Chapitre 25 : L'étranger.
Dimanche 9 décembre, 18h30
Bobigny. Petite ville-dortoir et industrielle de la banlieue aux abords de la capitale française.
En cette fin de week-end, le pourpre et le noir de la nuit commencent doucement à prendre le relais sur un ciel qui, malgré le froid de décembre, était encore bleu azur quelques minutes plus tôt. La circulation est fluide, et le paysage gris des immeubles des cités se teinte peu à peu de nuances rosées.
Le capitaine Sylvain Garcia Lopez est installé à l’arrière d’un véhicule de fonction, à moitié endormi sur la banquette. À l’avant, l’agent Dobrovic conduit, tandis que Mandrin, fidèle à ses habitudes, occupe la place du mort.
Alors qu’ils roulent tranquillement vers l’un des quartiers bourgeois de la ville, Mandrin se retourne discrètement pour s’assurer que son capitaine est toujours là, et surtout en état, malgré les multiples vicissitudes de la journée. En le voyant somnoler, il n’ose pas lui adresser la parole et se contente d’attendre que le conducteur les mène à destination : le domicile de Garcia.
Les consignes avaient été claires. Mandrin et Dobrovic — agent de la section criminelle et, accessoirement, bon ami de Mandrin — avaient été désignés pour assurer la protection du capitaine, après la tentative d’assassinat survenue dans l’après-midi. Garcia avait bien entendu protesté, avec vigueur. Mais un compromis avait finalement été trouvé : les deux policiers resteraient en planque dans le véhicule de fonction.
Et surtout, personne n’alerterait Madame Garcia.
Le capitaine avait besoin de repos. Il voulait préserver le peu de calme et de sécurité qu’il lui restait, ainsi que sa petite famille — même si celle-ci se résumait à sa femme et lui.
Le véhicule banalisé — une Peugeot 206 gris anthracite — arrive finalement devant un immeuble entouré de verdure et d’arbres, puis se gare sur une place visiteurs située près de l’entrée du bâtiment. Le capitaine se réveille doucement, sans doute parce que la berceuse feutrée du moteur vient de s’éteindre.
— Voilà, Chef. On est chez vous, annonce Mandrin en voyant son supérieur émerger lentement des bras de Morphée.
Il ajoute aussitôt :
— On reste ce soir dans la voiture et on surveille l’entrée. Vous savez s’il y a une autre issue à l’immeuble ?
Garcia cligne des yeux, encore engourdi par la fatigue.
— Oui… La porte du garage, derrière le bâtiment. Mais il faut une clé pour l’ouvrir. Et à moins de faire sauter le portail blindé avec du C4, je ne vois pas comment mes potentiels agresseurs pourraient entrer.
Il marque une pause, puis conclut d’une voix éraillée :
— Pas la peine de la surveiller.
Mandrin observe son supérieur avec inquiétude tandis que celui-ci ouvre la portière et s’extrait du véhicule tant bien que mal. Garcia referme la porte, défroisse machinalement sa veste en passant les mains sur son torse, puis s’avance tranquillement vers l’entrée de l’immeuble.
Il est épuisé. Écrasé par cette journée faite d’attaques, de morts et de questions sans réponses.
Mais surtout — surtout — une seule pensée le ronge depuis sa visite en prison, puis chez le coroner :
Ils sont partout.
Une autre surgit aussitôt, comme un écho ancien, une voix d’outre-tombe répondant à la première :
Nous sommes Légion.
Mandrin, toujours dans la voiture, observe le capitaine s’éloigner vers son immeuble. Un très mauvais pressentiment lui noue l’estomac. Il sent qu’une catastrophe peut survenir à tout moment, là, tout de suite.
Il voit Garcia s’approcher du digicode, juste à côté de la porte d’entrée. Avant même que son supérieur n’effleure la première touche, Mandrin ouvre violemment la portière et crie :
— CAPITAINE !
Garcia se retourne, encore un peu hagard, la main suspendue dans le vide devant le clavier. Après quelques secondes, il lance :
— Qu’est-ce qu’il y a, Mandrin ?
— Euh…
Mandrin ne sait pas quoi dire. Il reste planté derrière la portière ouverte, ce qui commence sérieusement à agacer Dobrovic, resté au volant en tant que chauffeur — et renfort, au cas où.
Après une seconde d’hésitation, Mandrin sent le talkie-walkie accroché à sa ceinture sous sa main. Une idée fugace lui traverse l’esprit. Gagner du temps. N’importe comment.
Il décroche l’appareil et le tend à Garcia.
— S’il y a un problème, Capitaine, utilisez-le. On reste là, avec Dobrovic. Au moindre souci, vous appelez et on arrive !
Garcia pousse un profond soupir, à la fois exaspéré… et légèrement rassuré.
Qu’est-ce que Mandrin peut lui taper sur les nerfs. Mais au moins, il est fiable.
— Oui, oui. Ne vous inquiétez pas, Mandrin. Je ne risque rien… Passez une bonne nuit dans la bagnole. Et appelez-moi si vous avez besoin de quoi que ce soit, d’accord ?
Il se retourne et, machinalement, tape son code sur le digicode. Lorsqu’il appuie sur la dernière touche — le dièse censé déclencher le grésillement électronique de la serrure — un cri retentit derrière lui :
— NON !!
Encore Mandrin, la main levée devant son visage comme pour se protéger d’un danger invisible.
Mais Garcia a déjà appuyé.
Le vrombissement électronique se fait entendre. La porte se déverrouille.
Le capitaine pousse la porte et pénètre dans le hall de l’immeuble. Avant de la refermer, il se retourne une dernière fois.
Mandrin est toujours là, figé derrière la portière grande ouverte, le regard braqué sur lui comme s’il le voyait partir pour la dernière fois. Derrière le volant, Dobrovic invective son collègue, manifestement persuadé que celui-ci essaie soit de faire baisser la température de l’habitacle, soit de réchauffer les petits oiseaux endormis dehors par ce froid glacial.
Garcia esquisse un sourire.
L’attitude bon enfant de ses collègues a au moins le mérite de lui réchauffer un peu le cœur.
Il referme la porte derrière lui et s’enfonce dans l’immeuble.
— Je ne le sens pas… murmure Mandrin.
— Quoi ? De quoi tu parles ? répond Dobrovic en lui jetant un regard vaguement agacé.
Il attrape une canette de boisson énergisante coincée dans la portière, l’ouvre sans ménagement et en avale une longue gorgée, parfaitement détendu.
— Le capitaine a été poursuivi aujourd’hui. Un de nos suspects principaux est mort chez lui, dans des circonstances très bizarres. Un autre s’est suicidé… ou alors on l’a aidé.
Ça fait trop de morts dans une seule journée. Deux morts et une tentative. J’aime pas ça.
— Greg, tu t’inquiètes pour rien. Pourquoi le meurtrier viendrait ici ? Personne ne nous a suivis.
Dobrovic aspire bruyamment le liquide sucré avant d’ajouter, fataliste :
— Et au pire, s’il y a un problème, le capitaine nous appellera. On est là.
Mandrin, lui, est loin d’être rassuré.
D’ordinaire, lors des planques, il en profite pour se goinfrer de cochonneries industrielles. C’est le seul contexte où il peut le faire sans subir les remontrances de sa mère.
Car oui, Grégory Mandrin vit encore chez sa mère.
Jeune, célibataire, avec un maigre salaire d’inspecteur débutant, cela lui permet de limiter les dépenses et de mettre un peu d’argent de côté. Et puis, sa mère est âgée et seule. Il y est très attaché, même si elle a tendance à être excessivement protectrice — et parfois franchement infantilisante. En échange, il profite encore des bons petits plats et peut veiller sur elle.
Mais ce soir, les friandises ne lui disent rien.
Une intuition, peut-être. En tout cas, le sucre serait une erreur. Il a besoin de rester en alerte, tous les sens aux aguets. Il est persuadé que quelque chose va se produire. Et que ce ne sera pas joli.
Ce qui lui a mis la puce à l’oreille, bien sûr, c’est la tentative d’assassinat contre son capitaine. Mais surtout l’état dans lequel Garcia est ressorti des bureaux du docteur Sven.
Pâle. Apathique. Silencieux.
Quelque chose s’était passé là-bas. Mandrin n’a jamais su quoi, Garcia n’ayant plus ouvert la bouche depuis. Mais cela a suffi à lui glacer le sang.
C’est la première fois, depuis qu’il travaille à la Criminelle, qu’il voit son capitaine dans un tel état.
Mandrin a les yeux rivés sur la porte de l’immeuble, puis sur la troisième fenêtre en partant de la gauche, au cinquième étage. Elle s’allume au bout de quelques minutes — le temps que son capitaine prenne l’ascenseur, en sorte, puis se dirige vers la porte de son appartement et l’ouvre.
Normalement, Mélanie Garcia, son épouse, est à la maison.
Pourtant, presque toutes les lumières restent éteintes jusqu’à ce que Garcia arrive chez lui et actionne le premier interrupteur, dans le vestibule. Peut-être n’est-elle pas encore rentrée ? Elle devait aller au cinéma avec des amies. Du moins, c’est ce qu’avait dit Garcia.
Pourtant, sa voiture est bien là.
Une petite Twingo bleu pastel, garée à sa place dans le parking.
Alors quoi ?
Peut-être n’a-t-elle pas voulu s’embêter à trouver une place dans la capitale. Peut-être a-t-elle préféré prendre le métro…
Mandrin n’aime pas ça.
Le capitaine Garcia arrive finalement devant la porte d’entrée de son appartement. Il sort la clé de sa poche, l’introduit dans la serrure et tourne.
La clé se bloque.
La porte est déjà ouverte.
Il fronce les sourcils, un peu surpris, puis se dit qu’il doit être plus fatigué qu’il ne le pensait. Il a utilisé sa clé machinalement. De toute façon, Mélanie est forcément rentrée : il a vu sa voiture dans le parking en bas de l’immeuble.
Il baisse la poignée et ouvre doucement.
Tout est noir.
Peut-être est-elle déjà couchée ? Pourtant, il n’est pas si tard, et Mélanie n’est pas du genre à se coucher avec les poules.
Alors une image s’impose brutalement à son esprit : Mandrin, debout près de la voiture de fonction, le regard rivé sur lui, pendant que Dobrovic l’abreuvait de noms d’oiseaux. Mandrin était mort d’inquiétude.
Pourquoi ?
Son instinct de flic, peut-être.
Garcia connaît bien ça. Sa longue expérience lui a appris une règle presque mystique : ne jamais balayer ses propres impressions. Ni celles des collègues. L’instinct de flic… ou plutôt celui de la survie.
Il pose la main sur son arme de service, la sort lentement de son holster et désamorce la sécurité.
Puis, avec précaution, il referme la porte derrière lui.
Pistolet levé, il avance, sur ses gardes.
— Méla ? T’es là, ma puce ?
Aucune réponse.
De la main gauche, il cherche l’interrupteur du couloir, tout en gardant son arme pointée devant lui, prêt à faire feu sur un adversaire invisible. Ses doigts trouvent le bouton. Il appuie.
La lumière s’allume.
Il avance lentement dans le couloir, qui mène au salon plongé dans l’obscurité. Il actionne l’interrupteur de la pièce. Dès que la lumière jaillit, il pivote aussitôt, arme levée, en direction du couloir sur sa gauche — celui qui mène aux chambres et à la salle de bain.
Clear, se dit-il presque machinalement.
Aucun mouvement. Aucune ombre suspecte.
Il progresse alors dans le salon, puis vers la salle à manger. Une porte donne sur la cuisine. Elle est entrouverte, laissant filtrer un mince filet de lumière.
La cuisine est allumée.
Mélanie doit être en train de préparer le repas.
Cette pensée le soulage un peu… mais pas complètement.
Pourquoi ne répond-elle pas ?
Il l’appelle de nouveau, plus fort cette fois, tout en poussant lentement la porte de la cuisine. Il reste à couvert derrière le battant, arme au poing, prêt à tirer.
— Mélanie ? C’est moi. Tu fais quoi ?
Il se tait aussitôt et écoute.
Un souffle. Une respiration irrégulière. Puis un léger gémissement de femme.
Son sang ne fait qu’un tour.
Il se plaque derrière la porte, active discrètement le talkie-walkie accroché à sa ceinture, puis donne un violent coup de pied dans le battant.
La porte s’ouvre à la volée.
Le spectacle qui s’offre à lui est un cauchemar.
Un homme qu’il n’a jamais vu. Le teint buriné, presque rouge. Dans une main, une lame à cran dentée. De l’autre, il maintient Mélanie contre lui, sa paume plaquée sur sa bouche pour étouffer tout cri.
Les yeux de Mélanie sont exorbités de terreur. Ils supplient Garcia de ne rien tenter de stupide, tout en appelant à l’aide dans des sanglots muets.
— Bonsoir, Capitaine, dit l’inconnu.
Sa voix est nasillarde, presque métallique, comme si elle passait à travers une grille. Elle traverse Garcia comme des pics de glace.
— Qu’est-ce que vous foutez chez moi, bordel ? Qu’est-ce que vous voulez ? Qui êtes-vous ?
Garcia force son esprit à rester froid. Lucide. C’est une prise d’otage. Sa femme. Il doit tenir.
Au plus profond de lui, il prie pour que Mandrin et Dobrovic entendent chaque mot transmis par le talkie-walkie.
— Je ne serai pas long. Ne vous en faites pas, répond l’étranger. Je ne suis qu’un messager.
Il fixe Garcia sans ciller.
Ses yeux sont entièrement noirs. Pas une trace de blanc. Deux orbites d’encre pure.
Un éclat rouge y apparaît fugitivement, comme une étincelle vivante.
Garcia ne comprend pas ce qu’il voit. Il sent un frisson lui parcourir l’échine. Pourtant, il ne baisse pas son arme. Il attend.
Mélanie, tétanisée, garde les yeux rivés sur lui, suspendue à la moindre de ses décisions.
— Nous ne ferons plus de victimes.
Nous avons trouvé ce que nous cherchions.
Mais vous allez laisser tomber cette affaire.
Il marque une pause, comme s’il laissait le temps aux mots de s’imprimer.
— Vous avez déjà vos coupables. Lemaitre. Morant.
Nous les avons neutralisés pour vous.
Sa voix métallique, dénuée de toute émotion humaine, vrille les tympans de Garcia.
— Qui êtes-vous ? répond le capitaine, d’un ton sec, autoritaire, en appuyant chaque syllabe.
L’étranger esquisse un semblant de sourire.
— Vous le savez déjà, Capitaine.
Nous sommes Légion.
Il incline légèrement la tête.
— C’est écrit dans l’un de vos livres. Celui sur lequel une partie de votre espèce fonde ses croyances… et son origine.
— Arrêtez vos conneries, lâchez ma femme.
Elle n’a rien à voir avec cette histoire.
Une lueur rouge, plus vive, s’allume dans l’abîme noir de ses orbites.
L’étranger détourne lentement le regard vers Mélanie. Elle tremble, ses doigts crispés sur son bras. Ses yeux suppliants croisent ceux de Garcia, implorant sans un mot. Des sons étouffés tentent de franchir la main qui bâillonne sa bouche.
— Elle est précisément au cœur de cette histoire, Capitaine.
Il resserre légèrement sa prise.
— Elle est ma monnaie d’échange.
Classez l’affaire. Officiellement. Définitivement.
Et elle vous sera rendue saine et sauve.
Il relève les yeux vers Garcia.
— Vous n’entendrez plus jamais parler de nous.
Nous n’avons plus rien à faire dans le Royaume des Francs.
Sa voix devient plus basse, presque grave.
— Nous avons trouvé le maillon manquant.
Et nous allons bientôt le récupérer.
— Qu… quoi ?
Mais de quoi vous parlez, bordel ?!
— N’essayez pas de comprendre un conflit qui vous dépasse, Capitaine, répond calmement l’étranger.
Bientôt, tout cela n’aura plus aucune importance.
Il amorce un mouvement imperceptible.
— Car tout sera term...
Un bruit sourd brise l’atmosphère tendue.
La tête de l’étranger recule violemment, comme s’il venait de recevoir un coup invisible d’une force magistrale, au point que son crâne semble presque se détacher de ses cervicales. Une balle vient de lui frapper le front et se loge dans le mur derrière lui.
Mais elle ne vient pas de l’arme de Garcia.
Le capitaine se retourne brusquement.
Mandrin se tient derrière lui, le bras tendu, le canon encore fumant pointé vers l’inconnu à la voix métallique. Il a entendu toute la conversation par le talkie-walkie et est arrivé en renfort. Peut-être à cause de la tension extrême de la situation, Garcia ne l’a-t-il pas entendu approcher.
Profitant du relâchement soudain de la prise de son agresseur, Mélanie se précipite vers son mari. Mais la table de la cuisine lui barre le passage. Elle trébuche, perd l’équilibre et chute lourdement au sol, hors du champ de vision des deux policiers.
— Mélanie !
Garcia et Mandrin se ruent vers elle, enjambant la longue table ou glissant maladroitement sur le carrelage. Mais lorsqu’ils atteignent l’autre côté, ils s’immobilisent net.
L’étranger est déjà au-dessus d’elle.
Il relève lentement la tête.
Son visage est fendu par un sourire trop large, irréel, dévoilant une rangée de crocs acérés. De son front suinte un liquide noir et visqueux, épais comme de la poix. Ses yeux flamboyants projettent des rayons écarlates.
Il tient le visage de Mélanie entre ses mains.
Elle n’a plus aucune expression.
Un filet de sang commence à couler de ses narines… puis de ses orbites.
En une fraction de seconde, Garcia comprend ce qui est en train de se passer.
Il tire.
Encore. Et encore.
Les balles martèlent le torse du monstre, qui lâche enfin sa prise dans un cri strident. Mais Garcia ne l’entend pas. Il hurle lui-même, aveuglé par la panique, tirant sans compter, désespéré de sauver sa femme des griffes de ce démon.
Mandrin saute par-dessus la table aussitôt après lui, l’arme braquée, les yeux rivés sur l’inconnu.
Malgré la pluie de balles qui transperce sa poitrine, la créature parvient à se redresser. Elle chancelle une fraction de seconde… puis se rue vers la fenêtre fermée de la cuisine.
Le verre explose dans un fracas assourdissant.
Le monstre traverse la baie vitrée et disparaît dans le vide.
— NON !!!
Garcia serre le visage de sa femme contre son torse et laisse échapper un cri de douleur déchirant, animal.
Mandrin se précipite vers la fenêtre béante et se penche, cherchant le corps du regard.
Impossible.
Personne ne peut survivre à une telle chute.
Pas avec une armada de balles dans le corps.
Pas après plusieurs étages de chute.
Au même moment, Dobrovic est toujours au volant de la Peugeot banalisée, à l’affût du moindre mouvement vers l’étage où Mandrin s’est précipité en catastrophe. La bouche collée à son talkie-walkie, il appelle du renfort, qui devrait arriver d’une minute à l’autre — surtout après la rafale de coups de feu qu’il a clairement entendue depuis l’appartement du capitaine.
Soudain, un énorme « bong ! » le sort de ses appels frénétiques.
Une masse noire vient de s’écraser brutalement sur le toit du véhicule, enfonçant la tôle dans un fracas métallique assourdissant. La voiture tangue violemment. Puis, dans un mouvement sec et inhumain, la masse se projette hors du toit, provoquant un soubresaut brutal dans l’habitacle.
Dobrovic se retourne.
À travers le pare-brise arrière, il aperçoit une silhouette difforme — à mi-chemin entre l’humanoïde et l’animal — qui s’éloigne à quatre pattes, à une vitesse presque surnaturelle, avant de disparaître dans les bois sombres qui bordent la cité.
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