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Hôte : Mizuki ; 08h50 – Chemin de Hanakaze, entre le poste de garde et la maison des Ashura
Mes perceptions sont connectées aux sens de Mizuki. Agenouillée sur le bord du chemin, son regard serein me laisse observer Camille. Avec candeur, la petite brune aux courtes couettes sautille sur place. À sa gauche, sa sœur reste stable, et ses cheveux courts coupés en carré réagissent à peine malgré la brise. Les yeux de mon hôte se déplacent à droite un court instant pour scruter le poste de garde au sud de sa position. La route est dégagée, l’herbe basse, les oliviers qui bordent le long, encore jeune. Fermement, Camille place ses poings sur ses hanches en fixant Mizuki.
— Tu es presque aussi belle que moi aujourd’hui.
— Merci. J’ai parlé avec Walter et Nora. Vous avez nourri les écureuils hier !
Avec douceur, Caroline pose ses mains sur sa poitrine.
— Oui, papa et maman nous ont même félicités.
De son index gauche, Camille pointe soudain le visage de Mizuki en adoptant un air fier.
— Je parie que tu ignores comment les aquinas font des bébés ! Moi, je le sais !
— Vraiment… Peux-tu me l’expliquer ?
Un long soupir suit, les bras de Camille s’affaissent vers le sol.
— Zut ! J’espérais que tu savais… Même Thomas l’ignore.
Calmement, la main de mon hôte se place sur l’épaule droite de Camille.
— Est-ce que tu as demandé à Linda ?
— C’est une super idée !
Le geste de Camille pour saisir la main gauche de Caroline est vif.
— Direction la bibliothèque pour découvrir le secret !
D’un pas effréné, la petite démarre une course en entraînant sa sœur plus âgée sur le sentier ouest. Ce dernier est longé par une série d’abricotiers et de pêchers en fleurs dont certains portent leurs fruits. Leur déplacement rapide se répercute sur les dalles en pierre composant le chemin pendant que, d’un regard amusé, Mizuki les suit tendrement alors qu’elles s’éloignent. Plusieurs dizaines de secondes, les fillettes sont désormais loin. Mon hôte se lève, reprend sa marche en souriant. Sur sa droite, une haie de framboisiers, à sa gauche des cassissiers et groseilliers… Un chat passe devant elle, une souris en bouche, un autre sur le muret tient un oiseau. Ses pas la conduisent finalement au poste de garde. Henri fixe une carte de la région accrochée sur le panneau d’affichage.
— Henri !
Il se retourne calmement, puis marche d’un pas vif.
— Tu es magnifique avec cette tenue, une vraie beauté de la nature.
— Merci, je suis contente qu’elle te plaise.
D’un geste contrôlé, il la saisit par la taille, la soulève, la fait tournoyer dans les airs. « Henri est tellement fort ! J’adore qu’il fasse ça. » Ils échangent un regard complice, puis Henri repose doucement Mizuki au sol.
— Yumi m’a dit que tu allais lui chercher des médicinas ce matin ?
— Oui ! Au fait, est-ce que Michel est déjà passé ?
— Je l’ai croisé sur la place centrale, près de la boulangerie.
— Il va sûrement à la bibliothèque.
La porte du poste de garde s’ouvre, Katsuya sort en se grattant la tête. « Tiens ! Il s’est griffé la main. » Elle observe ses courts cheveux noirs en bataille, il s’arrête net, fixe ses iris sans réagir…
— Ça va ? Tu n’as rien de cassé ?
— Mizuki ? Oui ! Non ! Je veux dire, ça va.
— Hi hi… Tu es toujours aussi amusant.
Deux autres personnes sortent. « Mike a une vilaine bosse et j’ai l’impression que Richard a vomi. Michel a dû frapper fort. » Souriant, Mike s’approche de Mizuki et la pointe du doigt.
— Ça te dirait qu’on se fasse un petit match dans une semaine ?
— Bien sûr ! Je suis partante.
Mains sur les hanches, Richard soupire, sa bouche s’ouvre.
— Comment vas-tu ?
— Je vais bien, et toi ?
— Discutons un peu, je sens qu’on a plein de choses à voir !
Henri hausse la voix, Mizuki se penche un peu en avant, bras derrière le dos.
— Racontez-moi comment s’est passé l’entraînement.
D’un mouvement ferme, Richard croise les bras, Mike tape du pied, Katsuya avale sa salive.
— Il a partiellement copié ton style pour nous battre.
— Ne va pas croire qu’on ne lui a pas tenu tête ! Il en a bavé !
— Hi, hi… Je m’en doute ! Vous êtes tous très forts.
— Euh… Pour votre sortie entre filles… Je… Enfin, tu vois… si je pouvais…
— Désolée, mais c’est uniquement entre nous. Par contre, on peut en organiser une autre.
— Oui ! Carrément, on pourrait euh… enfin… juste… tu sais tous les deux…
— Explorer la forêt ?
— Ha, ha… euh ouais.
Mike tire soudain Katsuya en arrière pour l’isoler pendant que Richard observe Mizuki.
— Dis-moi, est-ce que tu pourrais trouver du temps pour m’aider à m’entraîner ?
— Oui ! On peut organiser cela sur plusieurs sessions !
— Merci, je sais que tu vas être assez occupée avec ta future formation.
— Pas de soucis ! Je suis contente de pouvoir aider !
D’un regard calme, Henri pose sa main sur l’épaule de Mizuki.
— Ce n’est pas tout ça, mais j’aimerais aussi que tu passes souper à la maison. Annie n’arrête pas de se plaindre que tu ne viens pas assez souvent, et Mélanie voulait discuter avec toi de choses dont on parle entre femmes, enfin c’est ce qu’elle a dit.
— J’en parlerai avec Annie, de toute façon je vais aller me faire couper les cheveux.
— Tu aimes les garder courts, c’est pratique.
— Oui, mais je n’irais pas jusqu’à les raser comme toi.
— Ha, ha ! Logique et Annie ne te laisserait jamais faire.
Voilà que ses sensations s’effacent… De nouveau isolé, il est temps de revenir dans mon bureau. N’ayant pas d’enveloppe, ce lieu fictif n’est pas vraiment utile, mais l’avoir conçu aide ma mémoire. Il s’agit de la rémission par l’imagerie. Voyons ce qu’il serait intéressant… La voix d’Élise résonne depuis le salon, elle discute avec Mirina… mais elle est encore jeune… c’était avant ma naissance ? D’où vient ce fragment ? Serait-il à mon père ? C’est concevable, et même probable, classons-le en Gris. Il me faut un autre tableau…

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