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Hôte : Linda ; 04h52 – Bibliothèque de Hanakaze, maison des Mayer
Mes perceptions se connectent aux sensations de Linda… Un grattement vif, sa main déplace la plume avec souplesse, une fiche ichtyologique se termine. Elle entame un poème qui y est relié.
« Aquinia est ton nom scientifique, mais tout le monde t’appelle aquina. Petit poisson translucide, allongé sur trois centimètres, ta peau visqueuse contient une belle chair rose, où circule un liquide blanc, qui filtre ta nourriture, que je vais citer pour mieux te comprendre : Particules fines, bactéries toxiques, corps étrangers et tant d’autres encore. »
Pendant qu’elle retrempe sa plume, une simple réflexion me laisse comprendre le but écologique de cette espèce : la filtration de l’eau. Au vu de ses écrits, il est probable que les aquinas sont aussi issus de modifications génétiques. Ils semblent d’ailleurs proches des daphnies et des Turritopsis dohrnii. D’anciens rapports présents dans les fragments verts de ma mémoire sémantique faisaient mention d’un projet de colonisation de Mars… Une nouvelle fois, la pointe se pose contre la page en chanvre, l’encre trace de nouveau des lettres sur le papier.
« Ta vision est multidirectionnelle, tu es plus rapide que la lumière ! Présent dans toutes les surfaces aquatiques, pour une journée, par division cellulaire, tu te reproduis pour compenser. Maintenant l’eau à la parfaite température, tu cohabites pacifiquement avec tout le monde. C’est toujours très agréable de te côtoyer près de nous dans nos foyers. »
Ce point qu’elle rédige m’intrigue… Ils thermorégulent certainement l’eau grâce à leur biologie, qui est activée via leur ERA… le leur circule par ce liquide blanc. Toutefois, Linda ne semble pas au courant… Il est envisageable qu’une part des connaissances acquises, ait été perdue… D’ailleurs, la reproduction par duplication est incohérente, il s’agit de régénération par régression cellulaire. Les aquinas se multiplient par ponte contrôlée quand la population diminue. Pour autant, il y en avait en effet partout où ma conscience est passée… D’un geste, sa main gauche glisse dans ses cheveux, laissant une mèche passer derrière son oreille. « Il faut que j’aille réveiller Noémie, sinon, elle va encore être en retard ! » Elle range les différentes feuilles en un seul tas, se lève lentement… elle adopte une allure légère jusqu’aux escaliers, monte chaque marche sans tenir la rambarde. D’un pas serein, traverse le couloir aux murs en chêne, puis ouvre la première porte à gauche.
— Noémie !
Sa sœur ronfle dans son lit totalement défait, mon hôte fronce les sourcils, s’approche sereinement, s’agenouille, puis secoue l’épaule de la jeune femme.
— Noémie… Il faut que tu te lèves, tu vas être en retard.
Un grognement retentit, la jeune femme se retourne en continuant de ronfler. D’un geste calme, la main droite de Linda secoue encore l’épaule de Noémie.
— Hmm… encore… une… minute…
— Non ! Pas une minute, maintenant !
Vivement, Linda pince la cuisse de Noémie, qui ne réagit pas du tout. D’un mouvement contrôlé, elle tire les joues de sa sœur, puis rit de la grimace produite, mais ses sensations s’effacent…
Il me faut remettre quelques liens à jour : Ashura : Kenji, Mizuki, Michel ; Ariin : Samuel, Éline ; Mayer : Noémie, Linda. Cela nous établit à trois familles présentes à Hanakaze. Voilà déjà une autre connexion.

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