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Hôte : Mizuki ; 10h45 – Forêt ouest près de Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki. Sans ralentir, elle exécute un bond souple pour enjamber un arbre massif abattu au sol. « Dommage qu’il soit tombé… il devait vraiment être majestueux ! » Malgré les ronces qui entravent le chemin, ses pas restent vifs et son corps esquive naturellement les obstacles en tout genre. « En tous cas, le terrain est très accidenté. » Son pied droit se pose avec précision sur une pierre instable, puis franchit d’un saut puissant une crevasse boueuse. « Le dernier éboulement n’a pas fait de bien à l’environnement. » D’une inspiration, elle hume les effluves nombreux et variés avec un visage souriant. « J’adore ses odeurs boisées… ». Alors que ces pensées se mélangent aux miennes, sa course est frénétique, mais elle lève parfois les yeux vers le ciel dégagé où le soleil réchauffe l’air ambiant et sa peau. D’une oreille attentive, elle écoute aussi les bruits des différents animaux qui vivent leurs vies. « C’est amusant. Je n’étais encore jamais passée par là ! » Brusquement, un animal puissant perce les fourrés d’un bond et surgit sur sa droite. Il la dépasse sans problème et adopte une allure vive, mais stable. Ses pattes musclées dégagent une force primale. Sa queue touffue balaie la terre, son pelage dense étouffe l’air qui l’entoure. On dirait un mélange entre un lion et un loup. « Un lupis ! » Malgré les obstacles, elle accélère encore sa vitesse. « Il est tellement beau ! » Ses pas deviennent si légers qu’ils sont presque inaudibles. « Je veux absolument pouvoir le regarder dans les yeux. » Son regard reste fixé sur l’animal, mais il me faut me reconcentrer très vite… Cette impression de devenir Mizuki est trop intense…
« J’aime sa silhouette et son épaisse fourrure grisâtre a l’air si douce ! J’ai envie de m’y blottir. » Brusquement, le lupis bondit contre un chêne, puis d’une poussée marquée dévie sa direction. D’un mouvement fluide, mon hôte l’imite au même rythme. De mon côté, il m’est possible de mieux séparer notre connexion. « C’est génial, je n’avais pas envisagé ce genre de technique. » Sans ralentir, l’animal balaie le sol de sa queue pour déployer un nuage de poussière, mais malgré une quinte de toux, Mizuki ne s’arrête pas. Son pied gauche impulse, le droit réceptionne avant d’envoyer une énergie accrue. Ses bras suivent un geste de balancier puissant pendant que sa tête reste légèrement inclinée vers l’avant.
« Il est malin ! Je ferais mieux de trouver comment esquiver ça. Je suis toute sale en plus… » Le lupis recommence brusquement… Mizuki effectue un pas chassé, puis poursuit sa course dans le sous-bois. Les feuilles fouettent par moment son visage qui rougit… Une mouche la frôle, son regard pivote.
— Moi aussi, je suis maligne !
Sans la regarder, le lupis continue d’avancer, s’engouffrant soudain de l’autre côté du bois.
« Il m’ignore… pas question de perdre ! » Mizuki dévie sa trajectoire pour rejoindre son concurrent… Encore une minute de course, mais il garde de l’avance. Soudain, un sanglier charge à sa droite, elle pivote, reprend son élan. Le lupis bondit d’une poussée sur une branche haute, s’élance vers l’avant pour rejoindre le sol. « Je n’arrive pas à le rattraper… » Par des bonds répétés, l’animal zigzague très rapidement, Mizuki l’imite, mais son pied se bloque dans une racine et son corps part en avant. Au dernier moment, elle se réceptionne sur ses paumes et entame malgré tout un saut de cheval énergique… Cependant, ses sensations s’effacent…
Me revoilà donc dans mon bureau… La femme blonde n’est pas ici cette fois… Élise est avec mon jeune moi, et cet homme qui est sûrement mon père. Ma mère rit à l’un de ses compliments, mais il est évident qu’il simule tout ce qu’il fait. Une perfection indéniable dans ses mouvements, rien ne le trahit, chaque geste est anticipé. Il me prend dans ses bras, moi-même l’imite, mes réactions sont opérationnelles. Ma mère n’en voit rien, nous jouons le rôle, celui qui nous rend humains, mais nous serons toujours des Chishiki…

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