La sœur Obscur (11)

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Nuisance passa près d'une échoppe pour voler un petit pain chaud, fit quelque pas, se rappela qu'elle avait de l'argent et revint pour payer son larcin. La jeune femme mâcha tout en rêvassant. Ignorant combien de temps elle allait errer à la recherche de la Fabuleuse, l'Obscur avait choisi de faire des réserves avant de retourner explorer la grotte. Dans le même temps, elle en avait profité pour écouter ce qui ce disait sur les récents événements et ci cela n'éveillait pas la mémoire de certains sur un possible voleur de Fabuleuse. Cependant, les seuls discours qu'elle avait entendu en rapport avec l'épée avait été l'expédition des Futurs et leur échec. Enfin, plutôt l'échec de la Prodige. Beaucoup semblait ravie que cette petite « teigne hautaine » est été remise à sa place de cette manière. L'Obscur avait été impressionnée de la vitesse à laquelle cette nouvelle s'était propagée, mais concernant le voleur de l'épée, il n'y avait rien de rien. Ça a dût arriver, il y a longtemps, longtemps. Nuisance s'arrêta au milieu de la rue en soupirant, le regard dans le vide.

Après une bonne minute, elle se secoua soudain. Allez, on y retourne. L'Obscur passa son sac en bandoulière par-dessus son épaule et retourna au fleuve et retrouva sans peine l'entrée de la grotte. Dans le tunnel noir, elle mordit son doigt pour faire perler une goutte de sang qu'elle fit tomber au creux de sa main. Faisant irradié son Don, la goutte s'illumina, éclairant l'espace d'une lueur rougeâtre. Ce n'était ni assez fort, ni assez clair pour lui permettre de voir à deux mètres autour d'elle, mais la jeune fille jugea ça suffisant. Elle retrouva le corps pourrissant du Mhonille, sauta par-dessus presque à l'aveugle et rejoignit la grotte dissimulée. Comme Joilaz avant elle, l'Obscur fouilla la cachette de fond en comble, sans succès. Puis, elle mit à sac la pièce du bureau, ouvrant, retournant, éparpillant sans trouver plus d'indice. Déçue, Nuisance ressortit pour observait les deux couloirs que les autres Futurs avaient emprunter. Après tout, elles n'avaient pas pris la peine d'aller plus loin, mais peut-être que le voleur l'avait fait. Au hasard, la jeune fille emprunta le couloir de droite. Elle avança un long moment avant qu'il se s'élargisse, puis ne se resserre, avant de déboucher dans un grand espace éclairé par une percée au plafond. Des plantes de déversaient par l'ouverture, l'obstruant presque complètement et faisant comprendre qu'elle se trouvait sous l'autre rive du fleuve. Avec les quelques rayons de lumière qui passaient, Nuisance put explorer l'endroit plus clairement qu'avec sa goutte de sang.

La première chose qu'elle nota fut le tas de roches, en-dessous de la percée. Sur les pierres, l'Obscur reconnu les traces blanches laissées par une lame. Elle leva à nouveau les yeux. Quelqu'un a percé la roche pour entrer... et probablement sortir. Nuisance se tourna vers le tunnel qu'elle avait emprunté. Quelqu'un qui ne connaissait pas l'entrée dans le fleuve. Et qui ce pourrait être mis à part notre voleur ? Au vu des plantes, il était clair que la visite n'avait pas eu lieu il y avait peu. L'Obscur fit le tour de l'endroit, observant chaque coin avec précaution. Puis, repartit explorer le tunnel de gauche, uniquement pour finir dans le nid du Mhonille et s'empresser de faire demi-tour. Elle n'avait rien appris d'autre et décida de sortir pour trouver l'entrée utiliser par le voleur.

L'exploration de l'autre rive fut particulièrement laborieuse car la route y était cerné de bois laissé à l'abandon où la végétation avait tous les droits. C'est après de nombreux efforts que l'Obscur manqua de tomber dans la trouée qu'elle cherchait. A nouveau, Nuisance se lança dans une fouille frénétique des environs. C'est au bout d'un long moment de recherche qu'elle trouva un signe. C'était un petit signe, deux cercles emboîtés, gravés au bas d'un tronc d'arbre. Nuisance resta à observer la marque, hésitante à assurer sa supposition. Pourtant, personne d'autre n'aurait pu utiliser ce signe. Il n'y avait donc qu'une conclusion possible. C'est un Obscur qui a l'épée ?

Dès lors, elle chercha sur tous les arbres alentours, les signes qui devaient mener à celui-ci. C'était des marques pour indiquer un chemin. De toute évidence, repérer la cavité en-dessous avait été le but du graveur, Nuisance devait maintenant remonter le code pour trouver le point d'origine. Au bout d'une heure, elle découvrit le cercle unique qui marquait le départ et juste à côté, un chemin qui n'avait pas été emprunter depuis un certain temps. En le suivant, l'Obscur finit par entendre des voix féminines et des éclaboussures. De son petit chemin, elle en vit un autre dévier vers ce qu'elle supposait être une rivière. En se penchant un peu, Nuisance vit une jeune fille qui se tenait assise sur un rocher, livre en main, veillant sur les habits de ses camarades allaient se baigner.

-Excusez-moi ?

L'adolescente releva brusquement la tête. Un instant inquiète, elle sembla s'apaiser en apercevant Nuisance :

-Je peux vous aider ?

-J'aurais voulu savoir si vous aviez aperçu une personne portant une épée, venant de ce chemin, il y a quelque temps ?

La jeune fille prit le temps de la réflexion avant de se lever :

-Attendez.

Elle disparut moins d'une minute :

-J'ai demandé aux filles, elles viennent.

Elle repartit avec les affaires dans les bras. Nuisance patienta, puis sept filles apparurent. La plus âgée qui devait avoir une vingtaine d'année, s'approcha :

-Vous cherchez un épéiste ?

-Pas exactement. Je ne sais pas si c'est un homme ou une femme, mais quelqu'un portant une épée qui aurait emprunter ce chemin.

-Plus personne ne l'utilise ce chemin.

Elle se tourna néanmoins vers le groupe pour chercher confirmation quand l'une des fillettes demanda :

-Mais c'est pas l'histoire de Vrekl ?

L'aînée fronça les sourcils :

-L'histoire de Vrekl ? Laquelle ?

-L'histoire de l'homme muet.

Le regard de deux autres filles s'illuminèrent :

-Mais oui. Il a dit qu'un homme muet venait de la forêt.

L'aînée revint à Nuisance pour expliquer :

-Vrekl est un des garçons. Il a vu un homme venir par ce chemin, il y a quelques temps. Mais je ne sais plus s'il a parlé d'une épée.

L'espoir fit battre le coeur de l'Obscur un peu plus vite :

-Est-ce que je pourrais lui parler ?

-Oui, venez. Oprimet, va chercher les garçons.

Une adolescente s'éclipsa rapidement. Les filles plus jeunes semblèrent ravies de savoir que l'Obscur les accompagnerait et la pressèrent de question auxquelles Nuisance ne put répondre :

-Pourquoi tu le cherches ?

-C'est quoi l'épée ?

-C'est une épée magique ?

-C'est un Seigneur du Don aussi ?

La jeune fille qui avait fait le guet pour ses camarades, tapa dans ses mains :

-Ça suffit tout le monde, c'est trop indiscret.

Nuisance se rendit compte qu'elles étaient déjà arrivées. Une portion de terre avait été travaillé pour faire un potager devant une veille maison qui avait subit de nombreuses réparations. Étonnant qu'elle tienne encore debout. Une appendice avait été ajouté qui servait de garde-manger et de cuisine. Une large table était installée contre le mur et des tabourets rudimentaires avaient été rangés dessus. A peine eut-elle finit ses observations que des éclats de voix lui firent tourner la tête. Un groupe de six garçons apparut. Comme les filles, l'écart d'âge était important. L'un des garçons portait un bébé de quelques mois, alors que l'aîné devait avoir près de vingt-cinq ans. Les six se figèrent en apercevant l'inconnue et la jeune Oprimet s'empressa d'expliquer :

-C'est une Seigneur du Don qui cherche quelqu'un. L'homme que Vrekl a vu sur le chemin.

Nuisance fut un instant saisi d'être appelé Seigneur du Don, puis réalisa que pour les Dépourvus de Don, il ne devait pas y avoir de distinction entre un garde, un serviteur, un disciple, un maître et un Obscur. Il y avait, simplement, ceux qui possédaient le Don et eux.

Cependant, un garçon d'une dizaine d'année s'avançait timidement. Nuisance le toisa de haut :

-C'est toi qui a vu l'homme ?

Intimidé, le garçon hocha la tête, se cachant derrière un de ses aînés.

-Venant du chemin là-bas ?

Nouvel hochement de tête. Nuisance se tourna vers les autres :

-Vous ne l'avez pas vu quand il est arrivé ici ?

L'un des garçons répondit :

-Il n'est pas arrivé ici.

Au froncement de sourcils de l'Obscur l'une des filles ajouta :

-On était tous là. On mangeait. Vrekl s'était éclipsé parce qu'il s'ennuyait, mais si l'homme était venu ici, on l'aurait vu.

Nuisance revint à l'enfant :

-Est-ce qu'il avait une épée ?

Hochement de tête.

-Elle était comment l'épée ?

L'enfant marmonna des mots qu'elle n'entendit pas. Elle allait lui demander de répéter quand l'aîné des garçons prit les devants :

-Le fourreau et la garde étaient blancs.

Nuisance acquiesça se disant que cela pouvait ressembler à une épée exceptionnelle.

-Il est passé sur le chemin, et puis ?

Le garçon marmonna encore et l'aîné traduisit :

-Il l'a salué, mais l'homme n'a pas répondu. Il lui faisait un peu peur, alors il n'a pas insisté et est rentré par un autre chemin. Il n'a pas vu où l'homme allait exactement.

Nuisance observa les alentours. Elle pouvait entendre, clairement les cours d'eau sur sa droite et sa gauche.

-Vous êtes cernés d'eau ?

L'aînée des filles répondit :

-Oui. On a une rivière de ce côté, une autre de celui-là et elles se rejoignent de ce côté.

Elle indiqua un point derrière la maison.

-On peut les traverser à la nage ?

Les deux groupes répondirent par la négative. Un des garçons précisa :

-On a des barques pour traverser.

L'une des filles dit encore :

-Mais aucune barque n'a été volée.

Comprenant où elle voulait en venir, Nuisance se perdit dans ses réflexions. S'il n'a pas volé de barque, s'il n'a pas pu nager, s'il n'est pas arrivé ici... soit il a fait demi-tour après le départ du petit, soit il est encore dans cette zone. L'Obscur revint sur ses pas, laissant sur place garçons et filles. Elle explora de fond en comble l'espace entre le chemin et la maison.

Lorsque le soleil commença à se coucher et qu'elle s'était assise pour réfléchir, un des garçons approcha :

-Excusez-moi.

Nuisance leva la tête.

-Marp voudrait savoir si vous voulez manger avec nous.

L'Obscur le fixa un instant, pensant avoir mal entendu :

-Manger ?

-Oui, le repas est prêt. Est-ce qu'on vous prépare une assiette ?

-Une assiette ?

Le garçon commença clairement à se demander si c'était l'audition ou le cerveau qui ne fonctionnait pas bien :

-Oui, pour manger. On va se mettre à table, vous voulez vous joindre à nous ?

Tout cela n'avait aucun sens pour Nuisance. Personne ne l'invitait à manger avec personne.

-Me joindre à vous ?

-Oui, à table.

-A table. Pour manger.

-C'est ça.

-Avec vous.

-Si vous le voulez.

Nuisance se leva droite comme un piquet, figée dans l'attente d'une quelconque traîtrise. N'allait-on pas la battre si elle osait s'asseoir à table ? Leur ancien maître s'amusait à ce genre de chose, leur donner un ordre en sachant qu'ils ne pouvaient désobéir, puis les faire battre pour avoir enfreint les règles. Mais là, il n'y a pas de maître, je ne suis pas obligée d'obéir... ce n'était pas vraiment un ordre de toute façon, juste une suggestion. Peut-être que c'est une blague, voir si je vais vraiment tomber dans le panneau ? L'Obscur ne craignait pas l'humiliation, cela avait été son quotidien pendant des années. Aussi, elle se dit que même si c'était une plaisanterie, au moins, cela ferait rire les enfants.

Elle était un peu rigide en s'installant sur le tabouret qu'on lui présentait. La jeune fille s'était attendu à ce qu'on lui retire, mais rien était arrivé. Maintenant, elle se demandait juste à quel moment les coups allaient commencer à pleuvoir. On lui servit une assiette et Nuisance commença à grignoter le contenu en observant les occupants de la table. A peine assise, une des adolescentes lui demanda :

-Alors, vous avez trouvé des indices ?

Nuisance secoua la tête de gauche à droite, sans baisser sa garde. Comme il était visible qu'elle n'était pas disposée à parler, les jeunes gens discutèrent entre eux, la laissant ruminer dans son coin. L'Obscur dévora son assiette en un rien de temps, désireuse de se tirer du mauvais pas dans lequel elle s'était fourrée. Nuisance allait repartir quand l'aîné des garçons l'arrêta :

-Je pense que vous devriez arrêter pour ce soir. La nuit tombe, vous n'allez rien y voir.

Un autre enchaîna :

-On vous a préparé un lit.

Nuisance battit des paupières :

-Un lit ?

-Oui, vous voulez que je vous montre.

Le petit avait l'air bien heureux de se rendre serviable, mais Nuisance était bloquée :

-Pourquoi faire un lit ?

L'une des fillette rit :

-Bah pour dormir.

-... moi, dans un lit ?

Elle entendit le garçon qui était venu la chercher pour le repas marmonner :

-Et ça recommence.

Nuisance n'eut par le temps d'être plus perturber, les plus jeunes lui saisirent les mains pour l'entraîner dans la maison. Il n'y avait qu'une pièce, pleine de petits lits. Au fond, une longue table faisait tout le long du mur où était posés, soigneusement pliés, quelques vêtements et couvertures supplémentaires.

-Ton lit est là.

Nuisance observa le lit près de la porte. Peut-être qu'il y avait quelque chose dedans. Elle s'approcha pour regarder dessous et soulever les couvertures. Les petits s'amusaient de sa réaction :

-On a fait le lit tout seul.

-Il est bien hein ?

L'Obscur dut s'avouer qu'il s'agissait d'un lit tout à fait réglementaire, sans aucun piège.

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