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Hôte : Henri ; 17h10 – Couloir du rez-de-chaussée, maison des Harts, Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Henri, ses pas sont vifs, il s’arrête devant la porte… L’ouvre brusquement, la referme aussitôt avec un regard fixe et une main collée sur la poignée.
— Papa ! Tu pourrais frapper !
Le hurlement de Mélanie fait vibrer ses tympans.
— Désolé, je ne m’attendais pas à vous…
— C’est ma faute ! Je ne pensais pas qu’on irait aussi vite… C’est juste que…
La voix de Richard reste timorée.
— Tu n’as pas à te justifier ! C’est mon père qui est en tort, il aurait dû frapper ! Quel goujat !
— Mais…
— Mélanie a raison… Je ne peux que m’excuser de mon interruption… Prenez votre temps… C’est important que vous passiez des moments agréables et… je sais ce qu’est l’amour… Prends soin de ma fille… et, quand vous aurez fini, prépare une charrette pour demain. Ma puce, je… Je m’excuse de vous avoir surpris, j’espère que tu pourras me pardonner.
— Je m’en occuperai ! Merci d’être compréhensif.
L’intonation de Richard est très enjouée, le pied droit de Henri tapote le sol. « Je vais aller faire de l’exercice, ça va m’aider à chasser cette image de ma tête. »
— Richard, arrête de penser à mon père et concentre-toi sur moi !
La voix de Mélanie se fait plus virulente, Henri s’éloigne d’un pas pressé. « Dire que ma petite fille est déjà une femme… Le temps passe tellement vite. C’est bien qu’elle grandisse. Même si je n’avais aucune envie de la voir ainsi… » Mon hôte quitte la maison, un souvenir me revient… Mélanie, assise sur les genoux de son papa, est encore toute petite. Elle dessine sur une ardoise, tandis qu’il détaille un relevé de compte.
— Regarde papa !
— C’est bien ma puce…
— Même pas vrai, tu ne regardes pas !
Posant un regard attentionné sur le dessin, Henri soupire… Les tracés brouillons se relient mal, le carré ressemble à une maison et trois petits traits montés de ronds font penser à une famille.
— Désolé… Hum… C’est… nous devant la maison ?
— Oui ! C’est joli papa ?
— Euh, oui…
Brusquement, les paumes d’Annie se posent sur les épaules de mon hôte.
— Hi, hi… Ma petite puce, ce que ton nigaud de papa essaie de te dire, c’est que ce n’est pas une question de beauté. Ton dessin n’est pas d’une bonne qualité, mais ce n’est pas grave, et ça ne nie pas tes efforts. Toutefois, il va te falloir réessayer si tu veux que ce soit joli.
— Je ne suis pas douée, maman ?
— Ton talent est un facteur que j’ignore, mais tu manques de maîtrise et ça, tu peux l’apprendre.
— C’est quoi la maîtrise ?
— Il s’agit de ta capacité à vouloir améliorer ce que tu essayes de réaliser.
Me revoilà dans le présent, mais les sensations de Henri sont déjà effacées. Il va me falloir attendre la prochaine connexion…

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