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Hôte : Michel ; 16h55 – Salon, maison des Rénard, Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens de Michel. Depuis son ouïe, me voilà à écouter la faible voix de Shana raconter l’embuscade… « Je vois bien que ses mains tremblent légèrement… et ses genoux sont écorchés… » D’un sourire, elle continue son récit en mentionnant son sauvetage. « Heureusement que Mizuki est curieuse. » Les secondes passent au rythme de ses mots… Michel prend une courte inspiration… Une odeur âpre provient de son interlocutrice, assise à sa gauche sur le canapé, des traces jaunies sont visibles sous les manches du maillot blanc. « Shana a visiblement beaucoup transpiré. »

— Ça a dû être horrible, mais je suis content que ma sœur t’ait secouru à temps.

— Merci. Ton soutien me touche beaucoup.

Des pas retentissent dans le couloir… Serein, Kuroki entre dans le salon, ses yeux fixent l’arc de Shana… Il marche vers le fauteuil en face d’eux, s’assoit, son chat bondit sur ses genoux, scrute la sobre petite pièce aérée, se blottit.

— Je n’ai pas pu m’empêcher de regarder ton arc, est-ce que tu l’as depuis longtemps ?

— Depuis mes douze ans. Il appartenait à mon père, tout comme mon pendentif d’ailleurs.

— Son nom ne serait-il pas Alaric ?

— Oui, c’est exact. Vous avez déjà entendu parler de lui ? Papa est célèbre après tout.

— Je l’ai connu personnellement… J’avais vingt ans, véritable tête de mule incapable de voir mes faiblesses. Ton père quinze… talentueux, maîtrisant le feu et le vent, solitaire, mais amical, vif, dans sa capacité aux tirs, combattant de proximité, un doigté agile, mature émotionnellement… Avec le recul, je ne regrette pas, mais il est vrai que si je pouvais changer certaines choses… Quoi qu’il en soit, lors de notre première rencontre. Nous avons voyagé ensemble pendant deux ans.

— Hi, hi… Papa n’est pas devenu rang platine par hasard, mais pourquoi arrêter votre carrière ?

Le silence reste persistant… Il caresse son chat ronronnant un instant, puis subitement, Noir se lève d’un bond, saute, s’approche de Shana, puis bondit et se blottit sur ses jambes.

— Il a l’air d’aimer ton odeur.

— Est-ce qu’il a un nom ?

— Non, mais je l’appelle souvent, Noir. Pour en revenir à ton père… on est un jour tombé sur une dratia. Un terrible souvenir… et j’en ai longtemps fait des cauchemars.

Alors que Shana se met à caresser Noir, légèrement surpris, Michel se penche en avant.

— Je n’ai jamais entendu parler de cette créature, de quoi s’agit-il ?

— C’est un CHAH supérieur à forme humanoïde… Il a une tête de lézard et un corps reptilien composé d’une mousse régénérante. Ces lianes recouvertes d’épines peuvent rapidement découper la chair et les os… J’ai perdu ma jambe comme ça. Sans Alaric, je ne serais plus ici pour en parler.

Se reculant contre le dossier, Michel soupire, tandis que Kuroki relève son pantalon… De son côté, Shana incline la tête pendant qu’il le rebaisse.

— Tu n’en avais jamais parlé…

— Désolée… Je n’avais pas remarqué !

— Inutile de t’excuser. Et disons que ce n’est pas le souvenir dont je suis le plus fier.

— Certains aventuriers avec qui j’ai voyagé les disent quasiment indestructibles.

— Exact ! Pour les vaincre, il faut une magie de feu ou une frappe puissante sur leur cristal d’ERA.

Croisant les bras, mon hôte soupire. « Il va falloir que j’apprenne à maîtriser mon élément… On dirait que j’en aurai besoin. » Alors que la pensée de Michel me parvient, Kuroki le fixe avec calme, derrière la fenêtre, le soleil continue de décliner, et le silence de la nature se fait plus présent.

— Au fait, as-tu une idée de ce que tu veux faire de cette magnifique émeraude ?

— Je voudrais en faire un bijou pour Mizuki.

— Compte sur moi, mon garçon, j’ai une idée en tête qui plaira à ta sœur, malgré le fait qu’elle ne les aime pas. Je vais sortir du classique et créer une broche en forme d’animal.

— Tu comptes la faire toute en émeraude ?

— En effet, mais ce ne sera pas pour tout de suite, compte six mois.

— Ça me va.

Continuant ses caresses sur Noir, Shana relève son regard vers Kuroki.

— Vous pourriez me parler plus de mon père ?

— Bien sûr, mais d’abord je vais nous faire du café.

— Euh…

— Tu n’aimes pas ?

— Je ne suis pas une grande fan en effet…

— Ton père non plus n’en buvait jamais. Du thé, ça t’ira ?

— Oui… Merci.

Avec calme, Kuroki se lève, puis quitte la pièce. Noir se redresse, bondit et le suit alors que Shana observe soudain le portrait d’une femme assez jeune posé sur une commode en noyer.

— Qui est-ce ?

— L’ex-femme de Kuroki… Encore une fois il en parle peu.

— Je vois… Il n’a pas eu une vie facile… Il a des enfants ?

— Un fils, Louis, mais il n’est pas des plus bavards, et je viens d’apprendre des choses.

— Un cas mystérieux ?

— Oui, comme mon père.

— Le mien aussi.

— On dirait qu’on a des points communs !

— Oui. Sauf pour le café visiblement !

— Ha, ha, touché, je l’aime amer.

— Tu as déjà essayé de le sucrer ?

— Oui, mais ce n’est aussi stimulant.

— Ha, haha… T’es bizarre, mais ce n’est pas désagréable. Et Mizuki ?

— Ma sœur ne supporte pas du tout le goût, même sucré énormément elle le recrache.

— L’amertume la dérange à ce point ?

— Aucune idée, je sais qu’elle a un palais sensible, mais ça ne la gêne pas pour le reste.

— Hum… étrange… Comme sa haine des robes…

— Oui, encore une raison inconnue.

— Ha, haha… En tout cas, elle est vraiment belle… Sans mentir, elle est même attractive.

— Je ne le nie pas, sans notre lien fraternel j’aurais pu tomber amoureux.

— Heureusement que vous l’avez alors ! Même si ce n’est pas un lien de sang…

— Hmm ?

— Hé, hé… Ne fais pas attention.

— Attention à quoi ? Ton sourire ?

« Elle est vraiment magnifique… Son sourire, ses expressions… » Pendant que Michel contemple Shana, il m’est possible de voir en détail une minuscule cicatrice sous l’oreille gauche de la jeune femme, visiblement ancienne, mais cela reste sans importance. Brusquement, ses sensations s’effacent… Il serait utile d’arriver à me fixer sur un seul hôte. Pourquoi mes déplacements sont-ils aussi irréguliers ? Les fragments verts contiennent peut-être la réponse… Cependant une partie est toujours manquante… Mon Chishiki à dû les cacher ? Ou Hana ?

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