La soeur Obscur (20)

7 minutes de lecture

-Je pense que le fils de ma mère est assez grand pour se débrouiller tout seul.

La réponse blessa Gavté qui hésita encore avant d’abandonner :

-Gracieuse n’est plus chez les Yhoma. Un Errant en a pris possession il y a quelques années. J’ignore où il peut se trouver actuellement, mais il est dans la région. Il est appelé le Foudroyant Esprit.

-On lui a donné un titre ?

-Il est assez populaire. Apparemment, il a chassé d’innombrables créatures et esprits.

-Je ne devrais pas avoir trop de problème à retrouver sa trace, alors.

Gavté hocha la tête. Comme Joilaz faisait mine de se lever, son oncle la retint :

-Pour ton frère. Je vais demander à mes espions d’ouvrir l’oeil.

-Pourquoi me le dire ? Tu ne t’es pas donné la peine de me tenir au courant de tes projets avant.

Le chef se leva pour dire d’un ton sévère :

-Je l’ai fait, mais je ne crois pas que tu te sois même donné la peine de lire mes lettres.

Joilaz le jaugea encore un instant avant de s’éloigner. Nuisance nota que quelque chose n’allait pas et s’empressa de la suivre, tandis que Gavté annonçait :

-Je vous ai fait préparer des chambres.

Des serviteurs s’empressèrent de les guider vers les deux pièces qui leur étaient réservées. A peine s’étaient-ils éloignés que Nuisance se glissa dans la chambre de la Prodige :

-Je peux être indiscrète.

Joilaz s’étonna :

-Il te faut une permission ?

L’Obscur y réfléchit un instant :

-Je sais pas trop.

-Qu’est-ce que tu veux savoir ?

-Est-ce que tu ne t’inquiètes pas pour ton frère ?

Joilaz corrigea :

-Le fils de ma mère. Non. Pourquoi je devrais ?

-De ce que j’ai cru comprendre quelque chose ne va pas avec son Don.

-Il y a des gens qui s’occupe de lui.

-Pourquoi tu as été surprise qu’il te demande des nouvelles de ton… du fils de ta mère ?

Joilaz resta quelques secondes sans répondre, pesant sans doute les conséquences de ce qu’elle dirait. Son hésitation étonna l’Obscur :

-C’est si grave que ça ?

La Prodige eut un sourire :

-Si tu veux en savoir plus, il va falloir me parler des Obscurs.

-Pourquoi ?

-Donnant-donnant.

Nuisance devint méfiante :

-Qu’est-ce que tu veux savoir sur les Obscurs ?

-Où on les achète par exemple.

-Non.

Joilaz lui fit face, mais lorsqu’elle parla, la jeune fille sembla plus être en train de réfléchir à haute voix que de s’adresser à Nuisance :

-Comment certains trouvent où vous acheter si personne n’en parle ? Comment cet abruti de chef à pu trouver et pas mon père ?

Je suppose que l’abruti de chef est mon ancien maître.

-Ton père veut un Obscur ?

-Pourquoi crois-tu qu’il soit allé à tous ces dîners ridicules toutes ses années.

Nuisance croisa les bras :

-Il ne s’agit pas que de les trouver, il faut aussi les lier à leur maître.

Joilaz hocha la tête :

-Oui, il sait.

L’Obscur s’étonna :

-Vraiment ?

La Futur sembla revenir à elle, l’air mécontent :

-Bien sûr. C’est son obsession depuis qu’il est jeune. La seule chose qui lui manque, c’est de trouver où en acheter.

Nuisance haussa les épaules :

-Je ne peux pas aider.

Joilaz la chassa d’un geste de la main :

-Tant pis. Va te coucher.

L’Obscur n’insista pas et obéit. Dans la chambre préparée pour elle, Nuisance observa le lit pendant un moment avant d’opter pour un tapis dissimulé par une petite table. Comme ça, s’ils envoient des gardes, je pourrais les surprendre.

Elle se réveilla aux aurores après une nuit alternant veille et sommeil rapide. Aucun garde n’avait surgi pour la punir de dormir dans un lit, ce qui l’étonna quelque peu. Bon, pas le temps de s’attarder. L’Obscur bondit sur ses pieds et alla toquer à la porte voisine.

-Joilaz ? T’es réveillée ?

La Prodige ouvrit la porte, lui jeta un regard noir et lui claqua la porte au nez, sans un mot. Réveillée. Nuisance s’éclipsa à la recherche des cuisines. Dès qu’elle eut manger un peu, l’Obscur quitta la demeure, décider à attendre la Futur à l’extérieur dans le cas où leurs poursuivants lanceraient une potentielle attaque.

Le village s’éveilla petit à petit, alors que le soleil s’élevait. Puis l’agitation prit sa place et des passants commencèrent à se demander ce que faisait cette jeune fille plantait comme un piquet. Celle-ci allait se décider à faire une ronde quand les portes de la demeure s’ouvrir laissant passage à la Prodige :

-Qu’est-ce que tu fais ?

-Je guette nos ennemis.

-Je t’ai dit qu’il y avait peu de chance qu’ils attaquent. Ils attendront qu’on soit isolé pour t’enlever.

On leur apporta leur monture et en montant sur la sienne, Nuisance rappela :

-Tu as dit tout et son contraire je te rappelle. Ils n’attaquent pas, mais on vient ici en espérant qu’ils le fassent.

-Ce n’est pas tout et son contraire, c’est une déduction et un espoir.

Nuisance fronça les sourcils, incertaine de la façon dont elle devait répondre, mais Joilaz coupa court en lançant :

-On y va.

-Où ?

-Trouver le Foudroyant Eclair.

-C’était pas le Foudroyant Esprit ?

-C’est important ?

-Je pense que si on veut le trouver, avoir le nom exact pourrait aider.

Joilaz ricana :

-Avec un nom aussi ridicule, juste dire foudre suffira. Les gens verront de qui on parle.

Nuisance avoua qu’il y avait des chances que ça marche.

-On va par où pour l’instant ?

-Nord-Est. D’après mon oncle, il y a une rumeur qu’il y aurait abattu des Dsuixin près de la montagne Pluidiver.

Sur la route, Joilaz remit ses distances, laissant Nuisance en tête. Chaque personnes qu’elles croisaient été interrogées sur la présence du Foudroyant Esprit. Si certains n’avaient pas d’informations précises à donner, tous étaient ravis de leur en parler.

Si bien que lorsqu’elles s’arrêtèrent à un relais pour déjeuner, Joilaz daigna rejoindre Nuisance à sa table :

-Il faut qu’on fasse autrement.

L’Obscur battit des paupières, étonnée :

-Autrement quoi ?

-Pour rencontrer le Foudroyé. On risque de mettre des jours si on lui court après. Je pense qu’il faut qu’on trouve un moyen de le faire venir à nous.

Nuisance réfléchit rapidement. Comment attirer un héros ? La réponse lui parut évidente :

-On pourrait réveiller des Esprits et les attirer vers un village.

Les yeux de Joilaz s’illuminèrent :

-Oh, pas bête du tout.

Mais le doute ne tarda pas à se peindre sur son visage :

-Tu sais où trouver des Esprits ici ? Tu as déjà eu des missions dans la région ?

Un peu déçue, Nuisance avoua :

-Non, j’ai jamais été si loin.

Elle réfléchissait à un autre moyen quand la Prodige donna un petit coup sur la table :

-Je sais. On a qu’à faire croire qu’il y aura une attaque.

-C’est à dire ?

La Futur l’ignora pour observer le paysage qui les entourait. Un petit sourire apparut sur ses lèvres avant qu’elle ne fasse signe au serveur :

-Excusez-moi. Combien de temps il nous faudra pour rejoindre le village Gefxi ?

L’homme parut perdu :

-Quel village ?

Joilaz pointa l’une des montagnes alentours :

-Le village Gefxi, celui qui est près de cette montagne.

Le serveur était concentré, cherchant sans doute de quoi elle parlait avec la meilleure volonté du monde. Joilaz insista :

-C’est un village de Dépourvus. Ça ne vous dit vraiment rien ?

-Dépourvus ? Il y a bien le village Mosdhun par là…

Joilaz claqua des doigts :

-C’est ça !

Nuisance glissa d’un air fatigué :

-Je t’avais dit que ça n’avait rien à voir.

L’Obscur s’adressa au serveur :

-Elle est nulle avec les noms.

L’homme se détendit et rit :

-Ah, je vois. Il y a d’autres villages de Dépourvus dans le coin, mais le plus proche de la montagne, je ne vois que Mosdhun.

Joilaz hocha la tête :

-Il me semble bien que c’est celui-là. Mais on n’est pas les seules à le chercher, si ?

Elle commença à observer les autres tables dévisageant les autres clients et s’étonna :

-Nous sommes les seules Seigneurs, ici ?

Le serveur s’inquiéta :

-Oui, effectivement, pourquoi ?

Joilaz s’adressa à Nuisance :

-On est peut-être les premières ?

L’Obscur se contenta de hausser les épaules, n’osant pas parler, de peur de gâcher son plan. Prenant un air soucieux, Joilaz se leva :

-Peut-être que personne n’est encore au courant ? On ne devrait pas traîner.

Le serveur bafouilla :

-Au courant ?

La Prodige l’apaisa d’un geste :

-Ne paniquez pas et écoutez. On a été informé qu’un Iàl des Monts avait perdu l’esprit et se dirigeait vers la vallée.

-Ah, le village…

-Oui, si c’est bien le plus proche, il y a des chances que ce soit le premier attaqué.

Le serveur hocha la tête comme pour confirmer cette déclaration.

-Donc, on va s’y rendre. Si vous pouviez envoyer quelqu’un prévenir la tribu chargée de la protection de ce village.

-Bien sûr, bien sûr. On a aussi un héros dans le coin. Je vais essayer de le faire prévenir. Il sera peut-être plus proche.

-Parfait. Nuisance, on y va.

L’Obscur bondit sur ses pieds. Elles coururent à leurs montures et partirent au galop. Elles ralentirent lorsqu’elles furent hors de vue.

-Avec tout ça, on a même pas mangé.

Joilaz haussa les épaules :

-On mangera au village. Il faudra sans doute du temps pour que les renforts arrivent.

-Tu crois qu’ils viendront ? Ils ne vont pas se demander pourquoi ils sont au courant si tard ?

-Au pire, ils viendront nous arrêter pour nous questionner. Ils viendront dans tous les cas. Mais, n’oublie pas que l’on veut le Foudroyé, on se moque des autres.

Nuisance acquiesça :

-Mais si on se fait arrêter, les autres vont quand même nous poser problème.

Joilaz lui jeta un regard choqué :

-Problème ? À la Prodige ?

-C’est vrai.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Leonie Coldefy ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0