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Hôte : Emma ; 14h19 – Place centrale de Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens d’Emma ; Le bruit de nombreuses discussions font vibrer ses tympans, son regard reste figé sur un collier en laiton massif finement ciselé à la main, avec une patine dorée mate et des incrustations discrètes d’agate noire et de lapis-lazuli, sa chaîne ajustable faite de maillons torsadés artisanaux, un fermoir artisanal en forme de nœud coulissant. Soudain, son cou pivote vers Meita et ses couettes tombent sur ses épaules. « Cet homme est bizarre. »

— Je l’adore ! C’est combien ?

— Deux pièces d’argent. Et je ne baisserai pas mon prix.

— Quoi ! C’est la moitié de mon salaire ! Hum… Il me fait vraiment envie.

Sa voix retentit, attirant les regards, quelques rires s’échappent. Ses yeux descendent sur sa robe décousue, se relèvent sur Meita, une main se pose sur son épaule gauche. Emma tourne rapidement la tête, aperçoit Michel.

— Tu as un souci.

— Je voudrais acheter ce collier.

L’expression de Meita reste calme, Michel le fixe avec un large sourire.

— Bonjour, je m’appelle Michel Ashura.

— Ashura ? Dis-moi, connais-tu une fille qui s’appelle Mizuki ?

— Oui, c’est ma sœur.

— As-tu quelque chose à me dire ?

— Vous devriez adapter votre prix aux ressources de vos clients.

— Je serais perdant en faisant ça.

— La priorité actuelle des Michiyuki est d’augmenter leur notoriété, si je ne m’abuse. Des clients peu fortunés pourraient vous être utiles. Demandez un service, offrez une réduction en échange. En somme, faites d’eux des amis.

Pendant le léger silence entre eux, me voilà à me souvenir que Mirina avait à peu près la même approche. Elle disait souvent que connaître par cœur la personne lui fera faire exactement ce que tu désires. Meita sourit discrètement avant de regarder les iris d’Emma.

— Une pièce d’argent si tu dis du bien des Michiyuki.

— Parlez-moi de votre peuple !

Ses doigts fouillent sa poche, en ressortent en tenant un carnet et un crayon.

— Pas question que je mette ça !

— Allez petit frère, fais pas ton timide.

— Bon, d’accord…

— Super, maman va adorer.

La voix de Tom et Chloé résonne près d’un stand derrière Emma, qui sourit. Cependant elle reste concentrée sur Meita. Un souvenir me revient… Mon hôte change le linge de Tom sur la table de la cuisine. La pièce reste tempérée, mais la neige couvre déjà la nature. Chloé entre, ses bottes blanches de poudreuses. Le fourneau chauffe vivement, pendant que l’eau bout.

— Tout nu, son cul…

Emma lui sourit, Chloé essaie de se hisser sur la chaise près de sa mère.

— Allons, jeune fille, on ne parle pas ainsi.

— Désolée, maman. Moi je suis petite, mais Tom, lui, c’est un bébé et il faut que je le protège.

Edward entre dans la pièce avec un panier de légumes, le pose au sol, saisit sa fille sous les bras, la hisse sur la chaise, tandis qu’elle rit.

— Tu es trop jeune, petite princesse.

— Mais papa…

— Pas de mais, pour le moment prendre soin de ton frère est notre responsabilité.

— D’accord…

La jeune mère sourit en regardant sa fille.

— Quand tu seras grande ce sera ton tour.

— J’ai hâte de grandir alors.

— Ne sois pas si pressé, chaque chose en son temps.

— Ta mère a raison.

Emma soulève Tom dans ses bras, il rit, puis pleure… Elle entrouvre le haut de sa robe, l’approche de son téton qu’il saisit en bouche. Un ressenti de succion légère. Mon hôte regarde son mari, qui s’assoit avec calme et commence à éplucher des pommes de terre.

— Alors, comment est la récolte ?

— Maigre, mais on a l’habitude.

— Tu crois que cela va vraiment changer avec Kenji ?

— Je n’ai pas de certitude, mais jusqu’à présent, il a prouvé qu’il méritait notre confiance.

Soudain des bruits de pas vifs résonnent dans le couloir… Mélanie, encore jeune, entre en sautillant dans la cuisine, Annie est juste derrière.

— Chloé, viens, on va jouer dehors.

— Je peux, maman ?

— Oui, mais couvre-toi bien.

Les petites s’éloignent dans le couloir, Annie prend place à table, commence à aider Edward.

— Kenji a réussi à négocier une baisse sur une livraison de nourriture pour l’hiver.

— Ça va nous aider…

Souriante, Emma écarte son fils de sa poitrine, fixe Annie.

— Tu veux bien le garder un moment ? J’ai besoin d’une sieste…

— Avec plaisir, ce petit bout de chou est trop mignon.

Me revoilà dans l’instant présent. Emma prend de nombreuses notes, Michel écoute attentivement.

— Nous considérons le dialecte comme preuve de compréhension, quel qu’il soit et peu importe sa nature. Nous n’avons aucun objectif politique et en rejetons l’essence même, mais nos anciens restent des guides de l’apprentissage et de la préservation de nos traditions.

— Comment traitez-vous les jeunes générations ?

— Comme il se doit, par l’apprentissage et la guidance.

— Pouvez-vous préciser ?

— Un jeune enfant a besoin d’un cadre ferme mais bienveillant pour le rassurer et le structurer. D’une voix non autoritaire qui est attentive, transmissive, disciplinaire, juste. De motivation, via un développement de ses capacités naturelles et de ses attentes personnelles. Une reconnaissance de ses pairs à chaque progrès même infime. Des règles qui établissent le vivre ensemble et la communauté. De valeur adaptée à son futur rôle et responsabilité. Nous ne jugeons pas celle des autres, c’est une liberté individuelle que l’enfant doit se forger de lui-même.

Les doigts de mon hôte impulsent le mouvement du tracé d’une lettre, ses sensations s’effacent…

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