3
Hôte : Mizuki ; 04h18 – Chambre de Mizuki, maison des Ashura, Hanakaze
Mes perceptions se connectent une nouvelle fois au sens de Mizuki… Naya ? Un souvenir jaune… Ses mains appuient fermement sur le sol ; son pied droit crée une impulsion légère. Ses jambes s’élèvent avec fluidité vers le plafond. « J’adore cette transition entre l’uttanasana et l’adho mukha vrksasana. » Sans tremblements, ses deltoïdes et triceps supportent son poids.
— Est-ce que Kuroki a pu t’offrir ta nouvelle épée ?
— Pas encore, ses commandes s’accumulent en ce moment. Il en a même reçu une de la famille royale, c’est pour dire sa réputation. En plus, il restaure mon épée.
Son regard se fixe sur le tapis, ses sourcils se relèvent… « Cette tache était là avant la naissance de Michel… Ça m’a toujours intriguée. » Sa pensée fait ressurgir un souvenir impersonnel en moi… Quinze ans plus tôt… le 21/04/405… En soutenant son ventre, Émilie se lève du même lit où Mizuki dormait… Un pas, deux… brusquement un liquide s’écoule d’entre ses jambes… Son hurlement attire immédiatement Yumi et Annie, qui entrent dans la chambre. Cet instant est celui d’une nouvelle vie… Celle de Michel… mais aussi d’une mort ? Les fragments rouges ont du mal à se déverrouillé… Voyons les verts… Comment disait cet homme… Chaque histoire commence par… Qu’importe… Cette donnée n’appartient pas à mon Chishiki ; elle n’est pas non plus reliée à Mizuki ou Michel… Il est possible que ce soit relié à un observateur conçu de mon vivant, mais impossible de l’identifier. De plus, en théorie, il n’aurait pas survécu à ma mort physique… Enfin, il devrait être numéroté, mais tout me ramène au prénom de Hana… Il ne faut pas que mes pensées deviennent trop envahissantes… Mon rôle reste d’observer et non de faire des hypothèses. Me revoilà dans l’instant présent, Mizuki, pousse sur le sol avec ses doigts, son corps se soulève.
— Le fraisier de Samuel était absolument délicieux !
— J’ai vu ça ! Une fille un peu trop gourmande en a englouti la moitié.
Son visage grimace, ses sourcils se froncent.
— Ce n’est pas ma faute si on n’en mange pas souvent.
— Mieux vaut se modérer pour ne pas rendre fade ce que l’on aime.
— Papa m’a dit exactement la même chose ! Donc, hier, je lui ai demandé d’acheter une brioche.
Ses lèvres s’étirent ; Michel se met à rire, Mizuki imite son frère. Doucement, l’air encore frais refroidit la chambre… La température corporelle de Mizuki baisse faiblement.
— Tu es vraiment incorrigible !
— Toi aussi tu es gourmand ! Rappelle-moi qui prend toujours les plus gros morceaux de viande ?
— Toi, évidemment ! Tu manges comme quatre, missempifre.
Un silence entre eux est comblé par le bourdonnement des firins, qui virevoltent en permanence… Ses joues rougissent faiblement pendant que le clapotis des aquinas résonnent en harmonie.
— Mauvais exemple !
« Fichu surnom, pourquoi je l’ai inventé ! » Ses jambes redescendent vers l’avant pendant que son dos se voûte. « Hop, et là je transite de l’adho mukha vrksasana au chakrasana. » Chaque muscle de son corps s’étire… Son ventre émet un gargouillis qu’elle décide d’ignorer. Sa respiration reste maîtrisée, chaque inspiration est courte, ses expirations lentes. Cela me permet de réfléchir à l’absence de technologie moderne… Sûrement liée à un événement majeur… On remet rarement un calendrier à zéro, surtout le grégorien. Il y a cependant plusieurs causes possibles : que ce soit la guerre, des événements climatiques, un événement culturel radical… Dans tous les cas, l’an 2706 est l’année de ce changement. Cela est très clair dans ma mémoire sémantique.
— On a de la chance d’avoir Éline et Samuel.
Michel s’exprime fermement, mais sa voix reste calme. Un moustique entre, se pose sur la poitrine dénudée de Mizuki, qui d’ailleurs ne réagit pas.
— C’est vrai, ces pâtisseries sont exceptionnelles !
— Sans parler de la viande fraîche que prépare Éline à la boucherie.
— Dire que c’est moi que tu traites de gourmande !
— On l’est tous un peu au fond. Au fait, tu crois que le bébé d’Éline va naître bientôt ?
Ses yeux se ferment tranquillement et son ouïe se fixe sur la voix de son frère.
— Yumi m’a dit que c’est pour dans trois mois.
— C’est une bonne nouvelle. Tu sais comment ils vont l’appeler ?
— Non, et toi ?
— Je crois qu’ils hésitent encore.
Le jeune homme marque une courte pause, son souffle est calme. Le bruit de la page qu’il tourne parvient à Mizuki malgré la séparation de leurs chambres. Il est évident que ses sens sont beaucoup plus développés que ceux d’un humain… Cela pourrait être lié au fait qu’elle est une Hahaoya. Tout du moins uniquement du côté maternel, il reste donc la génétique paternelle qui me manque pour comprendre. Dans tous les cas, avec une expression curieuse, elle maintient sa posture. Le moustique marche sur elle, mais elle ne bouge pas… D’un regard serein, ses yeux observent ses pattes bouger en tripode, puis ses antennes denses et duveteuses. Lentement, elle fixe son rostre court et ses lèvres s’étirent. « C’est un mâle ! Ils ne piquent pas. » Ses muscles se tendent… Brusquement, un son sourd provient de la chambre son frère.
— Ça va ?
Tandis que l’intonation de Mizuki prend un tempo plus lent, il soupire profondément.
— Oui, rien de grave.
— Qu’est-ce qui c’est passé ?
— Le pied de ma chaise a craqué, mais je peux le réparer.
— Il était ver… ver… mou… euh…
— Oui, vermoulu.
Mizuki reprend une position droite face au miroir et sourit légèrement.
— Désolée… J’oublie parfois certains mots.
— C’est normal.
— Vraiment ?
— Oui, ça m’arrive également. Les mots, les prénoms, ça dépend de nombreux facteur.
— C’est bizarre d’oublier…
— En effet, mais très naturel, c’est pour ça qu’on hésite parfois.
Toujours aussi brusquement, ses sensations s’effacent… Me voilà donc dans mon bureau mental. Voyons donc ce qui a forcé le changement du calendrier… Une crise majeure, une guerre très longue, plusieurs siècles, création des Eien, des Hahaoya, des Chishiki… Survie dans un laboratoire souterrain… Sept sur la planète… Hum… Uniquement des données générales.
Il me faut des faits plus précis… Pourquoi ? Ce n’est pas mon rôle… Qu’importe… de toute façon aucune connexion n’est active… Alors, l’origine de la guerre vient du manque de ressources due à une surpopulation massive et exponentielle… Logique, le développement accélérer de la médecine, de l’agriculture, la réduction des précédentes guerres. Hum… me voilà reconnecté.

Annotations
Versions