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Hôte : Shana ; 17h18 – Salon, maison des Rénard, Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens de Shana, souriante… « Noir est vraiment mignon, il semble adorer les cuisses de son maître. » Elle relève la tête, fixe Kuroki qui caresse son chat ronronnant, boit une gorgée citronnée. « Son thé est très bon. » Ses lèvres bougent.

— Vous n’êtes pas restés en contact avec mon père ?

Mon hôte repose sa tasse sur la table basse… Kuroki effleure sa jambe droite, récupère la sienne à moitié vide, boit une gorgée… Sa mâchoire se contracte.

— Il passait me voir, mais avec une jambe en moins, j’étais déprimant.

Reposant sa tasse déjà vide, Michel s’apprête à s’exprimer.

— Quand as-tu fabriqué ta prothèse ?

— Après la mort de mon père… Celle en bois que j’utilisais me ralentissait.

Gardant ses mains sur ses genoux, Shana se penche légèrement en avant.

— Combien de temps vous a-t-il fallu ? Je n’ai jamais vu de prothèse aussi performante ?

— Près de dix ans. J’ai investi tout ce que mon père m’avait légué, y compris sa forge.

— Pourquoi avoir choisi de venir vivre à Hanakaze ?

— Kenji m’a offert la possibilité d’avoir ma propre forge, donc je n’ai pas hésité. Pour en revenir à Alaric, j’ai quelques anecdotes si tu veux.

Sautant soudain de son humain, Noir quitte la pièce d’une foulée gracile.

— Bien sûr, je vous écoute. Je veux en apprendre le plus possible sur mon père.

— Alaric est un aventurier de génie, mais un piètre séducteur.

— Papa draguait les filles ? Je ne l’ai jamais vu faire ça, mais il était déjà avec maman.

— La première fois, il s’est pris un râteau monumental ! Je n’avais jamais vu une gifle pareille.

— Papa n’a jamais été doué côté sentimental, il était souvent distant, mais toujours gentil. Je me souviens de maman lui tirant les oreilles parce qu’il oubliait son anniversaire.

— Un soir, il a confondu les toilettes avec la tente de la capitaine des gardes. En sentant le liquide lui couler sur le visage, Katia a hurlé. Je me souviens de sa tête quand il a réalisé. Ha, ha, ha… Il a passé des semaines à s’excuser, mais cela était inutile.

Kuroki repose sa tasse désormais vide. « M’uriner dessus était gênant, mais ça… » La pensée de Shana vient perturber la mienne, mais c’est un manque de concentration de ma part.

— C’est vrai que papa était maladroit des fois.

— Le mieux reste la fois où il a sauvé le village de Patitia de cent bandits avec une seule flèche.

— Une flèche contre cent ! Même pour papa… Il ne m’en a jamais parlé, comment a-t-il fait ?

— Il a bandé son arc et guetté le chef calmement avant de dire… Tu es le seul qui va mourir ! Ce type s’est rendu avec ses hommes, terrifiés par Alaric, et ce jour-là Katia lui a pardonné.

— Merci de m’avoir dit tout ça !

— De rien, mais je m’absente un instant.

Kuroki se lève, récupère les tasses, quitte la pièce. Shana scrute les vieux meubles en bois, se tourne vers Michel. « Mon cœur s’accélère. Il m’observe… Mon corps, ma posture, mes gestes. »

— Merci de m’avoir emmené voir, Kuroki.

— Je suis content que tu aies découvert de nouvelles choses sur ton père. Est-ce que…

— Quoi ?

— Non, rien.

« Au fond, j’aime bien comme il me regarde. Cependant, je n’arrive pas à m’enlever leur visage de la tête… Karl, Alain, Émi… Je ressasse encore leurs morts… Si seulement… Non, je dois devenir plus forte, pas pour effacer ou oublier. Je ne veux plus perdre personne. » Michel bouge légèrement son épaule, Shana le fixe avec les sourcils relevés.

— Tu as mal ?

— Rien de grave… Ça va vite guérir.

— Si tu veux, je…

Brusquement, Kuroki entre dans la pièce, s’assoit dans le fauteuil en face d’eux.

— Alors, on en était où ?

— Nous parlions des anecdotes sur mon père. Vous en avez d’autres ?

— Évidemment. Voyons, par où commencer…

Encore un silence… Le temps file… près de dix secondes.

— Je sais ! Laisse-moi te parler du jour où ton père est sorti combattre nu !

— Euh… Kuroki… Je ne pense pas que ce soit approprié de parler de ça…

— Non ! Je veux savoir !

— Ha, ha, ha ! Bien dit. Il faisait une vraie canicule dehors, Alaric avait décidé de prendre un bain. Toutefois, une voleuse, un peu trop sûre d’elle, décida de lui subtiliser ses effets personnels. Alors qu’elle pensait au loin, enfin je suppose, avoir réussi son coup… Ton père la saisit par le bras, nu comme un ver, au beau milieu d’un chemin forestier. Elle a hurlé, des voyageurs ont voulu l’aider, mais Alaric, ni une, ni deux, les a mis hors combat, sans même se battre. Il faut dire que ton père est contre la violence inutile. Quant à la petite voleuse, eh bien il l’a recrutée comme aventurière.

« Je n’aurai jamais imaginé cela… » Doucement, Michel s’avance sur le fauteuil.

— Comment s’appelait-elle ?

— Faerys.

— Il est vrai qu’avoir une voleuse à ses avantages…

— En effet, mais elle n’a pas arrêté de tenter de voler Alaric, et à chaque fois il a dû la reprendre. Au fond, elle n’a jamais été loyale, mais il l’a gardée près de lui. Je crois qu’elle vit à Pelichia et a ouvert une boutique de prêt sur gage.

— Au fait, Katia… Ce ne serait pas la sœur de Henri ?

— En effet, mais ça fait longtemps qu’ils ne se parlent plus.

Mon hôte saisit la main de Michel vivement.

— Henri… Le capitaine des gardes de Hanakaze… Celui que Mizuki est allé voir ?

— Euh… Oui…

— Est-ce qu’on pourra aller lui parler ?

— Bien sûr.

— Merci !

Soudain, les paupières de Shana se ferment, il m’est alors possible de sentir la main de Michel sur son épaule. Sa respiration est calme…

— On dirait qu’elle a besoin d’un peu de sommeil.

La voix de Kuroki est claire et rauque, il m’est possible de ressentir que Michel allonge Shana dans le canapé… Ses sensations s’effacent… Me voilà donc de nouveau sans hôte, mais cela ne va pas durer très longtemps selon moi. Si je devais deviner… Ma prochaine connexion sera peut-être avec Mizuki ? Enfin, dans tous les cas, Shana était vraiment épuisée, mais au-delà de ça, elle va très bien. Quoi que, émotionnellement ?

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