Chapitre 2 réécris
Hôte : Michel ; 04h12 – Chambre de Michel, maison des Ashura, Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sensations de Michel. Mon Chishiki a donc choisi de me faire observer un autre hôte… un instant… Ma réserve en ERA a diminué d’un point. Ce déplacement m’est donc imputable, mais involontaire. Cela est sûrement lié aux souvenirs rouges. Il baille… cela me permet un moment de réflexion sur mon Énergie Restante Activable. Ce composé chimique complexe se retrouve dans le sang de tous les êtres vivants. Il est créé par une bactérie Escherichia coli K12 génétiquement modifiée durant la troisième guerre mondiale. Or, comme mon enveloppe physique n’existe plus, ma source me vient de mon gardien des connaissances… Par ailleurs, c’est après cette époque que les premiers d’entre eux ont été conçus en laboratoire. Les cobayes étaient des humains volontaires, qui sont finalement devenus une race à part entière. Leurs organes internes sont plus complexes, mais leur anatomie extérieure n’a pas changé. C’est une différence majeure avec les Hahaoya qui les ont précédés et ont un physique similaire… Cependant, cela remonte à plusieurs siècles, inutile de songer à cela pour le moment… Assis au bord du lit, mon hôte arrête d’un geste machinal l’alarme.
— Merci d’avoir arrêté ton réveil !
— De rien, petite sœur !
Son regard se déplace sur le portrait à l’huile, présent sur la table de nuit… Une femme aux longs cheveux de jais, de sombres iris d’un noir profond. Elle affiche un visage très souriant en se tenant devant une maison en pierre de taille… Son prénom est sans nul doute possible Émilie.
— Bonjour maman. J’espère que le festival des Quinze t’a plu.
Son murmure est faible, sa voix tremblante, mais ses yeux sont calmes. Doucement, son cou pivote vers l’étagère remplie d’ouvrages, qui est fixée au mur en pierre de taille face à lui. « Il y a encore tellement de livres que je n’ai pas eu le temps de lire. » D’un geste serein, il se lève, puis marche vers le bureau plaqué à gauche de l’étagère. Trois pas, il s’assoit ; ses doigts saisissent la carte posée sur un livre neuf.
Michel Ashura ; félicitations pour ta majorité.
Signée, Linda Mayer.
— Je parie que tu lis le livre que Linda t’a offert hier ? Tu as vu sa carte ? Linda a vraiment une belle écriture. Je suis un peu jalouse, moi mes lettres ne sont jamais régulières.
La voix montante de Mizuki parvient à ses tympans avec une différence de décibel due à la paroi en pin séparant sa chambre étroite de celle de sa sœur. D’un geste assuré, il glisse avec soin la carte dans le tiroir, puis ouvre l’ouvrage…
— Pour tes questions, oui, et oui, quant à ton écriture, elle n’est pas vilaine, juste différente.
— Hé, hé… Merci.
Ses yeux suivent sereinement les différentes lignes du sommaire… « Page dix-huit… » Ses doigts tournent plusieurs pages, un léger froissement à chacune, voilà celle qui parle de Hanakaze.
— Que dirais-tu que je te lise un passage sur notre village ? Mademoiselle, je n’aime pas la géo !
— D’accord, je t’écoute, oh, grand érudit !
— Ce pittoresque village, entouré d’une luxuriante forêt est niché au cœur de la vallée de Kibo.
Chaque syllabe prononcée est claire, distincte… le nom du village me fait penser au prénom de Hana… Il est possible que cette personne soit impliquée dans mon ancienne vie.
— Dans ce lieu isolé empli de mystère, faune et flore s’épanouissent à l’abri de l’ombre fraîche des gardiens protecteurs. Dès l’été, le soleil tendre du printemps devient cruel, en hiver sa discrétion est unanime. Dans la rivière cristalline serpentant à travers les terres fertiles, les poissons regorgent, l’eau abreuve animaux et récoltes. Tout cela se déroule sous le calme regard de la légendaire chaîne montagneuse d’Alpina que nul ne saurait gravir.
Un rire léger provient de Mizuki pendant que Michel reprend son souffle.
— C’est beau et j’aime ta narration ! Mais, je connais le village… N’aurais-tu pas arrangé le texte ?
— Les informations factuelles restent exactes… Tu veux qu’on change de sujet ?
— D’accord, mais de quoi est-ce qu’on discute ?
Tapotant légèrement son index gauche sur l’angle du bureau, mon hôte inspire lentement.
— Hum… Parle-moi de la tenue qu’Etsuko t’a confectionnée ?
— Je ne l’ai pas encore essayée, mais j’aime son style simple et sa couleur sombre.
— Est-ce que tu t’es amusée au festival, hier ?
— Oui ! C’était génial ! Sur scène Alice et Chloé ont joué des rivales farouches !
— Elles sont bonnes comédiennes, j’ai bien aimé aussi. Surtout quand Alice a brandi son épée en bois devant le visage de Chloé et crié : peu importe notre lien sororal, je ne te laisserai pas blesser l’innocence des enfants !
— Ah, ah, ah… Comment peux-tu l’imiter aussi bien ! Hmm… Tu sais… Tom est venu me parler après, mais il s’est mis à rire nerveusement et je n’arrive pas à comprendre pourquoi.
Croisant les bras, Michel fait basculer sa chaise sur deux pieds, puis fixe le plafond en chêne. « Il est peut-être amoureux de Mizuki ? Mais je n’ai pas envie de lui parler de ma supposition… » La pensée de mon hôte est assez simple à comprendre, mais il ne semble pas inquiet… Son pouls reste parfaitement stable tandis qu’il reprend une assise normale et tourne une autre page.
— C’est bizarre… il n’agit ainsi qu’avec toi. Le mieux reste de lui laisser du temps.
— Tu as sûrement raison, mais j’ai quand même voulu lui demander.
— Qu’est-ce qu’il a répondu ?
— Rien… Mike est venu me défier en duel à ce moment précis.
— Celui-là a le chic pour tomber au mauvais moment.
— Papa lui a dit que c’était inapproprié et qu’il devrait patienter. Sinon, tu t’es amusé ?
— Samuel m’a raconté une anecdote qui date d’il y a six mois.
— Raconte-moi ! Je veux tout savoir…
— Un homme travaillant pour la famille royale est venu le démarcher à la boulangerie. Il était prêt à payer une très grosse somme d’argent, mais Samuel a refusé en disant fermement : Je n’irai nulle part où ma femme n’est pas ! Veuillez m’excuser, j’ai des pâtisseries au four !
Alors que le pied gauche de mon hôte frappe le plancher avec vigueur, Mizuki éclate de rire ; cela entraîne Michel dans le même stimulus émotionnel.
— Ça ressemble tellement à Samuel, je l’imagine bien avec son air bougon.
— Au fait, j’ai vu que Henri t’avait portée sur ses épaules ?
— Exact, c’était cool. J’avais une vue imprenable du village.
Un léger silence s’installe entre eux… Cela me laisse réfléchir au fait que les interactions sociales sont souvent communicatives en fonction des liens culturels et de l’empathie des gens. Par ailleurs, comme pour Mizuki des milliers de données me parviennent de Michel via les fragments de mémoire rouges. Son groupe sanguin est O positif, il est… étrange, naturellement droitier ? Sa main gauche… Donc ambidextre… Son ERA est… Trop élever… instable… Humain, c’est avérer. Brusquement, ses sensations s’effacent…

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