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Hôte : Mizuki ; 17h05 – Cuisine, maison des Shirai, Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki. Dans la cuisine à la température modérée par la chaleur du four en brique, et la fenêtre entrouverte, qui laisse entrer les rayons du soleil couchant, la saveur sucrée du thé citronné à la menthe me parvient depuis ses papilles. Néanmoins, une pointe d’anesthésiant est perceptible en arrière-goût. En face, Yumi boit tranquillement le même breuvage. Souriante, mon hôte affiche un regard apaisé et repose la tasse sur la table en noyer.
— Ton thé est délicieux. L’odeur me fait penser à celle de la médicina.
— Merci ! J’en ai infusé une feuille. C’est pour cela que tu ressens ce goût anesthésiant.
Un souvenir me revient au moment où elle reprend une gorgée… Mizuki est assise sur les genoux de Yumi, qui tourne la page d’un livre, le fauteuil à bascule bouge lentement.
— Attends ! C’est quoi cette fleur ? Elle est trop belle. Tu en as déjà vu en vrai ?
S’exclamant, Mizuki bloque la main de Yumi, se penche en avant, fixe l’ouvrage.
— La mizuara, une plante rare. En effet, elle est magnifique, mais non, je n’en ai jamais vu. Elle ne pousse que dans la vallée d’Umbravalle, et ce n’est pas un lieu pour les humains.
— J’aimerais trop en voir, moi.
— Moi aussi.
Toutes les deux affichent un sourire, puis Yumi tourne une autre page.
— Et elle, c’est quoi ? Elle est bizarre, on dirait une tige…
— Il s’agit de la denticula, une plante extrêmement amère et méprisée.
— Elle ne sert pas ?
— Si, mais il faut bien la comprendre.
Baissant les yeux, Mizuki regarde encore plus le livre.
— Tu crois que je peux apprendre tout ça ?
— Avec du temps et si tu gardes une bonne volonté.
— Est-ce que ça suffit ?
— Souvent, oui, même s’il y a des exceptions.
— Dans ce cas, je veux apprendre !
— Pas aujourd’hui, jeune fille.
— Pourquoi ?
— Parce que tu es fiévreuse, je te rappelle.
— Je me sens bien, moi !
— Parce que je t’ai donné un médicament, mais il te faut du repos.
— Je dois me mettre au lit ?
— Non, mais pas d’activités fatigantes.
Me voilà à analyser les données de mon hôte… Une fièvre forte, trente-neuf deux… des rougeurs sur le visage, la poitrine, les fesses… À ce stade, elle est dans la tranche de ses huit ans, une raideur à la nuque, mais aucune douleur, son nez coule légèrement, elle aspire…
— Oh non, jeune fille !
Yumi place un mouchoir près de son nez, bloque la narine gauche, Mizuki souffle… Elle rit.
— Merci !
Le virus est encore actif, mais déjà le médicament renforce fortement les anticorps… Me revoilà dans le présent, ses sensations s’effacent…

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