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Hôte : Linda ; 05h35 – Bibliothèque de Hanakaze, maison des Mayer
Me voilà donc connecté une nouvelle fois aux sens de Linda… Ses doigts tournent une page, un discret froissement se produit. Elle dépose sereinement la pointe de sa plume au contact du papier. Les mots se forment sous ses gestes lents. Son derrière recule légèrement pour que son dos se cale contre le dossier de la chaise. Son bureau est méticuleusement organisé.
« Furvivius est ton nom scientifique, mais tous t’appellent Furvius ! Mammifère nocturne si mignon aux petites oreilles rondes… Sur ton adorable frimousse ovale, ta fine truffe rose frétille et tes yeux réglisses allongés pétillent, pendant que ta minuscule bouche sourit sous tes longues moustaches frémissantes. Ta fourrure grisâtre, tachetée de points noirs et ta grande queue touffue te rendent tout doux. Enfin, tes fines pattes se terminent par de petites griffes crochues. »
Ses battements de cœur augmentent régulièrement au fur et à mesure qu’elle écrit.
« Ta nourriture, composée d’insectes nuisibles et de petites plantes toxiques te laisse indifférent ! Tu habites les espaces confinés, mais excelles dans l’art de grimper. Tes petits cris signalent le danger, tandis que tes couinements discrets t’offrent l’amour. D’une portée de trois à cinq individus, avec huit ans de vie moyenne. J’aimerais que tu ne sois plus chassé… »
— Même si ta viande est délicieuse, tellement tendre et savoureuse !
Son murmure accompagne sa main sereine.
— Ah…
Son soupir est très prononcé alors qu’elle repose sa plume sur le buvard.
« Quelle idiote je fais, il va falloir que je réécrive cette page. Je regrette encore d’avoir mangé du furvius, mais la faim ne laisse souvent pas dominée la morale. Après tout, qui n’a pas de regret ? » Tandis qu’elle détache la feuille du livre avec soin… Il me paraît évident que le rôle de cet animal est également écologique. Il est probable que sa création avait pour but de réduire, voire supprimer toute forme de pesticides. Mirina aurait sûrement pu m’expliquer tout cela en détail… Pourquoi son prénom me revient-il maintenant ? Dans tous les cas, comme mes autres hôtes, Linda n’a clairement pas conscience de ma présence.
D’un geste maîtrisé, mon hôte essuie le filet de bave au coin de sa bouche. Se lève, marche vers les escaliers, monte les marches, traverse le couloir étroit au parquet grinçant. Sa main abaisse la poignée grippée. Avec assurance, elle pénètre dans la petite cuisine rustique, s’approche du grand vaisselier noueux, ouvre le petit tiroir de droite, puis entame une fouille méthodique. « Où est-ce que j’ai mis la cannelle ? »
Une phrase prononcée par Mirina me revient en mémoire pendant les recherches de Linda… Sans harmonie, personne ne survit. On doit apprendre à s’adapter pour ne pas mourir. Les besoins que nous devons combler sont bien plus divers que : faim, soif, sommeil… C’est l’un de mes fragments bleus… « Ah, la voilà ! Cette épice est vraiment géniale. » Sa pensée m’est perceptible à l’instant même où ses sensations s’effacent.
Me voilà de nouveau dans ma propre imagination… Dans l’annexe du salon une femme allaite un bébé, elle est comme un hologramme, mais fait partie de ma mémoire épisodique… serait-elle ma mère… Élise… une donnée de plus pour le tableau bleu de la salle de recherche. Quoi d’autres… Mirina, c’est la deuxième fois qu’elle me revient quand mes perceptions sont connectées à Linda… Toutefois, c’est plus relié aux espèces génétiquement modifiées. Un élément est certain, tout comme le prénom de Hana, celui de Mirina est très important pour moi…

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