120
Hôte : Mizuki ; 16h50 – Sentier derrière la forge de Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki. D’un pas rapide, elle longe le sentier… Une minute s’écoule, puis deux… Au loin, la maison de Yumi est visible, la cheminée fume, un effluve herbacé se dégage. Depuis son regard, me voilà à observer Marc, qui remonte le chemin en tenant la main de Clarisse. D’après le registre de Linda, ils ont quatre-vingt-trois ans. Calmement, mon hôte s’arrête près d’eux.
— Vous venez de chez Yumi ?
— En effet.
La voix de Clarisse est douce, tandis qu’elle redresse son dos.
— Est-ce que vous avez encore mal au dos ?
— Un peu, mais avec les soins de Yumi, c’est supportable.
Celle de Marc est rugueuse pendant qu’il frotte son poignet gauche. Soudain, Clarisse prend la main de Mizuki dans la sienne et il m’est possible de ressentir chaque pli dû aux rides.
— Sinon, qu’as-tu fait aujourd’hui ?
— C’est une longue histoire, pour le moment j’apporte des médicina à Yumi.
Vigoureusement, Marc se frotte la tête.
— Dis-moi, comment as-tu fait pour développer le mizuara ?
— J’ai beaucoup observé les mouvements des animaux pour m’en inspirer.
— C’est intéressant. Je ne pensais pas qu’on pouvait développer un tel savoir ainsi.
Clarisse relâche la main de Mizuki et lui sourit.
— On va rentrer, passe nous voir quand tu veux.
— D’accord.
« J’adore Marc et Clarisse, ils sont super gentils, même si leurs visages sont très ridés. » Mizuki reprend une marche calme… Après quelques minutes, elle arrive devant la maison de Yumi, pousse la porte. Dès son entrée, elle retire ses chaussures, se dirige vers le salon. Yumi est assise dans son fauteuil à bascule, mon hôte pose son sac près du canapé en face, s’assoit en souriant.
— Alors, as-tu trouvé les médicina ?
— Oui, je te les ai apportés.
Ouvrant son sac calmement, elle sort les plantes tranquillement… Yumi examine méticuleusement ces dernières, Mizuki finit de les déposer sur la table basse.
— Merci. Elles sont magnifiques, mais est-ce que tu te rappelles leur utilité ?
— Elles sont utilisées pour leurs propriétés anti-inflammatoires, analgésiques, antiseptiques… et servent également pour traiter les infections fongiques et les affections cutanées.
— Quel type ?
— Eczéma et psoriasis.
— Comment les transforme-t-on ?
— On fait sécher les feuilles, puis on les broie.
— Quel type de préparation ?
— Topiques.
— Leurs usages ?
— Des bains thérapeutiques ou des compresses.
— C’est bien ! Tu as de la mémoire et de la rigueur. D’ici quelques années tu pourras me succéder.
D’un mouvement, Yumi se laisse basculer dans son fauteuil et sourit.
— Je vais aller nous préparer du thé et ranger les herbes. Veut bien passer la soirée avec moi ?
— Bien sûr ! Avec plaisir. Je vais t’aider à tout préparer.
Un souvenir me revient soudain… Mirina disait que les plantes étaient une des clés de notre santé. Elles contribuent à un air sain, fournissent des ressources, des nutriments, parfois néfastes, mais utiles, ou juste jolis. Bien sûr, elle ne faisait que soulever une évidence. C’est plus sa façon de le faire qui était unique. Encore un fragment rouge de ma mémoire… Il est lointain. Yumi est dans la cuisine de Kenji et talque les fesses de Michel. Annie s’occupe de celle de Mizuki, elle s’apprête à parler. Mélanie est assise à table, mange doucement un repas léger à base de purée de carotte.
— C’est incroyable comme tu es douée !
— Ce n’est que de l’expérience.
— De combien d’enfants t’es-tu occupé ?
— Deux cent dix-neuf.
— C’est impressionnant.
— La vie est précieuse, surtout quand elle débute.
— Oui, j’aurais voulu être sage-femme, mais j’ai finalement choisi coiffeuse, ha, ha…
Un bruit sec retentit, elles se retournent. Sous la table, Mélanie ramasse sa cuillère. Annie lui sourit.
— Lave-la avant de la réutiliser, ma puce.
— Oui maman.
Yumi sourit et regarde Kenji assis face à elle.
— Tu n’es pas trop débordé avec deux nourrissons ?
— Sans votre aide, j’aurais eu du mal… Je n’ai pas l’habitude des enfants.
— Compréhensible, tu es un jeune père veuf.
— Ce n’est pas une excuse et je compte bien apprendre.
D’un sourire, Annie le fixe calmement.
— Je crois que pour le moment Henri t’attend.
— Je sais, mais encore une fois je ne vais pas me dédouaner de mes responsabilités.
Avec calme, Yumi tend deux linges tachés de déjection à Kenji.
— Parfait, alors lave ceci sur le chemin.
— Très bien…
Rapidement, Kenji les attrape et quitte la cuisine.
— Tu crois qu’il fera vraiment un bon père ?
— Tu le connais autant que moi, il me semble.
— Oui, mais Kenji est parfois distant et très sérieux.
— Je sais… Il n’a pas que des qualités, mais je ne doute pas de sa volonté.
— On est bien d’accord !
Brusquement, Mizuki urine, et Annie malgré la tache sur sa robe, sourit.
— On dirait que ce petit ange n’avait pas fini.
Me revoilà dans l’instant présent, Mizuki entre dans la cuisine, mais ses sensations s’effacent… Les souvenirs qui me viennent de Hana sont tellement nombreux, même si la majorité reste verrouillée. En soi cela est préférable, sinon il me serait facile de m’y noyer mentalement, on ne revit pas plus de 400 ans d’histoire en l’espace de quelques secondes s’en en subir les conséquences.

Annotations
Versions