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Hôte : Linda ; 14h47 – Salon, maison des Yuéda, Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens de Linda ; son derrière confortablement positionné sur un coussin moelleux, il m’est possible de voir depuis son regard qu’elle parcourt les quelques toiles de paysages ornant les murs beiges. Ses pieds dénudés frottent le parquet lustré, se reposent sur le tapis en laine. Dans son dos, des crépitements font vibrer ses tympans, un fumet remonte à ses narines.

— Merci de nous offrir le repas.

Ses doigts caressent le bois lisse de la grande table en acajou qui occupe le centre de la vaste pièce. De son côté, Noémie, assise à droite, tapote énergiquement son index sur la surface.

— Dépêche Amélia, j’ai faim.

D’un mouvement contrôlé, Linda se penche vers l’oreille de sa sœur.

— Tiens-toi correctement !

Soudain, d’un pas serein, Amélia franchit la voûte séparant les pièces, dépose avec soin les plats devant les filles, s’assied silencieusement à gauche de Linda. Noémie attrape une côtelette juteuse recouverte de fines herbes à pleine main, ce qui fait soupirer sa sœur, qui fixe Amélia, dont les longs cheveux auburn caressent ses épaules pendant qu’elle coupe soigneusement sa viande.

— Depuis quand tu as une si belle vaisselle !

— Paul me l’a offerte le mois dernier… et Noémie… Ne mange pas avec tes mains !

— Je vois que tu as changé de coiffure.

— Paul les préfère frisés.

Noémie croque une bouchée en souriant, Linda tousse doucement pendant qu’en mâchant, sa sœur attrape un verre d’eau, avale une bonne gorgée, puis le claque sur la table.

— Comment tu peux cuisiner aussi bien ?

— Merci du compliment, mais c’est parce que je m’exerce.

— Je suis jalouse que tu sois mariée, même si Paul n’est pas le plus beau.

— Les critiques envers mon époux n’étaient pas nécessaires !

Sirotant son thé, une ride légère apparaît au coin du front d’Amélia. Linda soupire encore tout en mâchant lentement. « Noémie est désespérante parfois. » Croisant soudain les bras, Amélia fixe Linda, qui esquisse un sourire.

— J’aurais besoin de ton aide pour écrire un livre de cuisine.

Noémie intervient en tapant sur la table, Amélia la regarde avec fermeté.

— Bien sûr, mais j’en veux un exemplaire gratuit !

— Ce n’est pas à toi que je demande de l’aide.

— Je veux la moitié des droits d’auteur et ta promesse de rester au village.

Le ton de Linda est apaisant, tandis qu’elle reprend une bouchée de riz saupoudré de cannelle.

— Marché conclu !

— Ne m’excluez pas ! Je veux aussi aider.

— On va voir ce que tu peux faire.

Les filles se serrent la main, Noémie intervient en posant les siennes sur les leurs, ce qui les fait rapidement rire ensemble quelques secondes. Sereine, Linda attrape sa fourchette et prend encore une bouchée tout en fixant Amélia, qui mange silencieusement. « J’aime bien ses iris ambrés et sa peau légèrement bronzée. J’ai même pensé à sortir avec elle, fut un temps, mais elle n’était pas… »

Mon hôte boit doucement une gorgée de son verre d’eau. « Enfin, inutile d’y repenser. Je sais que le nom de Murad est caché sous le bandage de son bras gauche. Pourquoi est-ce que je pense à cela maintenant… »

— Ta cuisine est très bonne. Si je me souviens bien, tu as commencé à cuisiner pour Murad.

— Merci. Oui, mais je ne regrette pas.

— Tant mieux.

Subitement, Noémie se lève, Amélia l’observe.

— Où vas-tu ?

— Aux toilettes…

D’un pas pressé, la jeune femme quitte la pièce, Linda regarde Amélia avec calme.

— Tu n’aurais pas mis du fromage dans ton plat ?

— Si, en effet. Quoi ?

— Noémie est allergique au lactose.

— Hein ! Mais je ne savais pas !

— Ça ira, ce n’est pas une allergie forte.

— Ne me fais pas peur comme ça.

Soudain, une porte claque non loin.

— Amélia ?

— On est au salon.

— D’accord, je vous rejoins…

Quelques secondes de silence, soudain, Paul entre dans la pièce.

— Je voulais te dire que j’ai encore du travail, mais ce que tu nous as préparé à Murad et moi était délicieux. Oh, désolé Linda… Je n’avais pas fait attention que tu étais là…

Souriante, mon hôte reprend une autre bouchée.

— Ce n’est rien… Ton côté tête en l’air, on va dire.

— On peut le voir ainsi en effet. Hum… et l’autre invitée est ?

— Ma sœur.

— Oh, je vois, du fromage ?

— Oui.

Fixant Paul, qui vient de s’asseoir en face d’elle, Amélia fronce les sourcils.

— Attends ! Tu savais que Noémie était allergique ? Pourquoi tu ne me l’as pas dit ?

— J’ai dû oublier… Désolé.

Soudain, Linda pose ses doigts sous son menton.

— En réfléchissant bien, sur le menu du restaurant, il faudrait indiquer précisément tout allergène potentiel en fonction du plat servi. De plus, il devient utile d’avoir un personnel formé à ce type de situation pour éviter des problèmes. Cela implique que cuisiné ne suffira pas, Amélia.

— Je sais, il faut aussi gérer les stocks, les finances, la publicité, la qualité du service, l’attractivité. On ne tient pas un restaurant que par sa cuisine.

— Sais-tu comment faire tout cela si tu arrives à avoir les moyens d’en ouvrir un ?

— J’aurais besoin d’aide, c’est évident, mais ça tombe bien, j’ai une très bonne amie.

Soudain, ses sensations s’effacent…

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