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Hôte : Yumi ; 05h18 – Officine de Hanakaze, maison des Shirai

Mes perceptions se connectent aux sens de Yumi. Il est évident que mon arrivée dans ce village n’est pas un hasard… Est-ce une volonté de mon Chishiki ou de cette conscience qui me partage ces souvenirs précis ? Depuis son regard, il m’est possible de voir la main rougie de Murad qu’elle tient dans la sienne tout en étant assise sur un vieux tabouret, près de la table d’examen, au centre d’une grande pièce. Son odorat me laisse sentir des effluves variés de plantes sèches, qui proviennent d’un petit meuble en pin présent sous la fenêtre. C’est flou, mais il me semble que Mirina adorait les fleurs… mais ce n’est pas le moment pour réfléchir…

— Ça n’a pas l’air très grave… Toutefois, c’est certainement très douloureux. Le poison des furimis est très virulent en plus de rester actif longtemps.

— Ça me rassure, mais ses plaques de boutons me grattent horriblement, et, je ne suis pas douillet !

Ses doigts tremblant relâchent la main de Murad. Elle saisit une compresse dans le tiroir gauche de l’armoire à proximité. Enduit le tissu fibreux d’un mélange verdâtre, tout en fixant le regard bleuté du jeune homme musclé au visage robuste. « Ses yeux me rappellent son père, ah… Ruben… »

— Ça va apaiser un peu les démangeaisons !

— Tu n’as rien pour faire partir ça rapidement ?

— Il me faudrait des médicinas, mais je n’ai plus de stock.

— Hé ! Je n’ai pas de chance on dirait, serait-ce le funeste destin !

— Arrête de te plaindre et pense à mettre des gants pour garder la compresse en place. Au passage, Mizuki doit aller m’en chercher ce matin, donc j’en aurais certainement dans la soirée.

Tapotant son pied gauche sur le sol carrelé en maintient fermement la compresse, Murad fixe Yumi, qui ajuste ses petites lunettes rondes, puis griffonne une note avec un vieux crayon.

— Merci ! J’essaierai d’être plus attentif en entretenant les chemins du village. Sinon, combien de temps te faudra-t-il pour faire le remède ?

— Quelques heures, mais je viendrai te voir dès que ce sera prêt. Au fait, ce produit gominant que tu utilises pour tes cheveux… Est-ce qu’il va bien ?

Calmement, Yumi se tourne vers Murad.

— Il est pas mal ! Tu veux que je t’en procure ?

— Non, merci. Je préfère attacher mes cheveux en chignon.

— Pourquoi ne pas faire pousser des médicinas dans ton jardin ?

— C’est une plante capricieuse.

— Je vois que ce n’est pas simple. Tu as quel âge déjà ?

L’intonation de Murad est taquine et mon hôte affiche un sourire en coin.

— Veux-tu que je te raconte l’époque où je changeais tes linges ?

— Une autre fois… Dis-moi, pourquoi ne t’es-tu jamais mariée ?

— Eh bien, certains événements font que l’on est amené à faire des choix.

— Tu aurais été une super maman.

Ses lèvres s’étirent un court instant, puis son regard affiche un air compatissant.

— Savais-tu que mes parents sont morts d’une maladie quand j’étais petite ?

— Marc m’a raconté que tu les avais perdus à cinq ans.

Pendant une fraction de seconde, il m’est possible de percevoir une petite fille en larmes qui se tient figée devant deux corps que l’on recouvre de terre. Un fragment rouge, encore.

— Plus jamais… Plus jamais… Plus jamais…

Alors que ses mots se répètent me revoici dans l’instant présent. Déterminée, Yumi fixe Murad.

— La maladie touchera toujours les gens… J’ai donc appris à la combattre.

— Tu t’es concentrée sur ton apprentissage plutôt que sur tes relations ? Tu es une altruiste, Yumi. J’ai beaucoup de respect pour toi !

— Paul et toi avez aussi perdu vos parents très jeunes.

« Murad est le demi-frère de Paul, mais ça restera mon secret. » La pensée de Yumi est vive…

— L’effondrement de la mine d’Astérnia a fait beaucoup de victimes.

— Pourtant, vous êtes devenus des hommes bien.

Un souvenir me revient dans ce même lieu, Yumi est assise près d’un lit. Wendy tient fermement sa main en poussant des cris de douleurs. Un nouveau fragment rouge…

Promets-moi que personne ne saura ! Si Ruben l’apprend, il me rejettera.

Ne t’en fais pas autant et concentre-toi sur ton accouchement.

Tandis que la voix de Wendy est agitée, celle de Yumi est beaucoup plus ferme ici.

Promets-moi, personne ne doit jamais savoir.

Les promesses n’engagent que ceux qui les tiennent, mais tu as ma parole.

Merci.

Yumi relâche la main de Wendy, puis se positionne entre ses jambes. Après de longues minutes de souffrance, Murad est entre de bonnes mains, il pousse ses premiers cris alors que la sage-femme le nettoie. C’est ici que ce souvenir se termine, mais la précédente pensée de Yumi prend tout son sens. Après tout, les relations humaines sont bien au-delà de toute compréhension scientifique. Qui répétait cela déjà… La science est une réponse qui se limite aux portes de la multitude…

— Il faut que j’y aille, sinon la route du moulin ne sera jamais restaurée.

— Votre travail est important pour tout le monde, mais restez prudents.

— C’est promis. Je ne veux pas te surcharger de travail !

Alors que Murad se lève… me voilà à regarder encore une fois un souvenir de Yumi. Plus jeune que dans le précédent, elle mélange des herbes… prend des notes… essaie les mélanges… Sa main est irritée, et des furimis se trouvent dans un petit pot rempli de terre.

« Bien, ce mélange ne fonctionne pas, peut-être celui-ci… » Cela me rappelle… Mirina… encore… Elle aussi testait ses expériences sur son corps… Soudain, me revoilà dans l’instant présent… Yumi ajuste sa blouse… pose ses lunettes sur la table. D’un pas fatigué, elle avance à l’aide de sa canne vers l’un des lits, puis s’allonge doucement. « Je ne m’attendais pas à un patient aussi tôt. Je vais faire une sieste avant que l’aube ne pointe. Dans tous les cas, je sens que ma hanche est encore douloureuse, mais qu’importe. » Brusquement, ses sensations s’effacent…

Retour au lieu de mon imaginaire, une autre annexe s’est ouverte, un petit salon… Sur la table basse devant le divan, une tasse de thé fumante. Revenons à la salle de Recherche. Sur le tableau central il m’est possible de placer Mirina… Elle est sans nul doute reliée au moi d’autrefois. Hana également. Naya sera sur le panneau du haut… Cette femme est encore mystérieuse. L’affichage de droite est réservé aux personnes qui ne sont pas de Hanakaze : Shana, Karl, Émi, Alain, Alaric… Hum… Shana cherche son père… un lien envisageable. Celui de gauche est pour les gens de Hanakaze. Émilie n’est plus en vie, mais c’est un fil conducteur. Liée à Kenji, la naissance, Mizuki ? Non… Il me manque des éléments… Nouvelle connexion on dirait. C’est toujours presque instantané…

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