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Hôte : Shana ; 14h42 – Entrée de la forêt du guerrier pacifique, près de Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Shana.
— Et les corps de mes compagnons ?
— Ils ne vont pas s’envoler.
Avec des bonds dynamiques, chaque enjambée de Mizuki franchit des distances variées qui séparent chaque pierre, puis dans d’habiles mouvements, son corps sans sauter en hauteur passe sous et sur les rondins installés entre les arbres. D’une détente puissante, elle franchit une mare de boue, pivote pour passer entre deux arbres étroits, glisse sous un conifère écroulé par le temps, traverse un petit sentier entre les ronces et enfin ; une fois devant la liane, c’est avec une rapidité farouche, qu’elle monte à la force de ses bras jusqu’au sommet du chêne massif. « Mizuki est vraiment agile… Discuter avec elle me fait du bien, mais je n’arrive pas à oublier. Même si je n’étais pas très proche d’eux, c’est ma faute… J’aurais dû être plus attentive. Désormais, la seule chose que je puisse faire est d’avancer. »
Shana serre son poing si fort que ses ongles marquent sa paume. Son ressenti est compréhensible, mais il n’est pas de mon rôle d’approuver ou réprouver. Ma neutralité est ce qui me définit en tant qu’observateur. Il est important que cette différence reste pour moi. De toute façon, cela ne me change pas tellement, les Chishiki aussi sont neutres. Depuis son regard, il m’est possible de voir, qu’avec calme, Mizuki redescend en se laissant glisser le long de la liane. Elle atterrit sur l’herbe avec tranquillité, puis rejoint Shana en prenant un chemin plus dégagé, qui est sur la droite.
— Alors, qu’en as-tu pensé ?
— C’était vraiment impressionnant.
— Merci. Allez, c’est ton tour !
— Je ne suis pas sûr d’y arriver…
— Ce n’est pas le but, je veux juste vérifier tes capacités.
— Bon, d’accord.
— Pour commencer, essaie d’y aller comme tu le ressens.
— Tu as des conseils ?
— Oui, mais ils seront plus efficaces une fois que je saurais comment tu te déplaces.
« Je ne suis pas au mieux de ma forme, mais ça pourrait me détendre d’essayer. » Rapidement, Shana dépose son sac et son arc contre l’arbre où Mizuki avait laissé le sien. Elle prend une longue inspiration, s’élance d’un pas confiant. Plusieurs bonds répétés pour franchir les espaces entre les pierres, mais brusquement son pied gauche glisse, Mizuki la rattrape avant la chute.
— Ça va ?
— Oui… Grâce à toi…
— Essaye d’éviter la limace la prochaine fois.
Alors que sa respiration est vive, Shana regarde la trace gluante vers son pied droit.
— Je…
— Ce n’est pas ta faute, tu ne l’avais pas vu… Ça m’est aussi arrivé.
— Il y a tellement de petites vies…
— Oui… Pas facile de ne pas les ignorer.
Pendant que le regard de Shana se perd sur la multitude d’insectes couvrant divers endroits des bois, ses sensations s’effacent… De nouveau seul dans mon bureau mnésique, il m’est possible de penser au calme. En consultant le tableau jaune et le rouge, les fils de Mizuki et Shana se relient désormais alors que rien ne les destinait à se connaître… Le hasard ? Le destin ? Qu’aurait dit Mirina de cela ? Ni l’un, ni l’autre, un peu les deux, on ne peut qu’en faire une hypothèse…

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