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Hôte : Michel ; 05h16 – Chambre de Michel, maison des Ashura, Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens de Michel. Avec modération, il entrouvre le tiroir haut de sa commode, puis baisse son caleçon. D’un geste vif, il en saisit un autre, l’enfile dans la foulée, puis dépose l’ancien dans le panier de linge sale à proximité de sa fenêtre. Son pantalon en lin frotte avec douceur sa peau, son maillot en coton suit les mêmes gestes. Sa tête se relève vers le portrait de sa mère qu’il observe avec un sourire. Cela me laisse percevoir un sentiment de gratitude…

— Veille sur nous depuis l’endroit où tu es, maman. Je te rendrai fière !

Son murmure adopte un ton triste, mais aussi joyeux, tandis qu’il se tourne vers la porte. Tout comme pour Mizuki la scène change sans que les sensations de Michel ne disparaissent… Encore un souvenir, mais plus ancien… l’an 380… un des fragments rouge… Émilie est agenouillée près du lit de mon hôte, elle tient la main d’un jeune garçon qui a sept ans, il respire difficilement.

— Ça va aller, accroche-toi…

Une larme coule sur sa joue, alors qu’il expire un dernier souffle. Yumi est près du garçon et recouvre son visage d’un linge blanc. Il m’est impossible de le définir avec certitude pour le moment, mais cet enfant était sûrement le petit frère d’Émilie.

— Je suis désolée, c’est ma faute…

Elle a donné son prénom à son fils… Ici, elle est encore jeune, dix ans tout au plus.

— C’est… ma faute…

Elle replie son visage entre ses bras, ses larmes coulent. Les minutes défilent sans qu’elle ne bouge.

— Ma… faute… Ma… faute… Ma… faute… Ma… faute… Ma… faute… Ma… faute…

Il me semble me rappeler que deux ans plus tôt, sa mère est morte d’une maladie. Toutefois tout est flou, ces souvenirs me parviennent par brides, comme s’ils ne voulaient pas ressurgir. Malgré ces larmes, au fil des heures, elle finit par s’endormir… Une couverture se pose alors sur ses épaules.

— Elle ne se le pardonnera jamais.

La voix est triste, mais tempéré. Celle de Yumi, il me semble.

— Je sais…

C’est une voix sèche et un peu rauque, celle du père d’Émilie.

— Ce n’était pas sa faute, Matthew !

— Inutile de me le dire… Je sais parfaitement qu’elle n’y est pour rien.

— On dirait parfois que le sort de tes enfants ne te préoccupe guère.

— Détrompe-toi… C’est juste que pleurer ne changera rien. Le monde est abject, voilà tout…

— Je n’ai clairement pas la même vision que toi.

— Tu devrais pourtant comprendre mieux que personne !

— Je vais rester près d’Émilie… Va donc te morfondre seul dans tes fausses croyances !

— Prends soin de ma fille…

Me revoilà dans le présent, Michel quitte la chambre d’un pas assuré. Ses sensations s’effacent… Cela me laisse regarder les divers fragments de ma mémoire sémantique… Voyons, il me faut une table, très grande… Agrandissons l’espace à gauche, une salle de recherche. Des panneaux en lièges pour mettre des photos et fichier, ici il me sera possible d’enquêter et de relier les éléments. Le premier est Émilie… Elle est fortement liée à cet autre observateur… Une connexion…

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