Chapitre 1
Ezlya
23h37, Académie Alright, Los Angeles (L.A.)
Je me regarde dans le petit miroir de poche.
Qu’est-ce que je déteste mon reflet.
J’ai de longs cheveux noirs comme le charbon, une peau métissée, dans les teintes olivâtres et… d’affreux yeux vairons. Un iris bleu et l’autre rouge.
Oui, un horrible héritage.
Heureusement que la Chouette m’a trouvé des lentilles vertes.
— Tu es prête, Wraith ? demande une voix dans mon oreillette.
— Oui, je souffle en rabattant une mèche derrière mon oreille.
Je ferme le miroir d’un “clap” et j’ouvre la portière de la voiture.
— Bien, reprends la voix, tu peux entrer, tu es attendue à l’intérieur.
Je hoche la tête, prends une grande inspiration et je m’avance dans la vallée qui borde le bâtiment.
Une main se pose sur mon épaule.
Je ne sursaute pas.
Je ne bronche pas.
Je tourne simplement la tête, une grimace dépitée sur le visage.
— Alors, Wraith, prête pour cette mission ?
Lyric.
Mon frère, mon jumeau.
Il est bien plus beau que moi, un teint plus clair, mélangeant les nuances pâles et métissées. Des courts cheveux sont d’une couleur plus foncée, des yeux – vairons eux aussi – bien plus beaux que les miens ; le premier nuance la couleur jaune – doré, jaune canard, jaune impérial, ocre jaune... – et le second fait de même avec la couleur violette – aubergine, lilas, pourpre, …
Seulement, lui, il porte des lentilles gris métal.
Sa carrure est impressionnante, beaucoup trop musclée pour un simple jeune adulte de dix-neuf ans.
Il est, dans les films romantiques de Netflix, le beau gosse qui fait tomber toutes les filles comme des mouches !
— Bien sûr, Mirage, que crois-tu ? Je n’ai jamais été aussi prête de ma vie !
— Cette mission, plus risquée que jamais, ne l’oubliez pas, tous les deux ! me souffle la voix dans l’oreillette.
J’acquiesce – même si mon interlocuteur ne me voit pas.
La voiture s’éloigne lentement dans un vrombissement à me donner la migraine.
Lyric attrape ma main droite et la serre avec un sourire encourageant sur les lèvres.
— Stresse pas, Wraith, on va y arriver !
— Oui, oui, Mirage, dis-je.
Mon frère agite les doigts et fait apparaître un petit papillon bleu et rouge.
Une illusion.
Il voltige devant mes yeux et disparaît lorsque je le chasse de la main.
— Mais ! proteste mon frère.
— Regarde, je souffle en montrant le bâtiment qui nous fait face.
— Oui, intervit la voix, c’est votre nouveau lycée, c’est ici qu’est votre cible.
Je hoche la tête et fixe l’établissement.
Une façade de pierre dissimulée par la nature. Tout le bâtiment est comme incrusté dans la vallée.
Peu de gens viennent par ici mais ceux qui y arrivent ne peuvent pas entrer à moins de posséder un pouvoir et d'appartenir à une espèce. Une barrière invisible fait office de protection et, lorsqu’on est en dehors, on ne peut distinguer aucun indice révélant de quelconques présences.
— Allons-y ! s’enthousiasme Lyric.
Bizarrement, son excitation me parvient et je souris à nouveau.
Et, main dans la main, nous nous sommes rendus dans l’académie.
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Yuki
23h34, bureau du directeur, Académie Alright, Los Angeles (L.A.)
Une voiture surgit à l’horizon. Noire, les vitres teintées.
Sûrement celle d’une autre famille de riches.
Elle s’arrête devant le portail et, peu après, deux personnes en sortent.
Une fille et un garçon.
De là où je suis, je ne peux pas voir leurs visages, cependant, ils me semblent louches.
Tout inconnu semble louche.
— Tu regardes quoi ?
Je m’écarte de la baie vitrée et je toise mon frère du regard.
— Il y a des nouveaux, je lâche dans un murmure.
Brian s'approche et regarde les inconnus, il esquisse un sourire.
— Super, ça va être beaucoup plus amusant, maintenant !
— Comment ça ? je soupire.
— Bah tu sais, Noé et Ilan, depuis leur retour, ils sont pas trop chelous ?
Je laisse sa question planer un moment dans la pièce avant de lâcher :
— Si, trop.
Je laisse mon frère à sa contemplation et je m’approche du bureau de mon père.
Oui, il s’est absenté quelque temps.
Je parle bien du directeur.
Son bureau n’est pas très grand mais a une vue directe sur l’entrée du campus. Les murs – blancs – sont couverts de bibliothèques inutilement décorées de livres.
— Bon, j’vais voir Charlotte, j’ajoute en sortant de la pièce.
— Ok, fait distraitement mon demi-frère.
Il ne me regarde même pas. Que ce soit avant ou après que j’ai fermé la porte.
Je reste quelques secondes dans le couloir.
C’est silencieux.
Trop silencieux.
« Bizarre… bizarre. »
L’impression d’être espionnée me frappe en pleine face.
— Qui est là ? dis-je d’une petite voix.
Un intrus ? Non, impossible. C’est sûrement quelqu’un de l’école.
— Montre-toi, lâche ! j’ordonne, plus froide.
Mon regard fouille les lieux.
Le couloir est blanc, orné de colonnes de pierre élégantes. Des tableaux et des sculptures l’habillent de part et d’autre. Un tapis rouge et soyeux le parcourt de long en large. Le plafond est haut, et un lustre de diamants y pend majestueusement. Mais il est éteint. L’obscurité s’infiltre dans chaque recoin.
Brusquement, une ombre bouge.
Instinctivement, je me mets en position de combat. Qui que ce soit, iel va goûter à mes poings.
Pourtant, la personne qui sort de derrière la statue n’a rien d’un intrus inconnu.
Cette peau ivoire, presque porcelaine.
Ces bras ornés de bandages pas toujours blancs.
Ces cheveux bruns, mêlant cannelle et chocolat.
Et surtout… ces yeux.
Rouge rubis. Rouge sang. Rouge menace.
Une aura glaciale, lourde, prête à s’abattre comme une tempête.
Ouais. Ce gars-là.
Noé.
— Désolé Yuki, siffle-t-il d’un ton vénéneux. Je ne voulais pas te faire peur.
Sa simple présence me met en alerte, quand il est là, tout mon être crie “danger”.
— T’inquiète, Noé, je réponds simplement du bout des lèvres.
Il me sourit amicalement mais ce simple geste me glace le sang.
Je le fixe alors qu’il s’éloigne, une seule question reste.
« Pourquoi se cachait-il… ? …Pour m'espionner ? »
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