Chapitre 32 : Salomé
Mardi, six heures du matin.
Mardi, six heures du matin.
Le radio-réveil s’enclenche sur les informations du jour. Egon ouvre les yeux, sans bouger, allongé sur le ventre, la tête enfouie dans les oreillers. Il passe mentalement en revue les étapes de la journée : le trajet avec Ho-Jin, puis cette rencontre… revoir sa petite Salomé, qui a forcément changé.
Chaque fois qu’il retrouve ses amis mortels, ça lui fait mal : ils ne ressemblent plus à de jeunes gens, mais à ses aïeux. Salomé est une grand-mère, maintenant. Elle a dépassé les soixante-dix ans. Heureusement, d’après ce qu’il a appris par des tierces personnes — puisqu’il ne l’a pas revue depuis les premières années de Cassandra — elle se porte bien et a toute sa tête.
La vie est trop courte. C’est d’une cruauté absurde. Et le regret, comme toujours, vient lui serrer le cœur.
S’il avait pu, il serait allé la voir plus souvent. Il ne serait pas là, aujourd’hui, terrifié à l’idée de retrouver sa petite princesse… désormais si proche de la mort.
Il expire profondément pour chasser ces pensées sombres. Puis il finit par se lever.
Douche chaude. Habits. Café bien serré.
Il récupère le sac de voyage qu’il avait laissé à l’entrée et quitte l’appartement. Une fois dans la voiture, il envoie un message rapide à Ho-Jin pour le prévenir de son arrivée, puis démarre.
Une bonne heure plus tard, Egon arrive au point de rendez-vous. Ho-Jin l’attend déjà, sac à dos sur les épaules, gros écouteurs dernier cri sur les oreilles, les yeux rivés sur son smartphone qu’il tapote du pouce en envoyant des messages mystérieux.
La Maserati grise s’arrête à sa hauteur. Ho-Jin relève enfin la tête, ouvre la portière côté passager et s’engouffre dans l’habitacle. À peine la porte refermée, le coupé sport démarre comme une balle.
Dès la sortie du périphérique, Egon avale l’autoroute à toute allure, s’accorde quelques excès de vitesse et grappille ainsi deux bonnes heures sur le trajet.
Il est environ dix heures lorsqu’ils arrivent à Perros-Guirec. Grâce aux indications de Ho-Jin, Egon trouve la maison de Salomé sans difficulté. Il se gare un peu plus loin, près du petit chemin qui mène à la demeure de la vieille femme.
Ils sortent du véhicule sous un ciel noir, lourd, fendu soudain par un éclair. Quelques gouttes tombent… puis un coup de tonnerre assourdissant annonce une véritable trombe d’eau. Ils se mettent à courir vers la maisonnette et se réfugient sous le porche, trempés en quelques secondes.
Un deuxième éclair zèbre le ciel. Le tonnerre gronde, féroce.
Egon frappe deux coups puissants à la porte, pour être sûr d’être entendu : il veut entrer vite, avant d’être complètement glacé. Ho-Jin se colle derrière lui, tentant d’échapper au rideau de pluie.
Deux longues minutes passent avant que quelqu’un daigne enfin ouvrir.
Une femme apparaît. Chignon approximatif, quelques mèches en bataille sur le visage rosé. Elle fixe Egon de ses grands yeux bleus… et semble se figer en le voyant.
Egon la reconnaît aussitôt.
— Bonjour, Salomé.
— TOI ??
— Euh… oui. Bleda est avec moi. On peut rentrer ?
Au lieu de les laisser entrer, une gifle magistrale claque et tourne la tête d’Egon sur le côté. Salomé fulmine. Elle se retient de hurler, mais des années de frustration et d’incompréhension explosent d’un seul coup : elle crache ses mots au visage de son ancien protecteur.
— Comment oses-tu revenir ici, après tant d’années de silence ? Tu me prends pour qui ? Je ne suis pas une de tes conquêtes qu’on jette comme une vieille chaussette. Tu me considérais comme ta fille ! Comment un père peut-il disparaître comme ça… alors que… alors que…
Elle fond en larmes.
Egon porte une main à sa joue, encore endolorie. Le remords lui serre la gorge. Il lui prend les épaules avec toute la douceur dont il est capable, l’attire contre lui et la serre dans ses bras. Il embrasse ses cheveux, tente de la calmer, lui chuchote à l’oreille :
— Je te demande pardon, ma puce. Je n’ai pas d’excuses. Je n’aurais pas dû disparaître si longtemps… mais je ne pouvais pas faire autrement.
— Où étais-tu ? demande-t-elle entre deux sanglots.
Ho-Jin aurait voulu défendre son ami, mais il juge plus prudent de se taire. Il ne tient pas particulièrement à prendre une baffe, lui aussi.
Salomé s’écarte brusquement, les yeux rougis mais le regard toujours en feu.
— Où est Lisa ?
Egon se fige. Comment peut-elle savoir que sa petite-fille a disparu ? Il bafouille, incapable de répondre. Il tourne un regard suppliant vers Ho-Jin, espérant une idée, un soutien… Mais son ami est tout aussi stupéfait.
Egon se racle la gorge, pour se donner du courage.
— On peut rentrer, s’il te plaît ? On a fait un long voyage, on est crevés, il fait froid. Ce serait fâcheux que l’un de nous tombe malade.
Salomé s’adosse à l’encadrement de la porte, froide, le visage fermé. Elle hausse les épaules.
— Mmpf… Fais-moi rire. Depuis quand un guerrier de la Lumière chope la crève ? Les hommes… vous êtes tous les mêmes, quels que soient vos origines ou votre âge.
— Je vais tout t’expliquer. Mais s’il te plaît, laisse-nous entrer.
Sans répondre, Salomé leur tourne le dos, laisse la porte ouverte et part vers la cuisine attenante à l’entrée. Egon et Ho-Jin échangent un regard, puis se risquent à la suivre.
Salomé ne referme pas la porte derrière elle et se dirige droit vers la cuisine. Elle remplit une bouilloire d’eau et la pose sur le feu, gestes secs, presque mécaniques. D’un mouvement brusque, elle leur désigne le salon.
— Allez vous asseoir.
Ils obéissent sans discuter.
— Je vous prépare du thé. Pour vous réchauffer.
— Merci, Salomé, murmure Egon.
Elle ne lui répond pas.
— Mais je vous préviens, ajoute-t-elle d’un ton froid : j’ai des visiteurs.
À cet instant, Garcia et Mandrin, qui ont entendu l’échange depuis le salon, se demandent quel genre d’homme peut bien être celui qui a abandonné sa protégée pendant tant d’années.
Lorsqu’Egon et Ho-Jin entrent dans la pièce, les deux policiers, déjà ébranlés par les révélations de Salomé, restent figés. Mais Egon, lui aussi, s’immobilise aussitôt. Le choc est réciproque.
Seul Ho-Jin, qui ne connaît personne, se permet un sourire et un salut chaleureux.
— Bonjour !
Il avance d’un pas et tend la main.
— Je m’appelle Ho-Jin Williams. Je suis un ami proche d’Egon Guidrish.
Mandrin se lève aussitôt, tout aussi enthousiaste. Trop heureux de rencontrer — peut-être — des voyageurs du temps, il serre la main de Ho-Jin avec une vigueur disproportionnée, comme s’il saluait l’une de ses idoles.
— Lieutenant Grégory Mandrin. Enchanté, Monsieur Williams !
Garcia se lève à son tour, plus réservé. Il tend la main, posture professionnelle.
— Capitaine Garcia, de la Criminelle à Paris.
— Ah… enchanté, Capitaine, répond Ho-Jin, légèrement hésitant en lui serrant la main.
Puis, désignant Egon :
— J’imagine que vous connaissez déjà M. Guidrish, dans ce cas…
— Oui. On se connaît, tranche Egon.
Il attrape une chaise placée près de la grande table en bois derrière le canapé et s’y assoit lourdement.
Le silence tombe.
Un silence épais, électrique.
Garcia et Egon se fixent comme deux hommes prêts à dégainer des revolvers imaginaires pour régler leur compte en duel. Ho-Jin et Mandrin, eux, détournent le regard, contemplant tour à tour le plafond, les poutres, leurs chaussures — n’importe quoi, pour éviter la tension palpable.
On entend seulement Salomé, dans la cuisine, manipuler de la vaisselle.
Mais Mandrin ne supporte pas ce genre d’atmosphère.
Trop intrigué, trop excité à l’idée de se trouver peut-être face à un authentique guerrier de la Horde hunnique encore en vie, il prend son courage à deux mains et lâche la question qui le démange depuis qu’Egon a franchi le seuil.
— Monsieur Guidrish… est-ce que vous avez connu Attila ?
L’incongruité de la question tire enfin Egon de sa confrontation silencieuse avec le capitaine. Il fixe Mandrin, visiblement interloqué par cette demande improbable.
Garcia, lui, se tourne lentement vers son subalterne, prêt à lui régler son compte sur-le-champ. Ho-Jin observe la scène, passant d’Egon à Mandrin, suspendu à la réponse que son ami va bien pouvoir donner.
Le guerrier, décontenancé, finit par répondre :
— Euh… ça dépend. Lequel ?
Il fronce légèrement les sourcils.
— Kovács ? Nagy ? Attila Nagy ? Si c’est lui… aux dernières nouvelles, il va très bien. C’est mon dentiste, à Budapest.
Ho-Jin se mord le poing pour ne pas éclater de rire.
Garcia ne sait plus où se mettre.
Mandrin, lui, a les yeux qui brillent d’admiration mêlée de stupéfaction.
— Oh ! Wouah ! Il est devenu dentiste !
Il réfléchit une seconde, sincèrement perplexe.
— Mais… pourquoi ? Je n’aurais jamais imaginé qu’un tel conquérant choisisse ce métier !
Cette fois, Ho-Jin s’effondre littéralement dans le canapé, la tête enfouie dans un coussin, secoué par un fou rire incontrôlable.
Egon, désormais inquiet de la véritable nature de la question, se penche vers Mandrin, le regard inquisiteur.
— Très bien. De quoi vous parlez exactement, Lieutenant ?
Il soupire.
— Vous essayez de me faire dire que j’aurais connu l’Attila ? Ce type est mort depuis longtemps.
Il marque une pause, puis ajoute, plus pédagogique :
— Et puis, le prénom Attila est extrêmement courant en Hongrie. C’est comme Jean ou Michel en France. Il y en a partout.
— Egon. Arrête de jouer à l’innocent. Ils savent.
La voix de Salomé tombe comme une lame.
Elle surgit dans le salon, portant une pile d’assiettes et de couverts qu’elle pose brutalement sur la table derrière Egon. Les couteaux et les fourchettes s’entrechoquent bruyamment sur la nappe blanche.
— Bon, messieurs. Il est bientôt midi.
Elle les regarde tour à tour.
— Puisque vous avez manifestement beaucoup de choses à vous dire, je vous propose qu’on s’installe à la salle à manger et qu’on mange.
Elle croise les bras.
— J’ai fait réchauffer un rôti de porc avec des pommes de terre.
Puis, sèchement :
— Si vous voulez bien mettre le couvert pendant que j’apporte le reste, ce serait très aimable.
Egon attrape brusquement le poignet de Salomé.
Ses yeux sont écarquillés, la mâchoire crispée. Il parle à voix basse, chaque mot appuyé avec une colère contenue.
— Qu’est-ce que tu leur as dit, exactement, Salomé ?
Toute l’insolence et la rancœur de la vieille femme s’évaporent d’un coup. Elle a soudain l’air d’une adolescente prise en faute face à un père qu’elle a trop longtemps provoqué. Une image lunaire : une femme du troisième âge, face à un homme qui en paraît trente de moins.
Garcia observe la scène, abasourdi. Pour lui, c’est irréel.
Salomé fixe Egon, terrorisée.
Il la fusille du regard, attendant sa réponse.
Craignant que la situation ne dégénère — et qu’Egon prenne un peu trop à cœur son rôle paternel — Garcia intervient, sans détour :
— Elle ne nous a rien dit.
Il marque une pause, puis poursuit calmement :
— Nous avons découvert la vérité par nos propres recherches. Et votre ADN n’a fait que confirmer nos soupçons… même si cela paraissait totalement incroyable.
Sur ce point, le capitaine ment effrontément. Mais il préfère éviter une catastrophe domestique.
Egon lâche le poignet de Salomé et se tourne lentement vers Garcia.
— Détruisez ces tests.
Sa voix est glaciale.
— Ayant été déclaré innocent, je ne vous autorise pas à conserver ces éléments.
Il se penche légèrement en avant.
— Et si vous refusez, je vous attaque pour harcèlement et je vous colle un procès avec les meilleurs avocats de la capitale.
Un sourire sans joie.
— Croyez-moi, Capitaine : j’en ai les moyens.
Garcia ne bronche pas.
— Je comprends. Je demanderai que ces pièces soient retirées du dossier et détruites.
Il soutient le regard d’Egon.
— Mais je prends votre réaction pour ce qu’elle est : un aveu.
Egon ne répond pas. Il soutient le regard du capitaine, sans ciller.
— Vous êtes un homme de plus de quinze siècles, poursuit Garcia. Vous avez connu Attila, le Fléau de Dieu, la chute de l’Empire romain, et traversé plus de guerres et d’événements historiques que n’importe qui d’autre dans cette pièce.
Il se tourne légèrement vers Ho-Jin.
— À part peut-être votre ami asiatique…
Son regard s’attarde une seconde.
— Ce que confirment certaines particularités physiques : les scarifications sur ses joues et un crâne légèrement plus allongé que la moyenne.
Puis, calmement :
— N’est-ce pas, Monsieur Williams ?
Ho-Jin regarde Egon. Il ne dit rien.
Egon, lui, fixe toujours Garcia. Il attend. Il jauge. Il analyse, comme face à un adversaire potentiel.
Le capitaine reprend :
— Écoutez-moi bien, Egon.
Il inspire profondément.
— En quelques jours, j’ai vu plus de choses inexplicables que durant toute ma carrière.
Il enchaîne, méthodique :
— Nous savons que les meurtres de la rue Demarquay ont été commis par un groupe de démons. Qu’ils détruisent le cerveau de leurs victimes à l’aide de faisceaux rouges projetés depuis leurs yeux.
Nous savons aussi que les victimes sont toutes des femmes dotées de capacités occultes… ou leurs filles, ou leurs petites-filles.
Il marque un temps, reprenant un peu de thé tiède dans sa tasse de porcelaine.
— Toutes portent une marque de naissance en forme de cercle ou de spirale blanche, située sur la cuisse droite.
Egon fronce légèrement les sourcils.
— Toutes… sauf la dernière victime.
— Quoi ?
Le guerrier se redresse brusquement.
— Qui ?
Garcia soutient son regard.
— Ma femme.
Le choc est immédiat.
Egon se rassoit lentement, comme si ses jambes venaient de céder. Il appuie son dos contre le dossier de la chaise, tentant d’assimiler l’information.
— Toutes mes condoléances, Capitaine, murmure-t-il enfin.
— Elle n’est pas morte, répond Garcia.
Sa voix tremble à peine.
— Elle est dans le coma. Dans un état végétatif. Les zones cérébrales gérant les fonctions vitales n’ont pas été touchées.
— Quand ?
— Il y a deux jours. Dans la nuit de dimanche à lundi.
Egon ferme les yeux une fraction de seconde.
— Ils étaient combien ?
— Il était seul.
— Est-ce qu’il a dit quelque chose ?
— Oui.
Garcia hésite, puis poursuit :
— Qu’ils arrêtaient le massacre. Parce qu’ils avaient trouvé le maillon manquant.
— Merde…
Egon se prend la tête entre les mains. Il ne bouge plus. Il ne parle plus.
La colère, le regret, l’échec… tout se mélange et l’écrase.
Ils ont échoué.
Il comprend enfin la violence de l’accueil que Salomé lui a réservé. À sa place, il aurait fait pire.
Garcia ose alors poser la question, sans détour :
— Qui est le maillon manquant, Egon ?
Le guerrier relève lentement la tête.
— Lisa.
Puis il ajoute, le regard fixé sur le capitaine :
— Vous aviez raison. Tout ce que vous avez découvert est vrai.
Il inspire profondément.
— Sauf un point.
Il se lève à demi.
— Lisa possède un pouvoir. Un pouvoir immense. Elle est immunisée à tous les pouvoirs des démons. Et aussi… aux nôtres.
Un silence pesant s’installe.
— C’est précisément ce qui a causé notre perte, poursuit Egon. Elle porte la marque des sorcières — des Enchanteresses, comme nous les appelons. Mais la sienne est différente.
Il serre les poings.
— Sa marque est noire.
Il relève les yeux vers Salomé.
— Je veux comprendre pourquoi. Ce que cela signifie. Et surtout… d’où elle vient réellement.
Egon se tait.
— C’est pour cela que je ne suis venu que maintenant, dit-il enfin.
Sa voix est plus basse, plus contenue.
— Je devais te protéger. Te tenir à l’écart de ces attaques. Je ne pouvais pas donner de nouvelles, pour des tas de raisons.
Il marque une pause.
— Mon pays a été plongé dans une dictature pendant des années. Nous étions piégés. Même si j’ai réussi à être en France durant une grande partie de la guerre froide, j’ai été soupçonné d’espionnage pour le compte de Moscou. J’ai dû partir. Sinon, j’aurais fini en prison… ou exécuté.
Il inspire profondément.
— Je suis vieux, Salomé, mais je ne suis pas immortel. Une balle bien placée peut nous tuer sur le coup. C’est déjà arrivé à l’un des nôtres.
Il la fixe droit dans les yeux.
— Mais surtout… je suis venu comprendre les origines de Lisa.
Un silence plombe la pièce. Tous sont attentifs autour du guerrier, regardant tour à tour Egon puis Salomé.
— Oui, nous avons échoué à la protéger. Oui, les démons l’ont capturée. Je ne sais pas où elle est, mais je crois savoir qui la détient.
Salomé relève brusquement la tête.
— Qui ? demande-t-elle.
— Un roi démon qui se fait appeler François.
Une fraction de seconde, à peine perceptible. Mais Egon la voit.
Un relâchement. Un soupçon de soulagement sur les traits de la vieille dame.
Garcia le remarque aussi. Le ton d’Egon se durcit aussitôt.
— Comment est-ce que tu le connais ?
— Je ne sais pas qui c’est.
— Tu mens.
— Non, je t’assure, Egon, je ne l’ai jamais vu !
— Ah oui ?
Il avance d’un pas.
— Pourtant, tu me gifles parce que tu as compris que nous avions échoué… et que Lisa était entre leurs mains. Mais quand je prononce son nom, tu manques de sourire. Pourquoi ?
Salomé vacille.
Ses mains tremblent. Elle se tord les doigts, hésite, cherche une échappatoire… puis cède.
— C’était… Cassandra.
Sa voix est à peine audible.
— C’est elle qui le connaissait. Elle a prononcé son nom plusieurs fois.
— Nous y voilà, lâche Egon, exaspéré.
Salomé lève les yeux vers lui, terrifiée. La voix du guerrier claque :
— Salomé. Mens à qui tu veux. Mais pas à moi. Pas à nous. Jamais.
Il serre la mâchoire.
— C’est une trahison envers la Confrérie. Et tu le sais. Maintenant, tu vas arrêter cette comédie.
Il désigne la pièce, d’un geste large.
— Tes mensonges ont contribué directement à la situation actuelle. Tu as voulu protéger Lisa avec des histoires pourries. Tu lui as fait croire que sa mère était morte, alors que nous savons tous les deux que c’est faux.
Salomé secoue la tête, affolée.
— Lisa est une bombe à retardement, poursuit Egon. Elle vient d’un monde qu’elle ignore totalement. Et cette ignorance, tu l’as entretenue. Cultivée.
Sa voix tremble, mais de colère.
— Si elle avait su ce qu’elle est réellement… Si elle avait compris ce que nous sommes… Nous aurions pu la protéger correctement. Elle aurait appris à maîtriser ses pouvoirs.
Il s’approche encore.
— Mais au lieu de ça, tu l’as laissée croire qu’elle était une paria.
— NON !
Salomé hurle, à bout.
— C’EST FAUX ! JE LUI AI SAUVÉ LA VIE !
Les mots sortent comme une déchirure.
Elle s’effondre dans son fauteuil, en larmes.

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