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Hôte : Mizuki ; 09h37 – Salon de Coiffure de Hanakaze, maison des Watson

Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki. Son regard tremblant suit le sourire d’Annie. Brusquement, elle éclate de rire et assène une tape ferme sur l’épaule de mon hôte.

— Ne t’en fais pas autant, j’enverrai la facture à Kenji. Bon, profite de ta journée, ma petite linotte.

— Merci ! J’ai encore oublié d’en prendre, mais promis, la prochaine fois, je n’oublie pas !

Sereine, Annie s’approche de la cabine, commence à ranger. Souriante, Mizuki l’observe. Après quelques secondes, mon hôte quitte le salon de coiffure d’un pas calme, la clochette retentit. Devant ses yeux, la place centrale est baignée par un soleil montant, les conversations sont vives et variées. Sur les toits, les oiseaux perchés font entendre leur chant léger. Au nord, devant la boulangerie, Alice fait de grands signes, mains levées. Près d’elle, Chloé soupire bruyamment, Tom se place en retrait derrière sa sœur.

— Mizuki !

« Sa voix est toujours aussi fluette. » Chloé tapote l’épaule d’Alice.

— Elle ne va pas t’entendre si tu ne cries pas plus fort !

L’intonation dynamique de Chloé fait vibrer les tympans de Mizuki, qui lève sa main droite avec un mouvement léger. En réponse, Alice sourit en agitant encore plus les siennes.

— Tu vois bien qu’elle m’a entendue.

D’un pas calme entre les stands fréquentés par plusieurs villageois, tout le monde se rejoint vers la fontaine. Alice saisit tranquillement les mains de Mizuki, Tom reste en retrait, Chloé garde les bras croisés. Un chat monte sur le rebord, s’abreuve, un oiseau se pose tout près, picore.

— J’adore ta coupe pixie !

— Merci, mais tes cheveux blonds et bouclés sont également très jolis.

Tapotant le sol du pied droit, les lèvres de Chloé bougent.

— Depuis quand aimes-tu les cheveux longs ?

— Je ne les déteste pas, mais j’aime garder les miens courts.

En riant, Chloé s’approche, met une tape dans le dos de Mizuki.

— Dans ce cas, que penses-tu des miens ?

— Leur longueur te correspond bien et leur couleur noire est agréable à l’œil.

— Que penses-tu de ceux de mon petit frère ?

— Il a de beaux cheveux bruns, et le fait qu’ils soient courts lui va bien.

— Me… Merci…

D’un pas rapide, Chloé se rapproche de Tom, se penche vers son oreille.

— Dis à Mizuki qu’elle est belle, petit frère.

Rougissant, il joue subitement avec ses doigts. Mizuki s’approche du visage du jeune garçon, ce qui le fait reculer de trois petits pas, mais le rebord de la fontaine le bloque.

— Ça… Ça te va… euh… Ça te va bien, tu… Tu es très belle.

— Pourquoi tu bégaies autant ? Ça ne t’arrive pas avec les autres… Tu peux tout me dire, tu sais.

Fixant ses yeux, elle en se penchant légèrement en avant… Tom tente un recule, mais trébuche… Approchant sa main droite vivement, Mizuki le rattrape très facilement et leurs regards se croisent. Soudain, Chloé se place entre son amie et son frère en riant nerveusement.

— Ha, ha, ha ! Ne t’en fais pas pour ça, ce n’est rien !

— Si tu le dis, Chloé. Au fait, merci du compliment ! Toi aussi, tu es mignon Tom.

Avec un léger sourire, Mizuki recule d’un pas, Tom avale légèrement sa salive, ses lèvres s’étirent largement, ses joues prennent une teinte rosée. Son regard, incapable de se fixer, oscille entre le visage et la poitrine de mon hôte. « Il ne bégayait pas avec moi avant, et je vois bien qu’il regarde souvent mes seins. Ce n’est pas très gênant, mais je ne comprends pas ce qui l’attire ? » Au loin, son frère observe la scène. Elle lui offre un hochement de tête à peine esquissé, puis, il s’éloigne d’un pas assuré en souriant. « Michel aurait pu venir discuter ! » Elle reporte son attention sur Alice, qui fouille dans son sac à dos pendant que Chloé sort un calepin du sien.

— J’ai fabriqué quelques accessoires que je voudrais te faire essayer !

Alice exhibe un bracelet fin taillé dans du balsa, accompagné d’un collier en chêne lustré. Chloé déplie un croquis aux traits précis d’une robe longue et élégante.

— Moi, j’ai fabriqué une robe sexy sous la directive d’Etsuko.

— C’est gentil les filles, mais je n’aime pas ce genre de choses.

« Surtout les robes… » Brusquement, le souvenir d’un fragment bleu me revient, Mirina avait parié qu’elle arriverait à me convaincre de l’aider… L’intervention vive de Tom entre Mizuki et les filles me ramène à mon observation. Il fixe sa sœur d’un regard ferme.

— Mizuki est parfaite comme ça ! Elle n’a pas besoin de bijoux ou de robes pour être belle.

— C’est vrai, même si c’est dommage qu’elle ne soit pas plus féminine.

— Je suis d’accord, mais j’aimerais te voir porter mes créations un jour.

— Merci ! Vous êtes aussi parfaits comme vous êtes ! Le naturel, c’est toujours le mieux.

Selon les informations présentes dans le registre de Linda, Chloé est âgée de dix-sept ans… Alice en a quinze, Tom quatorze, avec la mention qu’il a un côté féminin. Ce qui correspond à la vision perceptible de son corps, mais ça n’a l’air de déranger personne. Après tout, l’apparence devient secondaire quand on connaît la personne. Soudain, Chloé sort un autre carnet de son sac.

— Bon, parlons plus en détail de notre sorti de solis.

Alice se colle rapidement à Mizuki, plaquant son sein gauche sur son bras.

— On pourrait se baigner dans la rivière de la forêt… toute… euh… Comme tu nous l’as raconté.

Tu veux dire toutes nues ? Moi ça me va, mais je ne suis pas sûre que les autres auront envie.

Ce n’est pas grave… Juste, euh… nous… Ben nous deux quoi !

Ok, ça me va !

Tom rougit fortement en avalant plusieurs fois sa salive.

Mizuki… Toute…

Alors qu’il secoue vivement sa tête, les sensations de mon hôte s’effacent… Il m’est possible de me souvenir que Mirina avait gagné notre pari. C’est une des raisons pour lesquelles il m’a fallu l’aider avant de prendre plaisir et de le faire volontairement, mais cela date.

Elle cherchait à mieux comprendre l’humanité… De la naissance des empires à leurs chutes. De la création des civilisations à leurs expansions. De la nécessité de créer des sociétés industrialisées pour ensuite les transformer en synergie de consommations. De la mondialisation et ses aspects positifs qui ont causé son inexorable perte. De la guerre au visage varié et variables, profit de l’un, détriment pour l’autre. De la nature qui permet la vie, à la science qui essaie de la remplacer. De la justice, qui se prétend impartiale et neutre, mais qui comme tout est biaisé par la perception de l’existence. Coupable de crime, innocent victime, rien n’existe sans notre morale. Mirina disait : la nuance n’est pas une palette de gris, mais un déferlement de couleurs au centre des valeurs…

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