois que je l'ai vu en vie.

- Finalement, c'est peut-être un signe du destin que cet inspecteur français m'ait contacté. Il pourra nous être utile. Il a un nom espagnol... » se souvient Viktòr.

- « Garcia. Capitaine Garcia Lopez. Il est à la Criminel de Paris.

- Parfait. Nous partirons demain avec la jeune fille. Ho-Jin viendra avec nous. Nous vous accompagnerons jusqu'à Budapest et je vous déposerais tous les trois à l'aéroport afin que vous preniez le premier vol pour Paris. Je prendrais contact avec ce capitaine dès que je serais de retour au bureau.

- « Peut-être qu'Ho-Jin voudra voyager seul ?

- Non. Il doit préserver ses forces. Vous risqueriez d'avoir besoin de ses pouvoirs de téléportation arrivés là-bas. Et il doit prendre les mesures de la jeune dame afin qu'on puisse la localiser à tout moment.

- Vous disiez quoi à propos de mesure ? » Ho-Jin apparaît derrière les deux hommes, non pas par téléportation, mais les deux guerriers étaient bien trop absorbés dans leur conversation pour se rendre compte que le Petit Prince, comme ils se plaisent à le surnommer, vient juste de sortir du Monastère pour les rejoindre discrètement dans leur conversation. Il leur déclare alors :

- « Si vous parliez des mesures de Lisa, j'ai déjà tout enregistré dans mon smartphone lorsqu'on était en Roumanie et que vous vous chamailliez pour une histoire de... Bref, je ne veux pas savoir. Donc oui, je n'ai pas encore fait les tests mais elle devrait être localisable. Bon, sur ce, je vous laisse Messieurs. »

Il se dirige alors vers le Monastère, puis s'arrête, comme s'il venait de se souvenir d'un point important :

- « Ah oui, au fait, l'Ancien vous demande tous les deux d'interroger notre prisonnier. Vos pouvoirs pourraient être utile : Viktòr, pour s'assurer qu'il dise la vérité et Egon... si tu veux le persuader de faire... ce que tu veux. Tu ne voudrais pas lui demander d'imiter un âne en rut, qu'on rigole un peu ? »

Egon regarde Ho-Jin d'un air dubitatif, puis roulant des yeux avec un sourire amusé, il lui répond :

- « Mouais... j'imagine que je vais plutôt servir de garde du corps. »

Puis, accompagné de Ho-Jin, il suit Viktòr dans le monastère.

- « Tu viens avec nous finalement ? » Demande-t-il circonspect à Ho-Jin.

- « Non, je dois rejoindre l'Ancien. Il a besoin de mon aide. Une histoire de tapis. Je n'ai pas tout compris... »

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