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Hôte : Mizuki ; 09h07 – Place centrale de Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki. Depuis son regard attentif, me voici observer les stands sans qu’elle ne s’arrête. Ses pas assurés traversent au milieu du marché extérieur occupant la place centrale. Ses yeux se posent sur James, qui scrute divers produits d’orfèvrerie sur un étal à quinze mètres à sa gauche.
— Ces verres sont solides, mais ces tasses sont très intéressantes.
Malgré son murmure, elle entend parfaitement la voix ferme de James. Son attention se porte sur la fontaine sculptée dans la roche au centre de la place. « Cette enfant souriante est vraiment magnifique ! Je me demande toujours qui elle représente. » Non loin, sur la gauche, Amara guette les articles d’un fripier de seconde main.
— Peut-être de nouvelles bottes, ou une chemise…
Le murmure de la jeune femme aux cheveux châtains est doux.
— Ce tissu n’est pas très propre, mais il est joli, qu’en penses-tu ?
— C’est vrai, mais il est un peu usé ! On devrait demander une réduction.
D’une voix réfléchie, Marc répond à Clarisse avec calme pendant qu’ils regardent le stand de tapis qui est derrière celui du fripier. Malgré le brouhaha, il est évident que mon hôte distingue clairement chaque son. Ses pas sont légers, mais rapides, tandis que son regard bascule sur Kyle, qui se tient devant un bijoutier ambulant près de l’entrée de la ruelle qui mène à la forge.
« Il doit vouloir séduire Chloé… J’aimerais discuter avec chacun d’eux, mais je pourrais y passer la journée. » Cette pensée me parvient au moment où elle arrive devant le salon de coiffure. Dès qu’elle entre, la clochette tinte, elle referme la porte. Annie se retourne vivement, laissant de côté le rangement de ses produits dans les étagères, s’approche d’un pas assuré, saisit doucement les mains de Mizuki, qui la scrute. « Elle porte des boucles d’oreilles, sûrement un cadeau récent de Henri. »
— Tu es magnifique, comme d’habitude.
— Merci pour le compliment, mais… C’est quoi ces odeurs ?
— Des shampoings envoyés depuis la capitale par mon ancien professeur.
— Ils sentent vraiment bon.
— Merci, c’est du haut de gamme. Bon, je suppose que tu veux la même chose que d’habitude ?
— Exact, toujours pareil !
D’un pas léger, Mizuki marche vers la cabine au fond de la pièce, retire, plie sa veste. De son côté, Annie tire le rideau d’un geste vif. Mon hôte enlève son maillot, baisse son pantalon, fait glisser sa culotte, dépose le tout sur la table basse.
— Tu n’as toujours aucune pudeur ! Inutile de te mettre nue à chaque fois ! Allez, lève les bras.
Mon hôte s’exécute, Annie enroule une grande serviette en laine autour de Mizuki.
— Elle est vraiment douce, j’adore cette sensation sur ma peau.
— Merci. Je prends toujours soin de ma cliente préférée.
Très sereine, Mizuki s’assoit sur la chaise, penche sa tête en arrière en fermant les yeux.
— Tes cheveux sont magnifiques ! C’est tellement dommage que tu ne les laisses pas pousser.
— J’aime qu’ils soient courts ! Tu peux me raconter comment étaient tes études à la capitale ?
— Bien sûr ! J’en ai d’excellents souvenirs. Laisse-moi te raconter la première coupe que j’ai faite, pour la centième fois, vu que tu aimes m’écouter parler.
Versant du shampoing dans ses paumes, Annie les frotte vivement.
— Super, j’aime bien cette fois-là !
Les doigts agiles de la coiffeuse glissent dans les cheveux de Mizuki. « Ses mains sont si douces. » Le sourire d’Annie se reflète dans le miroir avec un calme léger.
— C’était une douce matinée, fraîchement réveillée, je courus dans les rues. Très nerveuse de mon examen, j’en oubliais mon déjeuner, dès mon arrivée, en retard pour sûr, plus aucun client présent, mais mon professeur, non indulgent, s’est assis, un regard ferme, sa voix impassible : Allez, jeune fille ! Si vous ratez, gare à vos fesses. Furent ses mots qui me stressèrent encore plus…
Un silence soudain plane, Annie sourit sans un mot…
— Que s’est-il passé ?
— Ce n’est pas vrai, où est-ce que je les ai mises ! J’en ai besoin pour cette après-midi.
« Tiens, on dirait que Mélanie ronchonne à l’étage. » Malgré le plancher, la voix hargneuse est audible pour mon hôte, qui écoute attentivement. Des bruits de tiroirs, des pas rapides s’ajoutent au tumulte. « Je me demande de quoi elle parle ? » Dans le même instant, Annie continue d’appliquer le shampoing. « Elle fait un vrai boucan là-haut. »
— Ce qui devait arriver quand une débutante prend une paire de ciseaux. Une mèche coupée un peu trop profonde, puis deux, et trois, un petit trou, on veut rattraper, égaliser, il s’agrandit.
— Tu veux dire que tu as raté sa coupe ?
— Ha, haha… Il m’a réprimandée sévèrement, mais chaque propos était constructif : Si vous faites une mauvaise coupe, avertissez le client, expliquez-lui votre erreur, présentez vos excuses, expliquez ce que vous pouvez faire pour corriger, ou réorientez-le vers un collègue. L’erreur est humaine, la vôtre ne vous ferme aucune porte, mais assumez-la pour vous améliorer !
— J’aime toujours comment tu imites ton professeur. Au fait, Mélanie s’en sort avec sa formation ?
— Ma fille a encore besoin de pratique, mais ton oreille va mieux, on dirait.
— Oui ! C’était juste une petite entaille, rien de grave.
— Trouvé ! Maman va m’entendre ! Je parie que c’est elle qui les a cachés !
« Cachés quoi ? Henri a mentionné un secret entre filles ? Ce serait lié ? » Se penchant en avant, Annie fixe le regard de Mizuki dans le miroir.
— Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as l’air distraite…
— Non, rien. Au fait, je passerai manger ici vendredi, ça te convient ?
— Oui, tu peux venir n’importe quand.
Alors que Mizuki semblent réfléchir, ses sensations s’effacent… Me revoilà seul dans mon bureau. Il est temps de continuer de relier les fils :
Enseignante en coiffure et esthéticienne : Annie à Mélanie
Amour : Kyle, Chloé (unilatéral)
Serena : Marc + Clarisse = Il me semble qu'ils ont quatre enfants, tous ont quitté Hanakaze.
Me voilà soudain dans un bloc opératoire, une femme pousse fortement, serait-ce ma naissance ? La scène se termine déjà… C'était un autre fragment gris… Tout est confus et il y a tellement de choses qu'il m'est difficile d'avoir une vue d'ensemble du tableau qui se joue en arrière-plan. Par ailleurs, mon Chishiki n'agit toujours pas…
Dans tous les cas, mon passé n'entache pas les moment actuels avec mes différents hôtes. Chacun m'apporte un petit plaisir, même si au fond aucune émotion ne m'atteint vraiment. Nul affecte réel, uniquement une simulation que mon esprit joue.

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