Chapitre un (Réécris)

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Hôte : Mizuki ; 04h05 – Chambre de Mizuki, maison des Ashura, Hanakaze

Ses narines se contractent légèrement… Il m’est possible de ressentir un effluve musqué, qui se mêle à une senteur herbacée de lavande sèche. Au même instant, sa gorge déglutit machinalement. Cela me permet de distinguer le goût neutre et salé de sa salive. Ses tympans vibrent… Un clapotis parvient à sa droite, me laissant imaginer de petits poissons. Un son plus vif, mais lointain dans la même direction me laisse penser que des insectes se rapprochent également par le sud.

Sa respiration fluctue régulièrement… La fenêtre grince ; les feuilles bruissent… Au contact de sa tête, le rembourrage moelleux d’un oreiller en plumes soutient sa nuque. Contre sa peau, le tissu fin du coton lui offre une fine caresse. L’épaisse laine d’une couverture maintient sa température corporelle à trente-sept degrés. Son environnement est frais, mais sec, et son souffle me confirme qu’elle dort. De mon côté, mes besoins physiologiques restent inexistants… C’est logique… Tellement d’autres données sensorielles me parviennent, mais toutes les décrire n’a aucun sens… Il m’est par ailleurs possible de réfléchir sans risque de manquer un événement pendant son sommeil paradoxal… Voyons comment fonctionne ma connexion… Hum, elle est donc branchée en directe avec le cerveau de mon hôte… Toutefois mes capacités mémorielles et cognitives reste les miennes.

C’est un point inhabituel pour un observateur… Comme elle est encore endormie, sa vue m’est inaccessible, pour autant cela ne m’empêche pas d’analyser ma mémoire sémantique… Tiens, une partie des éléments en rouge est déverrouillée… Voyons plus en détail qui est mon hôte : Mizuki Ashura, quinze ans, droitière, humaine ? Un manque de certitude visiblement. O négatif, vierge ? Une information peu utile présente parmi des milliers d’autres données. Son nombre de plaquettes, de globules blancs… Par ailleurs, son corps est en parfaite santé ; aucune altération pathologique, ni maladie chronique.

Ce lieu est sa chambre… Il est très tôt, peu de temps s’est écoulé pendant ma propre pensée. Elle inspire avec plus de légèreté, sa phase de sommeil la rapproche de l’éveil… « J’adore ! Mes draps sentent encore la lavande ce matin… Il faudra que je remercie Yumi pour son conseil. » Étrange… Mon esprit vient de percevoir ses pensées ? Cela a stoppé la mienne de façon nette. Normalement ce phénomène est impossible, même pour un observateur. Hum… Le bourdonnement des insectes est désormais proche, mais plus harmonieux. Ses lèvres s’étirent… Sa joue gauche s’humidifie…

« Sous le ciel étoilé, avant le point de l’aube, une mélodie résonne de leur présence… et, les firins nous éclairent, autant que le ferait la lune printanière… tandis que d’un léger clapotis, dans leurs eaux, les aquinas dansent sans souci. » Encore une… C’est une fusion de nos consciences sur un délai d’une nanoseconde… comme mettre un fichier dans un dossier, le lire, le retirer. Cependant, si elle forme une pensée concrète, il m’est impossible de le faire. Ce phénomène n’est encore jamais arrivé, il m’est difficile de le comprendre sans l’étudier plus…

Le mouvement montant de ses paupières m’est perceptible, mais déjà son regard fixe les vieilles poutres en chêne du plafond. Du revers de sa main gauche, Mizuki essuie le filet de bave maculant sa joue depuis plusieurs secondes. « HmmUne brioche caramélisée… » D’une contraction abdominale ferme, son tronc se redresse vivement ; la couverture glisse de sa poitrine jusqu’à ses cuisses en un bref instant. Au même moment, son corps frissonne, tandis que le reflet du miroir me renvoie ses yeux en amande ; son visage ovale aux traits juvéniles… Ses iris ont une pigmentation vert sombre proche de l’émeraude… Alors que mes réflexions m’accaparent, ses mains glissent dans ses courts cheveux noirs comme l’ébène ; avec des gestes méticuleux, ses doigts ajustent les mèches rebelles. « Ils repoussent si vite… Je passerai chez Annie pour une coupe tout à l’heure. » Attentive, elle observe le cadre en noyer sculpté de nombreux motifs en forme de gardénia.

Une fraction de seconde pour analyser un point important. Mon gardien des connaissances aurait-il délibérément laissé ma conscience intacte ? Est-il envisageable qu’autrefois mon existence fut celle d’un Chishiki… Dans tous les cas, l’apparence physique de mon hôte ne me laisse nul doute. Au vu de son phénotype, elle est bien une représentante du peuple des Hahaoya censé avoir disparu il y a très longtemps… Voilà que Mizuki bâille… « Michel doit encore dormir, mais j’entends les pas de papa. » Alors que les derniers épis de sa chevelure se plient sous ses gestes maîtrisés, une porte claque au rez-de-chaussée. Son regard glisse tranquillement sur sa poitrine. « Je suis heureuse qu’ils aient arrêté de grossir, mais j’ai souvent cette réaction le matin. Yumi m’a expliqué que c’est un phénomène physio… » Son index glisse sous son menton ; elle fixe le bas du lit. « Ah, oui ! C’est physiologique… Ça commence à la puberté ? Je crois… En somme, le froid agit sur mon corps… Faut que je retienne ça pour apprendre la médecine. » D’un geste vif, sa main droite écarte la literie ; son bassin pivote. Assise sur le côté, elle observe le calendrier accroché au mur en pierre. « On est déjà le vingt-deux… Mes règles sont pour bientôt. » Ses épaules se relâchent, elle pousse un soupir. Cela me permet de réfléchir… Douze mois de vingt-huit jours ; un de vingt-neuf. La date actuelle du vingt-deux luminea lunae quatre cent vingt correspond au… Jeudi 22 avril 3126 du calendrier grégorien, mais il n’est visiblement plus utilisé à cette époque.

D’un regard plus léger, elle se met à observer le bureau en pin juste en dessous où de nombreuses feuilles sont posées en tas sous un encrier à moitié vide. « Je dois aussi finir ma chanson et en écrire une pour l’anniversaire de Tom et de Yuki. » Son cou pivote sur la gauche ; ses yeux suivent les insectes virevoltant derrière la fenêtre entrouverte. « J’adore leurs oscillations de couleur et de luminosité, surtout celle de la reine. » Son index glisse sous la poignée métallique de la table de nuit, le tiroir grince. Ses doigts saisissent le briquet à silex, d’un geste, son pouce enclenche le mécanisme près de la mèche de la bougie. La flamme l’embrase ; la cire distille instantanément un parfum citronné, qui se répand dans la petite chambre minimaliste à l’allure rustique. « Le cadeau de papa est génial… Il faut que je demande à James s’il peut en commander d’autres. »

Les secondes passent en silence, son regard fixe le mur en pierre de taille dans lequel est incrusté le cadre en chêne simple de la fenêtre. Ses pieds exercent une pression sur le tapis en laine ; son corps se redresse avec calme. Elle avance d’un pas large, se tourne face à son miroir. Son index gauche glisse sous l’élastique de sa culotte pour ramener le tissu sur sa fesse. « Il me faut aussi de nouvelles culottes… Deux sont trop petites, et je peux dire adieu à celle que j’ai prêtée à Tatsuya hier… Il est évident qu’elle ne me la rendra pas. » En gardant les mains ouvertes, mon hôte étire ses bras vers le plafond, inspire, expire partiellement. Maintenant de sa position… Son torse s’abaisse sans que ses genoux ne plient, ses paumes se plaquent sur le sol. « Passer du tadasana à l’uttanasana est cool. » Brusquement, un son strident résonne à travers la cloison attenante au lit. Il ne fait aucun doute que c’est celui d’un réveil mécanique. Ses sourcils se froncent, ses lèvres se plissent.

Michel ! Éteins ce stupide engin !

Sa voix, bien que douce, résonne avec puissance dans les graves.

— Désolé, laisse-moi une minute.

Une voix monotone, encore endormie, provient de la pièce attenante.

— Je peux venir te réveiller si tu veux ?

— C’est gentil, mais ça fait partie de mes responsabilités.

— Très bien, je n’insiste pas.

Son rire reste léger tandis qu’elle maintient sa posture. « Michel est parfois trop obstiné, mais c’est une de ses qualités. » Ma connexion avec elle s’efface…

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