117
Hôte : Shana ; 16h20 – Forêt du guerrier pacifique, près de Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Shana, qui bascule vers l’arrière… Une seconde, son dos est déjà en contact avec le sol herbeux, son souffle reste très irrégulier…
— Kof, ko, kof… Je suis… heureuse… d’avoir réussi le parcours, mais… je peux plus bouger.
Ses muscles sont tendus, elle transpire, mais malgré tout, ses lèvres s’étirent.
— Bravo. Tu t’es vraiment bien débrouillée.
Au-dessus de mon hôte, Mizuki lui tend sa main droite. Une minute de silence entre elles… Avec difficulté, Shana la saisit fermement afin de se relever.
— Merci… Je crois qu’il est temps qu’on aille à Hanakaze.
— Oui, Michel doit m’attendre avec impatience.
Toutes deux récupèrent leurs sacs, leurs doigts se frôlent. Elles reprennent le chemin… Shana, reste proche de Mizuki, qui s’apprête à s’exprimer…
— Tu as d’autres passions en plus de l’archerie et de la cuisine ?
— J’adore la couture et le tricot, mais je manque de temps, et toi ?
— J’aime écrire des chansons et les chanter.
— C’est super, j’aimerais beaucoup t’entendre un jour.
— Ok, je t’en improvise une.
Observant les alentours avec un regard rapide, Mizuki prend une courte inspiration.
— La douceur de la nature nous entoure, rayonnant d’un soleil fatigué. Il n’attend qu’une seule chose aujourd’hui, que nous rentrions, car il est épuisé.
Les feuilles bruissent, quelques merles gazouillent.
— Et les oiseaux chantent pour le bercer, quelques mots délicats sont inutiles. La beauté que l’on voit nous est offerte, il suffit juste d’un instant pour l’apprécier. Prendre le temps de se poser ensemble, pour écouter ce que murmure le vent. Les feuilles dansent sous un ciel doré, le monde respire, tout est si lent. Dans l’herbe des pavés, les fleurs s’égosillent, les petits êtres aussi vivent leurs vies, et si tu observes bien, chacun est relié à ton chemin.
Sur les abords à droite du chemin, un lièvre sautille…
— Et les oiseaux chantent pour le bercer, quelques mots délicats sont inutiles. La beauté que l’on voit nous est offerte, il suffit juste d’un instant pour l’apprécier. Le soir tombe, les ombres grandissent, mais dans nos cœurs, la lumière persiste. Un souffle léger, une promesse muette, nous sommes vivants, ici et maintenant. Et les oiseaux chantent pour le bercer… Quelques mots délicats sont inutiles… La beauté que l’on voit nous est offerte. Prends le temps, juste le temps, de l’écouter.
— Ta voix est sublime !
— Merci.
Les filles marchent avec entrain le long du chemin boisé, les secondes s’étirent… Elles gardent un silence relatif, mon hôte scrute l’environnement. Une minute passe, puis deux. Arrivant à la croisée des chemins, elles remontent d’un pas plus vif… Au loin Hanakaze est visible, Mizuki observe le regard de son frère, qui fixe la poitrine de Shana, puis accélère en laissant mon hôte derrière… Cependant, il ne prête pas attention à sa sœur, qui, attentive, se tient désormais devant lui. « Il regarde attentivement mes seins… On dirait que je le captive, c’est flatteur. »
— T’es plutôt bizarre, qu’est-ce qui t’arrive ?
Michel fixe le médaillon qui représente un aigle majestueux en plein vol, relève la tête, scrute avec passion les iris de mon hôte… s’incline légèrement vers l’avant.
— Je suis désolé pour mon comportement déplacé.
— Ne t’en fais pas, tu n’es pas le premier garçon à la regarder ainsi.
Shana tend sa main droite, il relève la tête, la saisit d’un geste délicat. « C’est un beau garçon. »
— Tu dois être Michel ? Je m’appelle Shana Elliot.
— C’est exact, Michel Ashura, heureux de te rencontrer, Shana.
« Sa main a de nombreuses callosités, il doit s’entraîner durement. » Brusquement, Mizuki colle son visage à celui de son frère.
— Tu m’ignores ! Ce n’est pas une façon de traiter ta petite sœur ! Shana est très jolie, mais ce n’est pas une raison !
— Non, je… Désolé, ce n’est pas l’impression que je veux donner. Shana vient juste d’arriver au village, je dois discuter avec elle pour apprendre à la connaître.
Rapidement, mon hôte se place entre eux et observe les yeux de Mizuki.
— Ne sois pas en colère contre lui, c’est naturel pour un homme de regarder une femme.
— Je ne suis pas en colère ! Michel, en ce qui concerne notre pari, je…
— Désolé, on peut laisser tomber, il y a eu des circonstances spéciales, alors ça ne compte pas.
— Tu te moques de moi ! Si tu crois que je vais accepter que tu annules notre pari… Tu as intérêt à me trouver une robe qui me mette en valeur.
Le visage de Mizuki est tendu, ses sourcils froncés, ses joues contractées. Shana resserre ses poings. « C’est de ma faute, je dois apaiser cette situation. » Michel recule d’un pas, ses lèvres bougent.
— Tu détestes les…
— Je vais tenir parole, c’est tout ! Shana, je te confie mon frère, il te fera visiter le village ! Il faut que je parle à Henri et que je donne les médicina à Yumi. On se retrouve chez moi.
— Je…
Soupirant profondément, Mizuki s’avance d’un pas net, contourne son frère, et alors qu’il la regarde en se frottant la tête, s’éloigne rapidement.
— Quel idiot… Je n’aurais jamais dû lui proposer ça. Je vais te faire visiter le village, Shana.
— On devrait peut-être rattraper Mizuki. Je suis inquiète pour elle.
— Ne t’en fais pas, je m’excuserai ce soir et elle comprendra. Notre lien est indestructible.
— Très bien.
— Je vais te présenter Kuroki. Après tout, il doit m’attendre.
— Kuroki ?
— C’est notre forgeron.
— Au fait… Où as-tu rencontré Mizuki ?
— Dans la clairière de l’Autel du dernier sacrifice…
— Elle ne devait pas aller là-bas… Enfin, quand je vois ce sang verdâtre sur vos vêtements, je me dis que c’est une bonne chose qu’elle n’ait pas écouté, papa.
Ses sensations s’effacent… Il est utile de noter que parfois les liens se forment instinctivement. Le temps ne définit pas les relations, d’ailleurs il n’agit jamais et n’a aucune volonté. C’est uniquement un cadre où s’effectuent les lois fondamentales qui régissent l’univers, mais inutile d’entrer dans un débat qui n’aboutira pas avec moi-même…

Annotations
Versions